L’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) innove et propose à présent un indicateur de PIB « ressenti ». Il vise à corriger le décalage entre la mesure de la croissance et la perception qu’en a la population, en valorisant la dimension monétaire du bien-être national. Bien sûr, on s’amusera facilement à mettre en doute la capacité de nos meilleurs statisticiens à chiffrer le bonheur « à partir d’informations sur la diffusion de la croissance au sein de la population et des données d’enquêtes relatives à la satisfaction dans la vie des ménages ». Le Canard Enchaîné (édition du 21 octobre 2020) compare la présentation du nouvel indicateur à un salmigondis et certes, savoir qu’en termes de PIB ressenti, l’Europe dépassait les Etats-Unis avant la crise Covid ne nous rassure pas plus que cela sur l’avenir. Mais le sujet n’a rien d’une tocade d’économistes. C’est plutôt leur calcul classique de la croissance qui doit nous inquiéter. « Les économistes nourrissent l’illusion d’une croissance perpétuelle à deux facteurs, le travail et le capital, les ressources naturelles étant considérées comme sans fin, ce problème nous rattrape », prévient Jean-Marc Jancovici, président du Shift Project, un think tank pour l’atténuation du changement climatique. Finalement, les taux négatifs ne sont pas si contre-intuitifs que cela…