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Quand l’Europe se réintéresse à son avenir
Même si le mot souveraineté n’y apparaît que trois fois, c’est bien de cela qu’il s’agit : réduire les dépendances extérieures du Vieux Continent. Mais ce document ne risque-t-il pas d’être un pétard mouillé de plus ? « Un an après son premier passage, Mario Draghi est repassé devant la Commission européenne et il existe même en ligne un ‘Draghi Tracker’ permettant de voir les progrès dans la mise en place des recommandations, indique Damien Mariette, gérant actions thématiques chez CPRAM. A date, on estime que seulement14 % des mesures sont mises en place et la Commission parle de 30 % de recommandations en cours de mise en place. »
Par ailleurs, ce n’est là qu’une pièce, certes la plus visible, du puzzle. « Avant même le rapport Draghi, les choses ont commencé à bouger en Europe, rappelle Emilie Brunet-Manardo, gestionnaire-analyste actions européennes chez Lazard Frères Gestion. On peut par exemple penser au mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM), qui joue le rôle d’aide anti-dumping et a beaucoup bénéficié aux sociétés européennes du secteur de l’acier, comme on a pu l’observer dans les performances boursières d’Aperam ou ArcelorMittal. Il existe aussi d’autres initiatives participant de la même idée : le protocole d’accord entre Thales, Airbus et Leonardo pour créer un acteur européen de premier plan dans le spatial témoigne, tout comme d’autres partenariats similaires, d’une volonté de mutualiser les coûts, d’être plus efficaces et de faire émerger des champions européens dans des domaines précis. » Et c’est aussi du côté législatif que les choses bougent. « Le rapport alerte sur le manque de compétitivité de l’Europe, notamment lié à son mix énergétique, incitant à la décarbonation et à un investissement dans la recherche & développement (R&D) à hauteur de 3 % du produit intérieur brut (PIB) et à sécuriser certaines filières industrielles, explique Damien Mariette. Mais dès 2023, nous avions déjà vu les premiers signes d’une prise de conscience sur la nécessité pour l’Union européenne (UE) d’aborder certains sujets de dépendance majeurs, notamment avec l’European Chips Act voté en 2023. » Compétitivité et souveraineté en étaient déjà les maîtres-mots ! « Le Chips Act visait à faire passer de 9 % à 20 % la quote-part de l’Europe dans la production mondiale de semi-conducteurs. Certes, l’objectif est loin d’être atteint puisqu’on est passé de 9 % à 12 % seulement, mais l’Europe réfléchit à une itération nouvelle de ce plan, manifestant la volonté d’un effort sur la durée », se félicite Damien Mariette. Un changement presque tectonique semble se dessiner en Europe. « La prise de conscience se traduit aussi dans la gouvernance de l’Europe, estime Lazare Hounhouayenou, gérant prinsipal de la stratégie actions souveraineté européenne chez BNP Paribas Asset Management. Une Europe à 27 est difficile à faire avancer et il y a également une réflexion au niveau de la Commission européenne sur une Europe à deux vitesses pour permettre de répondre plus vite aux questions stratégiques. Il est question aussi de limiter le droit de veto, qui peut poser problème comme on l’a vu il y a quelques mois sur l’aide de 90 milliards d’euros à l’Ukraine. » La politique européenne change véritablement de braquet et commence la mise en pratique de sa nouvelle orientation. « Les investisseurs nous posent souvent la question de la capacité à financer la défense, au vu des dettes publiques élevées, note Lazare Hounhouayenou. Il y a déjà des mécanismes de financement en place comme la clause dérogatoire permettant aux Etats de dévier de la trajectoire budgétaire pour financer la défense ou le programme Safe de 150 milliards d’euros de dette commune. Tout cela n’est pas seulement théorique : respectivement, ce sont déjà 17 et 18 Etats membres qui ont demandé à utiliser ces possibilités. » Tout cela s’inscrit dans le temps long, mais relève déjà du concret.
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