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La gestion flexible : préférez le 4X4 quand le terrain est mouvant
« Nous avons été un gros acteur des fonds datés : en 2022-2023, il n’y avait pas à se poser de questions. Ces stratégies étaient très demandées par nos clients, plutôt faciles à expliquer et les rendements étaient très intéressants, relate Alban Tourrade. C’est un peu moins vrai aujourd’hui : les rendements nets des frais de gestion sont moins attrayants pour une clientèle de particuliers et les fonds datés entrent plus en concurrence avec les contrats en euros, sans bénéficier de la garantie en capital. Ils demeurent néanmoins pertinents en termes de diversification et il ne faut pas les écarter : ce sont des fonds de contexte, qui peuvent redevenir intéressants en cas d’écartement des spreads. » Ils peuvent notamment avoir un sens sur la partie risquée du marché du crédit. « Les fonds datés impliquent un risque de timing porté par l’investisseur. Leur lancement doit être opportuniste, en réponse à une configuration de marché claire. Sur le high yield, un rendement autour de 5 % permet d’absorber une partie des chocs, ce qui en fait une option encore pertinente dans certains cas », souligne Emmanuel Petit.
Le handicap de ces fonds datés réside dans des contraintes de gestion assez strictes : ce ne sont pas les chaussures que les gérants souhaitent avoir au pied en prévision d’un terrain possiblement accidenté. « Les stratégies flexibles offrent davantage de leviers pour générer de la performance que les fonds datés, dont la marge de manœuvre est structurellement limitée. Notre approche repose sur une allocation dynamique sur l’ensemble des courbes de taux des pays de l’OCDE, en combinant dette souveraine, crédit et arbitrages : c’est une véritable boîte à outils, particulièrement adaptée à l’environnement actuel », dépeint Emmanuel Petit. Alban Tourrade abonde dans le même sens. « La période actuelle appelle à plus de dynamisme dans l’allocation, affirme-t-il. Il faut pouvoir se couvrir quand le besoin se fait sentir, ce qui est plus difficile sur des fonds benchmarkés. Les approches de performance absolue ont tout leur sens dans la gestion obligataire, particulièrement sur la partie crédit où la flexibilité crée de la valeur sur le long terme, pour peu que l’on s’appuie sur une équipe de gestion qui possède l’expérience de cette gestion non contrainte. » L’univers obligataire comprend de nombreux segments : autant en profiter. « Dans le contexte actuel, il faut être réactif et flexible pour être capable de saisir les opportunités où elles se trouvent, constate Alexandre Caminade. Travailler sur un univers d’investissement aussi large que possible est un atout. Nous avons ainsi des stratégies ‘total return’ allant puiser dans un univers mondial incluant high yield, investment grade et même dette émergente : cela nous a permis cette année de saisir de belles opportunités, notamment sur la dette brésilienne en devise locale. Nous pouvons aussi naviguer sur les différentes courbes de taux au niveau mondial, que ce soit l’Australie, le Royaume-Uni, les Etats-Unis ou la zone euro. Nous observons de temps en temps des décorrélations intéressantes à exploiter dans le portefeuille. » Et la flexibilité de gestion peut aller très loin. « Avoir la possibilité d’être en duration positive ou négative est intéressant, ce qui passe évidemment par l’usage de nombreux instruments dérivés pour pouvoir exprimer nos vues de marché », indique Alexandre Caminade.
La notion de flexibilité doit cependant se conjuguer avec des besoins différents d’un investisseur à l’autre. « Nous avons toute une gamme de fonds absolute return avec lesquels nous nous autorisons de larges marges de manœuvre, explique Eléonore Bunel. Cela peut s’exprimer dans des stratégies globales capables de se mettre en duration négative et de chercher des expositions un peu partout dans le monde, mais nous avons aussi un fonds plus court terme, avec des marges de manœuvre plus restreintes, ce qui répond à une demande de clients ayant une préférence pour des stratégies moins volatiles. » Disposer de marges de manœuvre est d’autant plus important lorsque l’univers de gestion de départ est source d’une exposition particulièrement forte au risque de duration. « Nous proposons aussi des fonds absolute return plus focalisés, comme une stratégie ‘green bonds’, ajoute ainsi Eléonore Bunel. Cette approche a une utilité particulière dans cet univers, où la maturité moyenne des émissions est très longue, ce qui s’est traduit par une sous-performance marquée en 2022. Nous avons aussi une approche flexible sur un fonds essentiellement investi en obligations d’Etat, la flexibilité permettant ici de compenser l’inconvénient de ne pas avoir le portage lié au crédit. Il est important de pouvoir répondre à différentes demandes avec des approches de performance absolue : actuellement, la volatilité s’observe plutôt sur les taux mais nous ne sommes pas à l’abri de la voir revenir sur le crédit. Cela est arrivé en 2020 et en 2022 et de manière plutôt violente : il faut se tenir prêt. » Ce millésime 2022 si brutal pour les portefeuilles obligataires a décidément laissé des traces. « Beaucoup de gérants ‘total return’ ont déçu en 2022, peu de gens ayant su anticiper ce crash obligataire, rappelle Violaine de Serrant. Cela explique le retour de l’intérêt pour les stratégies de type ‘absolute return’ : peu directionnelles, car reposant sur des stratégies de paris relatifs, elles vont moins capter les hausses de marché, mais sont un vrai diversifiant de portefeuille et sont capables de générer une performance positive dans des contextes comme celui de 2022, ce qui fut le cas pour notre gérant. Les deux approches sont d’ailleurs plus complémentaires qu’opposées. » Les stratégies flexibles, c’est en quelque sorte le 4x4 qui va pouvoir avancer quelle que soit la qualité du terrain ou la météo.