Martijn Rozemuller (VanEck) : « Ouvrir un bureau à Paris est une option probable »
L’Agefi : Début février, vous avez lancé 17 nouveaux ETF en France, après une première salve de trois. Pourquoi ce déploiement ?
Martijn Rozemuller : Les trois ETF que nous avions lancés en France en octobre 2024 constituaient un test pour évaluer la réaction du marché français. La réponse a été très positive, ce qui nous a encouragés à coter ces 17 nouveaux ETF. Ces produits étaient déjà cotés à Londres, Francfort, Amsterdam, Milan et sur SIX.
Sur quels marchés êtes-vous présents aujourd’hui en Europe ?
En termes de distribution, nous sommes actifs au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, en Suisse, en Italie, en Allemagne, en France, en Europe du Nord, en Pologne, en Espagne, au Portugal et en Autriche. Pour les cotations, notre présence se limite à Paris, Amsterdam, Londres, Milan, Francfort et la Suisse.
Quels sont vos plus importants marchés en Europe ?
L’Allemagne et le Royaume-Uni. Mais la Suisse est aussi un marché très important. Cela dit, il est parfois difficile de savoir où l’argent est réellement investi in fine.
Vous avez une approche très locale. Pourquoi cela vous semble-t-il important ?
Parce que l’Europe est un marché très fragmenté. Certains pensent qu’il suffit d’être présent dans un pays pour couvrir l’ensemble de l’Europe, mais cela ne fonctionne pas ainsi. Il est crucial de parler aux investisseurs locaux, dans leur langue, et de s’implanter sur place. C’est pour cela que nous avons récemment recruté une personne pour le marché français, Adyl Bou, qui a commencé en janvier. Les clients apprécient cette proximité.
Notre société est encore détenue par la famille fondatrice, ce qui change tout.
Le marché des ETF regorge d’acteurs. Comment vous différenciez-vous ?
Notre société est encore détenue par la famille fondatrice, ce qui change tout. Elle a une vision à long terme. Son nom est directement associé à nos produits, donc elle est très attentive à la qualité et à la réputation. Il ne s’agit pas seulement de faire de l’argent, mais de le faire de manière responsable, bénéfique pour les clients.
Au niveau des produits, nous sommes un peu “têtus” et aimons faire les choses différemment. Nous proposons par exemple des produits à indices équipondérés. Et nous nous concentrons sur des tendances de long terme, comme la blockchain, l’espace, la défense ou encore le nucléaire.
Quels sont vos ETF « phares » en Europe ?
L’ETF sur la défense est notre plus gros produit, avec 3,9 milliards de dollars d’actifs, et est aujourd’hui celui qui croît le plus rapidement - une dynamique forte, bien que celle-ci puisse naturellement changer avec le temps. Il est suivi par celui sur les dividendes, à 1,8 milliard. Nous avons aujourd’hui 15 fonds qui dépassent les 100 millions d’euros, une dizaine au-delà des 500 millions, et 4 à 5 à plus d’un milliard. Cela prouve notre diversification.
Comment pilotez-vous le marché européen par rapport au marché américain ?
Nous avons des ETF en Europe qui n’existent pas aux États-Unis, et inversement. Parfois, nous adaptons les produits américains à la réglementation européenne (Ucits). Mais nous développons aussi nos propres idées en Europe. Les investisseurs européens ont des attentes différentes, et nous essayons d’y répondre.
Disposez-vous d’une équipe dédiée en Europe ?
Oui, nous avons des équipes à Amsterdam, Francfort, Zurich, Milan et récemment au Royaume-Uni, même si nous ne disposons pas encore de bureaux à Londres. Nous sommes une soixantaine de personnes en Europe, avec une gestion autonome : gestion des fonds, distribution, développement produits… Certes, nous bénéficions de l’expérience de nos collègues aux États-Unis, mais nous fonctionnons largement de manière indépendante.
Quels sont vos encours actuels en Europe ?
Nous avons environ 15,7 milliards de dollars sous gestion sur 118 milliards de dollars d’encours dans le monde. En 2023, nous avons connu une croissance de 65 %, en passant de 8 milliards fin 2023 à 13,5 milliards début 2024. La collecte nette de l’an dernier a été de 4 milliards, avec une bonne répartition entre les ETF sur la défense, les semi-conducteurs, le high dividend ou encore les ETF équipondérés - une dynamique encourageante, même si elle pourrait varier selon les conditions de marché.
Notre maison est aujourd’hui très fortement axée ETF, même si ce n’était pas le cas au départ. Nous avons commencé sur ce marché en 2006. En Europe, notre premier ETF date de 2015, suite à l’acquisition de Think ETF.
Nous avons étudié des opportunités, mais aucune ne s’est concrétisée.
Vous avez récemment ouvert un bureau en Italie. Pour quelle raison ?
Comme je vous l’ai dit, l’approche locale est fondamentale pour nous. Ouvrir un bureau à Milan avec trois personnes faisait sens, car notre clientèle y est nombreuse et nous y passions de plus en plus de temps. Nous pensons que d’autres ouvertures de bureaux pourraient suivre dans les 5 à 10 prochaines années. Paris est à cet égard une option très probable.
Travaillez-vous actuellement sur de nouveaux ETF ?
Nous préférons rester discrets sur nos projets avant les lancements. Aujourd’hui, avec une cinquantaine de produits en Europe, nous n’avons pas nécessairement besoin d’en lancer une dizaine de nouveaux chaque année. Nous privilégions des lancements ciblés, basés sur la demande réelle des clients.
Pourriez-vous participer à la consolidation du marché ?
Nous aimons nous positionner comme une «bière artisanale». Nous faisons les choses différemment. Il y a une vraie demande pour cela, comme en témoignent nos encours.
Concernant une participation à la consolidation, nous avons grandi de manière organique depuis l’acquisition initiale de Think ETF. Nous avons étudié des opportunités, mais aucune ne s’est concrétisée. Dans les 5 ans, une acquisition n’est pas exclue, mais peu probable. Quoi qu’il en soit, nous serons très vigilants à préserver notre culture d’entreprise.
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