• PARTENARIAT

« Le marché français des actifs privés bénéficie d’un bel écosystème »

France Invest
Le 13e Forum des investisseurs de France Invest a permis aux acteurs des marchés privés d’exprimer leurs convictions sur les mutations à l’œuvre.
F_Photo Event France Invest.jpg

Sur quels atouts s’appuient les acteurs français des actifs privés, solides leaders de ce marché en Europe continentale ? Sans verser dans l’autocongratulation – les défis sont nombreux – les professionnels du private equity, gérants et institutionnels, ont dressé un état des lieux de leur secteur, à l’occasion du 13e Forum des investisseurs de France Invest. En chiffre d’abord : les levées de fonds des GPs français sont parvenues à progresser en 2025 (à 40 milliards d’euros), à la faveur d’un doublement des fonds de continuation, les investissements en private equity et en infrastructures ont été en léger retrait (à 35 milliards), tandis que les cessions ont entamé un rebond (à 13 milliards). « Ce volume de cessions reste en-deçà des objectifs en vue de répondre pleinement à l’impératif de liquidité, mais la convergence progressive des attentes de valorisation entre acheteurs et vendeurs devrait participer au dégel des sorties » relève Sophie Paturle, Présidente de France Invest. Au dernier trimestre 2025, l’indice Argos Mid-Market, qui mesure la valorisation des PME non cotées de la zone euro, a ainsi atteint son plus bas niveau depuis 2014 pour s’établir à 8,3 fois l’Ebitda. « Au passage, cela permettra, s’il en était besoin, de lever le doute sur un risque de sur-valeur : les portefeuilles sont sainement valorisés et les mark-to-market sont robustes » ajoute Sophie Paturle.

Un marché désormais très profond
La capacité d’attraction des gérants français s’illustre dans la proportion record d’investisseurs étrangers dans leurs levées de fonds en 2025 : respectivement 40 % et 80 % des engagements en private equity et en infrastructures. En parallèle, les acteurs français du private equity ont réalisé près de 40% de leurs investissements à l’international. « Le secteur est très mature et la base d’investisseurs des fonds français, dont plusieurs font partie des plus performants, est très internationale » confirme Sandra Unger, Responsable des investissements en Private Equity de CNP Assurances. Elle se félicite par ailleurs des résultats obtenus par l’initiative Tibi, « qui a permis l’émergence de champions français dans le secteur technologique, à laquelle ont participé une forte proportion de fonds américain, ce qui contribue à la profondeur de l’écosystème français ». Pour Ludovic Subran, Chief investment officer du groupe Allianz, « le secteur du private equity bénéficie en effet en France d’un bel écosystème de GPs, d’une grande profondeur de marché, ce qui le rend désormais incontournable, même si les entreprises françaises restent trop dépendantes des banques, ne se tournent pas suffisamment vers les financements de marché, et souffrent de l’inadaptation de l’allocation de l’épargne ». De même, selon Antoine Prudent, fondateur et CEO d’InPact à Genève, « la France se distingue par la très bonne appréhension du private equity par les entreprises françaises et donc par la bonne capacité des entrepreneurs à travailler avec des fonds, ainsi que par une position de leader sur les enjeux de durabilité, de transition énergétique. Ces atouts ont permis à beaucoup de GPs français de devenir des champions pan-européens. Il reste cependant chez certains d’entre eux à organiser la succession pour assurer leur pérennité ».

Combiner consolidation et autonomie des équipes
Conséquence de la croissance soutenue du secteur et de la place grandissante des actifs privés dans les portefeuilles des institutionnels, des choix stratégiques s’opèrent parmi les acteurs, qui se matérialisent par une multiplication des opérations de consolidation. C’est ainsi que 164 transactions ont été dénombrées dans le secteur au niveau mondial en 2025, contre 38 dix ans plus tôt, détaille Thomas Liaudet, Global head of GP capital advisory chez Campbell Lutyens, qui identifie « des raisons structurelles qui motivent ces opérations, telles que l’organisation d’une succession, l’élargissement des équipes, le développement de nouvelles stratégies ou de nouveaux canaux de distribution ». Surtout, « les raisons très saines qui fondent ces opérations et les rendent « successful » doivent être expliquées, car les LPs sont très attentifs aux questions de succession, de calendrier, d’autonomie de fonctionnement » ajoute-t-il. Il ne doit en particulier pas s’agir d’une « course à l’AUM ». Pascal Christory, CEO de Prime – BNP Paribas Asset Management Alts, constate « une bipolarisation entre des gros acteurs et des GPs focus, spécialisés et créateurs d’alpha » et dans ce contexte il cherche à « mener des prises de participation minoritaire dans ces GPs permettant de leverager un savoir-faire en leur apportant de nouveaux services, mais respectueuses de l’identité et de l’alignement des équipes, ce qui est clé pour continuer à délivrer de la performance et in fine pour les LPs ».

L’écosystème français de l’IA atteint une taille critique
Par ailleurs, le 13e Forum des investisseurs de France Invest a aussi été l’occasion de tirer quelques enseignements de la révolution de l’intelligence artificielle en cours, avec Gilles Babinet, entrepreneur et Co-président du Conseil national du numérique. Son premier constat est que « la stratégie coordonnée mise en œuvre en France dans ce domaine a bien fonctionné, puisque notre pays s’affiche en leader européen avec 1 150 startups dédiées à l’IA, contre une centaine il y a trois ans ». Il observe ainsi que « l’écosystème français de l’IA a atteint une taille critique, qui doit permettre aux entrepreneurs d’avoir accès aux compétences nécessaires, en particulier grâce à la qualité des mathématiciens français ». Une situation d’autant plus avantageuse pour les acteurs du private equity que « tout reste aujourd’hui à construire, les sources de valeur évoluent et les gains de productivité attendus, dans l’univers du code par exemple, pourront être énormes et déboucher non pas sur des réductions d’effectifs, mais sur l’ouverture de nouveaux marchés ». Pour Gilles Babinet, également « digital champion » de la France auprès de la Commission européenne, la question de la résilience de l’Europe se pose avec acuité dans cette perspective, alors que les volumes d’achats de logiciels aux Etats-Unis (actuellement 265 milliards d’euros par an), désormais tirés par les besoins de l’IA, pourraient tripler au cours des prochaines années. Mais il se montre convaincu de la pertinence de la régulation à l’européenne : « la régulation est créatrice de valeur et la faiblesse de la régulation américaine va s’avérer un handicap » anticipe-t-il.

Un besoin d’investisseurs très long terme
La question du financement de l’innovation a aussi été posée par Christian Noyer, gouverneur honoraire de la Banque de France et co-auteur d’un récent rapport sur ce thème (FIVE -Financing Innovative Ventures in Europe). Distinguant « le mécanisme du venture capital européen qui fonctionne bien, de celui du financement des scale-ups, des entreprises de croissance, qui est moins bien doté et oblige beaucoup d’entreprises concernées à aller chercher des financements auprès d’investisseurs américains », il alerte sur « un enjeu de souveraineté et de compétitivité auquel il faut apporter des réponses en urgence, car la mutation technologique en marche est très intensive en capital ». Il prône ainsi une réforme des systèmes de retraite, afin de faire émerger des investisseurs très long terme, une européanisation de l’initiative Tibi, un renforcement des allocations des institutionnels en direction du secteur technologique, qui restent faibles comparées à celles des institutionnels américains, un rôle toujours actif des investisseurs publics, à même de contribuer à créer une dynamique, ainsi qu’une amélioration des conditions de cotation.

En conclusion, afin de lever le handicap que constitue la fragmentation des marchés européens, source de coûts importants pour les entreprises qui souhaitent s’implanter dans plusieurs pays européens, Christian Noyer plaide pour un cadre juridique européen unique, la création d’un 28e régime en matière de droit des sociétés. Un vœu en passe d’être exaucé, puisque la Commission européenne vient de présenter son projet, dit « EU Inc. », un cadre juridique unifié qui permettra la création de sociétés sous ce statut paneuropéen.

Un évènement L’AGEFI

Plus d'articles du même thème