La souveraineté numérique européenne : un combat loin d’être perdu

EDRAM
Interview vidéo avec Jean-Francis Dusch, Global Head of Infrastructure d’Edmond de Rothschild Asset Management.

Dans le cadre du think tank « 2030, Investir demain », Edram pilote le groupe de travail dédié à la souveraineté européenne et son troisième atelier était consacré précisément à la question de la souveraineté numérique. Face à la dépendance de l’Europe vis-à-vis d’acteurs non européens pour ses équipements et outils numériques, Jean-Francis Dusch, Global Head of Infrastructure d’Edmond de Rothschild Asset Management, affirme, dans cette interview, que l’Europe dispose des atouts nécessaires pour regagner son indépendance et sa sécurité : « L’Europe a du talent, sait mobiliser des capitaux. La dépendance est peut-être sur les équipements, mais il ne faut pas oublier que l’Europe, si nécessaire, a un outil de production ». Il souligne que la reconquête de la souveraineté repose à la fois sur la construction d’infrastructures physiques de données et sur un cadre réglementaire protecteur (protection de la propriété des données) : « C’est un travail en cours, un work in progress, mais beaucoup d’éléments nous laissent penser que ce n’est pas une bataille perdue. »

Une mobilisation des donneurs d’ordre
Interrogé sur le niveau d’engagement des donneurs d’ordre, grands groupes et États européens, Jean-Francis Dusch confirme une véritable dynamique collective à toutes les échelles du secteur numérique : « On voit une mobilisation au niveau des autorités qui régulent l’activité numérique, des grands groupes qui développent et opèrent des infrastructures (fibre optique, centres de données), mais aussi de petites compagnies très talentueuses. » Cette mobilisation concerne l’ensemble de la chaîne de valeur du numérique (digital stack) : équipements, réseaux, traitement de données, cybersécurité et exploitation d’infrastructures. Il note une organisation constante entre développeurs, opérateurs et financeurs.

Une synergie entre l’univers du numérique et celui de la transition énergétique
Pionniers du financement d’infrastructures depuis plus d’une dizaine d’années, Edmond de Rothschild AM a très tôt intégré le secteur numérique aux côtés de la transition énergétique : « Dès 2012-2014, les infrastructures étaient associées aux PPP, transports, secteur social. Ayant financé des télécoms dans ma carrière, nous avons intégré d’emblée la dimension numérique dans notre offre, en considérant qu’elle faisait partie intégrante de l’univers d’investissement » relate Jean-Francis Dusch. Il met en avant une synergie indissociable entre l’univers du numérique et celui de la transition énergétique. Les centres de données doivent obligatoirement être alimentés par des énergies renouvelables et intégrer des technologies de refroidissement économes en eau. De même, les infrastructures énergétiques (stations de recharge pour véhicules électriques, batteries de stockage) s’appuient elles-mêmes sur le numérique, le cloud et l’intelligence artificielle pour gérer la demande d'électricité en temps réel. « Si on finance un centre de données, il faut qu’il soit alimenté par de l’énergie renouvelable et les infrastructures elles-mêmes sont consommatrices d’intelligence artificielle et de données » observe-t-il.

Pour les années à venir, les besoins de capitaux privés sont colossaux. Jean-Francis Dusch indique qu’à l'échelle mondiale, plus de 500 milliards d’investissements ont déjà été engagés dans les centres de données depuis le début de l’année. Les opportunités d’investissement majeurs comprennent le financement des data centers, des énergies renouvelables, des usines de stockage par batterie, mais aussi des équipements numériques essentielles à leur fonctionnement.

Pour les investisseurs en dette, ces projets représentent une opportunité majeure d’allier rendement solide, préservation du capital et impact : « C’est à la fois une opportunité, mais véritablement une nécessité d’investissement » conclut Jean-Francis Dusch.

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