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« Nouvelles contraintes, opportunités majeures : la gestion d’actifs change d’ère »

Sienna Investment Managers
Entretien avec Paul de Leusse, Président de Sienna Investment Managers
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Un an après la mise en œuvre de la loi Industrie verte, quel regard portez-vous sur la « retailisation » du marché des actifs privés ?
Après une première phase d’enthousiasme, le marché fait le tri et c’est une bonne chose. L’offre, des assureurs-vie, des banques et des conseillers en gestion de patrimoine, s’étoffe. Cependant, la montée en puissance n’est sans doute pas aussi rapide que certains le prédisaient, en particulier car il ne s’agit pas de se limiter à un copier-coller de l’offre de fonds institutionnels. La nouvelle offre doit se fonder sur plus de transparence, car les investisseurs privés doivent la comprendre, sur une promesse de rendement raisonnable, certes inférieur à celle proposée aux institutionnels mais cohérente avec la contrainte de moindre liquidité, et enfin justement sur un niveau de liquidité en phase avec les attentes des épargnants. En outre, les assureurs se montrent à juste titre très vigilants sur le risque de liquidité. En parallèle de l’enrichissement de cette offre, les distributeurs doivent monter en compétence concernant les fonds d’actifs non cotés, afin d’en assurer une bonne diffusion auprès de leur clientèle. Les sociétés de gestion elles-mêmes doivent contribuer à cet effort de pédagogie. Ainsi, chacun, gérants d’actifs, assureurs, distributeurs, doit savoir faire une part du chemin pour améliorer les conditions de distribution des actifs privés auprès des épargnants.

« Pour améliorer la distribution des actifs privés, gérants d’actifs, assureurs et distributeurs doivent tous savoir faire une part du chemin »

Le secteur de l’asset management coté connaît de profondes transformations, avec une baisse des marges, la montée en puissance des ETF, le « value for money ». Comment les sociétés de gestion parviendront-elles à appréhender ces transformations ?
Le contexte est celui d’une forte progression de la distribution aux particuliers de fonds sous toutes les formes, mais aussi d’un recul des marges. Cette progression profite à certains segments du marché : les canaux digitaux et les conseillers en gestion de patrimoine, ainsi que, en termes de produits, les ETF. Les contraintes réglementaires qui pèsent sur les acteurs de l’asset management sont fortes. La notion de « value for money » impose de mesurer le rapport « coût/bénéfice » de chaque produit d’épargne. Les sociétés de gestion doivent répondre à cet objectif en générant de la performance et en innovant, ce qui est très vertueux. Cependant, le risque de ces exigences est de réduire drastiquement les marges des gérants d’actifs comme des distributeurs et en conséquence d’appauvrir la qualité du conseil au grand public, mais aussi l’offre de gestion de conviction. Il est normal de proportionner les commissions à la valeur apportée aux clients, mais cela ne devrait pas se traduire par un marché de la gestion d’actifs « low cost ».

« La réduction des marges des gérants d’actifs et des distributeurs risque d’appauvrir la qualité du conseil et l’offre de gestion »

Le financement des souverainetés, énergétiques, digitales, en matière de santé et bien sûr de défense, est un enjeu crucial en Europe. Quels rôles respectifs ont selon vous les financements bancaires, le private equity et la dette privée ?
Tout d’abord, je tiens à saluer le travail remarquable réalisé par le ministère de l’économie et des finances et la Direction générale de l’armement (DGA). La définition des besoins des acteurs du secteur de la Défense, qui sont placés dans une situation inédite de forte croissance de leur activité, a permis un rapide sursaut en faveur de leur financement. Les modes de collaboration se sont mis en place et c’est ainsi que les banques nous sollicitent pour apporter à des PME et ETI des solutions de financement en dette privée habituellement réservées à de grandes entreprises. Pour leur part, les fonds de private equity sont appelés pour aider à la consolidation du secteur. Sienna IM intervient en dette privée sur ce type d’opérations.
Plus largement, les initiatives en faveur d’une amélioration de la souveraineté européenne, dans les domaines de l’énergie, de l’industrie, de la santé ou de l’alimentaire, ne font que débuter. Nous appelons de nos voeux un alignement d’intérêt entre les pouvoirs publics et le secteur privé, sur le modèle de celui observé dans l’univers de la défense, avec une commande publique initiée par une stratégie française ou européenne, qui jouerait un rôle de déclencheur et qui serait accompagné par la démarche des grands donneurs d’ordre que sont les grandes entreprises. Ces actions coordonnées irrigueraient le tissu de PME et ETI européennes, à qui les financeurs pourraient apporter leur soutien.

Le marché américain de la dette privée est au cœur de controverses. En tant que financeurs de PME et d’ETI en Europe quel regard portez-vous sur ce marché ?
Le marché de la dette privée américaine connait effectivement une hausse de ses risques. Cette actualité rappelle que prêter de l’argent est risqué, ce que certains avaient pu oublier. C’est le principe même de la finance. Cependant, les marchés américains et européens sont bien différents. Les investisseurs institutionnels américains ont alloué des capitaux grandissants à cette classe d’actifs, les banques ne conservant pas, pour leur part, leurs prêts à leurs bilans. Pour pallier des rendements moins attractifs, les investisseurs ont cherché à accroitre leurs risques, avec des effets de levier plus élevés. Les volumes ont ainsi grossi bien trop rapidement. A l’inverse, en Europe, les allocations en dette privée des investisseurs institutionnels restent très modérées, tandis que les banques conservent leurs prêts à leurs bilans. Avec un moins grand nombre de fonds de dette privée, de tailles plus petites et délivrant des rendements plus raisonnables, le marché européen de la dette privée apparaît plus solide. Le risque de contagion de la crise des Etats-Unis à l’Europe est d’autant moins probable que les fonds de dette privée européens financent des actifs européens.

« L’ESG de complaisance n’est plus toléré, grâce à la maturité acquise par les investisseurs et les entreprises »

Le déploiement de l’investissement responsable et en parallèle celui des stratégies RSE des entreprises semblent subir un coup d’arrêt. Est-ce votre sentiment ou au contraire considérez-vous que la mobilisation des investisseurs et des entreprises reste forte ?
La maturité des investisseurs et des entreprises sur ces questions leur a fait franchir des étapes successives et l’ESG de complaisance n’est plus toléré. Les investisseurs institutionnels restent très attachés à ces enjeux et désormais ils demandent que leurs politiques d’investissement puissent se matérialiser à travers l’atteinte d’objectifs concrets par les entreprises. Les stratégies d’impact se déploient ainsi parmi les fonds, avec parfois plus de pertinence sur les actifs privés que sur les actifs cotés. Nous mesurons l’atteinte d’objectifs, l’impact d’une stratégie d’investissement. L’ESG se montre vraiment utile et ceci d’autant plus qu’il est souvent totalement intégré dans les processus d’investissement et l’analyse des risques des gérants d’actifs. Plutôt qu’une classe d’actifs à part, l’ESG devient un critère d’investissement.

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