L’assassinat du général iranien Qassem Soleimani, ordonné par le président américain Donald Trump, a brutalement interrompu la trêve des confiseurs. La douce euphorie boursière qui avait accompagné la fin d’année s’efface devant la peur d’une escalade guerrière entre l’Iran et les Etats-Unis. Le risque géopolitique se rappelle à nouveau au mauvais souvenir des investisseurs, et pourtant, leur réaction reste une fois encore modérée. Voilà des années que les prix du pétrole font fi des tensions grandissantes au Moyen-Orient ; des années que les marchés financiers ont peine, plus largement, à saisir une matière mouvante qui se prête difficilement à la rigueur mathématique des modèles de valorisation. Ils ont tendance à négliger le facteur politique tant que celui-ci n’apparaît pas pleinement sur leurs radars, mais aussi à sous-estimer, une fois la crise venue, la capacité de réaction des dirigeants, comme on l’a vu lorsque l’euro était voué aux gémonies. L’histoire récente ne saurait d’ailleurs leur donner tort. Entamée sous la double menace d’un Brexit dur et d’une guerre commerciale sino-américaine, 2019 s’est soldée par un millésime exceptionnel où la chance et la mansuétude des banques centrales ont souri aux audacieux.