La hausse du dollar américain pèse sur les économies émergentes détentrices de créances libellées en dollars américains, note le cabinet d’audit et de conseil PwC dans sa dernière étude « Global Economy Watch ». Et pour cause. Avec l’instauration des premières mesures d’assouplissement quantitatif en novembre 2008, les créances libellées en dollars américains, émises hors des Etats-Unis, sont passées de 6 000 milliards de dollars à environ 9 000 milliards en 2014. Les marchés émergents ne sont pas décorrélés de ce phénomène alors que la valeur de la dette libellée en dollars qu’ils détiennent avoisine les 3 300 milliards. Or, le dollar s’est apprécié d’environ 20% sur une base pondérée en fonction des échanges commerciaux au cours des 12 derniers mois. Deux raisons à cela : la croissance économique relativement forte - notamment en 2014 - outre-Atlantique, et l’avance prise par la Réserve fédérale américaine dans le resserrement de sa politique monétaire – comparé aux autres banques centrales. Dans ce contexte, l’appréciation du dollar devrait avoir des conséquences dans les principaux pays émergents détenteurs de créances libellées en monnaie américaine. Mais pas à des niveaux semblables selon les pays en question. L'étude évalue ainsi la vulnérabilité de 14 pays émergents qui ont émis d’importants titres de créances libellées en dollars. Parmi les 5 pays les plus fragiles face aux variations du billet vert – Brésil, Afrique du Sud, Indonésie, Inde et Turquie – les économistes de PwC estiment que seuls l’Afrique du Sud et la Turquie demeureront particulièrement vulnérables. Ces deux économies ont souffert d’importantes fuites de capitaux au cours des 12 derniers mois et continuent d’afficher des déficits élevés de leur balance courante.L’Inde revient dans le vert tandis que le Brésil et l’Indonésie passent à l’orange, indique PwC : L’Inde, qui fait partie des « Fragile 5 », a amélioré sa situation en deux ans depuis que ses législateurs ont adopté une politique monétaire plus rigoureuse. Couplée à la baisse des prix du pétrole, cette politique de rigueur a permis de réduire le déficit courant de l’Inde, de 4,8% du PIB en 2012 à 1,4% du PIB l’année dernière. Alors que le Brésil et l’Indonésie ne font pas partie des pays les plus vulnérables, leur situation doit être surveillée. Ces deux pays affichent des déficits courants assez conséquents, ce qui indique leur dépendance aux prêts étrangers. De plus, leurs monnaies ont connu des dépréciations à deux chiffres au cours des 12 derniers mois. Enfin, les économistes de PwC révèlent que la plupart des gouvernements des 14 pays étudiés ont un ratio dette publique extérieure/PIB relativement faible. Le ratio le plus important est celui du Mexique qui s’élève à 16%. Les gouvernements des marchés émergents ont largement résisté à la tentation des crédits étrangers bon marché, contrairement aux acteurs du secteur privé. Par conséquent, ils sont moins exposés aux effets de l’appréciation du dollar.