Plus de la moitié des responsables de caisse de pension interrogés estiment que la démographie fait partie des principaux défis. 82% des personnes interrogées sont d’avis que l'évolution démographique, combinée au taux de conversion minimal fixé à un niveau trop élevé d’un point de vue actuariel, aggrave le problème de la redistribution entre les assurés actifs et les bénéficiaires de rente. De nombreux représentants de caisses de pension voient également dans la démographie un défi à relever, car elle rend nécessaire une hausse des cotisations d'épargne pour 63% des personnes interrogées ou une réduction des prestations (pour 50% d’entre elles) sous la forme d’une diminution des rentes et/ou d’une élévation de l'âge de la retraite. Les modélisations effectuées par les économistes du Credit Suisse pour l'étude montrent que le vieillissement démographique entraînera jusqu’en 2050 un ralentissement de la progression des actifs gérés dans le deuxième pilier, mais non un recul de celui-ci. Le solde annuel entre les cotisations encaissées et les prestations sociales versées pourrait devenir négatif, mais les revenus du capital devraient plus que compenser ce phénomène. Tous les scénarios démographiques étudiés impliquent toutefois un ralentissement notable de la croissance du capital, surtout entre 2020 et 2035. En raison de son influence sur la capacité à assumer les risques des institutions de prévoyance, le vieillissement de la société devrait aussi avoir des conséquences sur l’allocation des placements des caisses de pension. Leurs représentants tablent sur une légère baisse de la part d’actions à long terme. Les calculs des auteurs de l'étude montrent qu’une hausse de l'âge moyen chez les assurés actifs a effectivement eu un effet négatif statistiquement significatif, mais jusqu’ici très modéré, sur la part d’actions des institutions de prévoyance suisses. A l’avenir, les auteurs n’attendent pas de modification majeure dans l’allocation des placements des institutions de prévoyance suisses du seul fait de l'évolution démographique. Face aux défis actuels, la stratégie de placement des caisses de pension joue un rôle déterminant. Environ 54% des institutions de prévoyance interrogées procèdent à des optimisations de leur portefeuille lors de la définition de la stratégie de placement. S’est ainsi imposée la théorie moderne du portefeuille selon Markowitz, une méthode qui tire avantage de la diversification entre différentes classes d’actifs pour constituer des portefeuilles optimisés en termes de profil risque-rendement. Or l'étude révèle que les allocations de placements efficientes en théorie ne sont pas réalisables dans la pratique en raison de la réglementation à laquelle les caisses de pension suisses sont soumises. Toutefois, même à l’intérieur du cadre réglementaire, il semble que les institutions de prévoyance suisses n’exploitent pas de façon optimale les possibilités de diversification. Ce phénomène peut s’expliquer par des directives internes supplémentaires restreignant les investissements dans certaines classes d’actifs ou par la tendance à investir de façon disproportionnée dans des classes d’actifs nationales (le «home bias»). Une autre explication tient peut-être au fait que les caisses de pension ne trouvent pas d’objets de placement adaptés sur le marché dans certaines classes d’actifs, comme l’immobilier. Autre constat, disposer d’un horizon de placement à long terme présente des avantages pour les investisseurs. Les fluctuations de cours des actions suisses entre 1900 et 2012 ont été, sans surprise, supérieures à celles des obligations. Les déviations de rendement moyennes des actions se sont cependant réduites avec la hausse de la durée de détention. A partir d’une durée de détention de 14 ans, aucun rendement négatif n’est plus enregistré. Ce résultat peut être observé dans d’autres classes d’actifs. Les caisses de pension présentent indubitablement les caractéristiques d’un investisseur à long terme. Pourtant, l’enquête révèle que seules 39% des institutions de prévoyance établissent leur stratégie de placement pour une durée supérieure à cinq ans. 59% ont déclaré limiter leur horizon de placement entre deux et cinq ans, une période plutôt courte pour les institutions de prévoyance. 36% des caisses de pension ont revu leur stratégie de trois à cinq fois au cours des dix dernières années. Parmi les raisons principales à ces changements, les crises financières et l’ajout de nouvelles classes d’actifs ont été citées par plus de la moitié des caisses de pension.