Alors que certains flânent sur leurs lieux de villégiature, période estivale oblige, le monde de la gestion d’actifs a pour sa part été agité par le rythme effréné des publications de résultats trimestriels et semestriels. Au cours de la semaine écoulée, deux acteurs français, et pas des moindres, sont enfin sortis du bois. Et force est de constater que BNP Paribas et Natixis ont connu des trajectoires diamétralement opposées. Si Natixis a pu s’enorgueillir d’une collecte nette record de 29 milliards à l’issue du premier semestre – dont 10 milliards d’euros sur le seul deuxième trimestre –, BNP Paribas fait la grimace avec une décollecte nette de 3 milliards d’euros au deuxième trimestre réduisant, ainsi, à 1,3 milliard d’euros, ses souscriptions nettes sur les six premiers mois de l’année. Chez Natixis, cette collecte record doit beaucoup à son réseau d’affiliés européens et, surtout, d’affiliés américains, signe que le développement international constitue plus que jamais une nécessité pour les acteurs hexagonaux.De fait, les gérants français ont tendance à de plus en plus s’exporter, comme l’a souligné l’Autorité de marchés financiers (AMF) dans le cadre de son panorama des sociétés de gestion. Un rapport qui met en exergue une utilisation particulièrement élevée des passeports européens dans le cadre de la directive AIMF. Les chiffres parlent d’eux-même: plus de 300 sociétés de gestions agréées au titre de la directive et 183 passeports délivrés aux sociétés de gestion française en 2014.Et pourtant, l’international n’est pas toujours la panacée. Hors de France, d’illustres acteurs de la gestion ont, eux-aussi, connu des fortunes diverses depuis le début de l’exercice 2015. L’américain State Street a ainsi subi 66 milliards de dollars de sorties nettes au deuxième trimestre et 104 milliards de dollars au premier semestre tandis que le britannique Man Group a enregistré 2,6 milliards de dollars de rachats. Pour d’autres, l’heure est à l’optimisme voire à l’euphorie. Schroders a quasiment multiplié par deux sa collecte nette semestrielle à 8,8 milliards de livres tandis que Deutsche Asset & Wealth Management a engrangé 32 milliards d’euros sur les six premiers mois de l’année. Pour autant, grand gagnant ou grand perdant du semestre écoulé, aucune société de gestion ne doit se reposer sur ses lauriers. De fait, une menace plane sur l’industrie: l’arrivée de nouveaux acteurs, sociétés technologiques ou prestataires de services non-financiers, comme le relève une étude de State Street. Ainsi, 54 % des professionnels interrogés jugent cette menace «assez probable». Pour faire face à la cette concurrence, les ténors de la gestion d’actifs fourbissent leurs armes. Car l’émergence de nouveaux acteurs va en effet conduire à rebattre les cartes du jeu et à faire évoluer significativement l’industrie. L’appétit affiché de Fosun pour la gestion d’actifs témoigne de cette évolution: après le rachat de la banque privée allemande Hauck & Aufhäuser, le groupe d’investissement a désormais jeté son dévolu sur la banque privée Kleinwort Benson.En d’autres termes, une nouvelle vague de consolidation est sans doute à attendre dans le secteur de la gestion. Certains n’ont pas attendu. En France, La Banque Postale et Malakoff Médéric ont définitivement scellé l’union de leurs filiales de gestion respectives. Aux Etats-Unis, Ares Management et Kayne Anderson ont uni leurs forces pour donner naissance à un géant mondial de la gestion alternative. Quant à Legg Mason, le gestionnaire d’actifs américain a poursuivi ses emplettes en s’emparant du gestionnaire australien RARE Infrastructure. Autant d’opérations qui pourraient bien en appeler d’autres dans les mois ou les années à venir!