Extra-financier. La finance responsable gagne du terrain avec « le premier prêt au monde dont la marge est uniquement déterminée en fonction de la notation extra-financière », selon Sandrine Enguehard, responsable de la structuration à impact chez Société Générale CIB, co-coordinateur de l’opération. L’électricien autrichien Verbund, spécialiste de l’hydro-électrique, a en l’occurrence annoncé le mois dernier le refinancement pour 500 millions d’euros d’une ligne de crédit syndiqué de 5 ans auprès de 12 banques. La marge sera révisée chaque année en fonction de l’évolution de la notation ESG attribuée par l’agence Sustainalytics. Verbund « est déjà ‘best-in-class’ sur les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance, il renforce ici de façon ambitieuse ses engagements dans ces domaines », salue Sandrine Enguehard. Le taux de base et la marge, actuelle et potentielle, restent confidentiels.
LMA. Le premier Schuldschein émis le mois dernier par Faurecia est aussi le premier répondant aux recommandations de la documentation-type publiée fin octobre par la LMA (Loan Market Association) et destinée à standardiser et donc fluidifier le processus. La transparence de ce dernier a été renforcée par l’utilisation de la plate-forme numérique vc trade. L’équipementier automobile a ainsi placé, dans le cadre du financement de l’acquisition de Clarion, l’équivalent de 700 millions d’euros (en euros et dollars), avec des échéances de 4, 5 et 6 ans. L’émetteur se flatte d’un placement « largement sursouscrit » et de fait d’un coût « très attractif », avec des marges fixes ou variables au-dessus des taux de référence en moyenne inférieures à 1,8 %. L’opération a été arrangée par Helaba, Commerzbank et Raiffeisenbank.
Le tout commercial n’est pas une solution. Tout le monde est d’accord. Le Danemark montre à l’Europe un bon cas d’application en refusant au projet Nordstream 2 la permission de faire passer au large de son île de Nordhom le gazoduc qui doit acheminer du gaz russe jusqu’en Allemagne. Il en appelle à l’Union européenne pour que le projet soit purement annulé. L’argument n’est plus seulement écologique mais géopolitique. Les excès russes – agressions en Ukraine, menaces sur l’Arctique, cyberattaques, incursions dans les espaces aériens de ses voisins…– ne sont plus à démontrer. Voilà une cause sans équivoque où l’Europe pourrait démontrer qu’elle défend un projet porteur de sens. Dans ce dossier, le Danemark invite les Européens à défendre des valeurs au-delà des purs intérêts commerciaux.
... C’est le montant, en milliards de dollars, des sorties subies par les fonds high yield en 2018, selon les chiffres d’EPFR Global concernant les Etats-Unis. Le premier marché du haut rendement a ainsi enregistré des sorties deux fois plus importantes que l’année précédente, sous l’effet notamment de la baisse des prix du pétrole, le marché du high yield comptant 15 % de valeurs dans le secteur de l’énergie. La hausse des taux et du levier dans les bilans des entreprises explique également cette évolution, la qualité du crédit des émetteurs étant considérée comme durablement dégradée par les investisseurs.
Ensemble. La Banque européenne d’investissement (photo) et le Crédit Mutuel Alliance Fédérale (ex-CM CIC) ont signé en décembre une convention de cofinancement pour soutenir le développement des PME et ETI : chacun apportera 150 millions d’euros qui serviront à financer les PME ou ETI innovantes ou celles situées dans les zones de cohésion sociale et économique. Ces financements, octroyés dans des conditions avantageuses pour les entreprises, seront compris entre 5 et 50 millions d’euros pour des durées de 4 à 12 ans maximum. Ils entrent dans le cadre du Plan Juncker ou Plan d’investissement pour l’Europe qui a déjà permis de mobiliser plus de 371 milliards d’euros dont 60,5 milliards en France, pour 856.000 entreprises. La France a défini des zones de cohésion dans une dizaine de régions en métropole, ainsi qu’en Corse, en Guadeloupe, en Martinique, en Guyane, à la Réunion et à Mayotte.
Trésorerie. Acofi achève d’investir le fonds Predirec Innovation 2020 de 140 millions d’euros. Créé en 2015 en collaboration avec Neftys, spécialiste du crédit d’impôt recherche (CIR), il avance aux entreprises le montant de cette créance sur l’Etat. Il a ainsi, à ce jour, fourni de la trésorerie à plus de 300 petites et moyennes entreprises, pour un total de financement de 250 millions d’euros. La durée des financements pouvant atteindre 36 mois pour les ETI, un fonds de 30 millions d’euros vient d’être monté pour servir ce type d’entreprises sans dépasser l’échéance du fonds. Le succès du véhicule tient aussi à la mise au point d’une plate-forme internet où les entreprises envoient leurs dossiers, signent les contrats, cèdent leurs créances sur l’Etat et reçoivent leurs paiements. Les prêts coûtent en moyenne 4,25 % aux entreprises pour un rendement de 2,80 % aux investisseurs, les frais juridiques et de gestion absorbant environ 1,20 %.
« Six à sept transactions interbancaires par jour contribuent à déterminer le Libor à 1 mois et à 3 mois et pourtant, le Libor reste systémique pour les marchés »
Désintermédiation. Deux décrets viennent de boucler la réforme des deux véhicules de financement de l’économie par des fonds, les FPS (fonds professionnels spécialisés) et les OT (organismes de titrisation). Les OT, qui ont le monopole du tranchage au passif, pourront désormais octroyer des prêts en direct et conclure des opérations de sous-participation. L’OFS pourra, en outre, détenir un large éventail d’actifs financiers, y compris en capital. Il emprunte à l’OT sa souplesse et son étanchéité à la faille mais en outre, l’OFS bénéficie du cadre AIFM (gestion de fonds alternatifs) et peut être agréé Eltif, pour répondre aux attentes des investisseurs européens. Il a vocation à devenir le véhicule central d’investissement et de financement en France, et à remplacer, sans dissolution, les FPS et les OT. La version sociétaire de l’OFS (société de financement spécialisée ou SFS) va voir son régime fiscal de faveur précisé dans la loi de finances pour 2019.
« Collateral ». Le prêt, de 15 millions sur une durée de 6 ans, est structuré en forme de facilité garantie par les avions de type ATR qu’il finance. Il sera délivré en quatre tranches. La vocation du fonds, géré par Acofi et Chetwode, consiste à financer un actif essentiel à l’activité de l’emprunteur. Le Fonds Predirec ABL-2, qui a réalisé son premier closing fin 2017, finalise actuellement un second closing avec un objectif final de 300 millions d’euros. Il affiche un objectif de rendement net de 4,5 % et interviendra notamment sous forme de leasing. Pour cette opération, Acofi s’est appuyé également sur la société Avico Asset Management pour l’arrangement et l’origination de la transaction.
Pause. Alors que le prix d’acquisition des PME non cotées européennes avait atteint son plus haut niveau fin juin, les valorisations se stabilisent. Au troisième trimestre 2018, l’indice Argos Soditic, qui mesure l’évolution des prix sur les opérations comprises entre 15 et 500 millions d’euros, s’est établi à 9,8 fois l’Ebitda, contre un multiple de 9,9 trois mois plus tôt. Si les multiples payés par les acquéreurs stratégiques se sont maintenus à 9,9, ceux payés par les fonds ont reculé de 9,9 à 9,3. Une baisse qui reflète « le souci de discipline des gérants de fonds », selon Argos Wityu et Epsilon Research, qui publient l’indice. « Les multiples demeurent très élevés, ce qui pourrait conduire les consolidateurs à réévaluer leur budget, ou abaisser leurs prétentions. Dans les deux cas, la pertinence stratégique des opérations et la capacité à délivrer des synergies demeurent cruciales », estime la recherche d’Octo Finances.
Levier. Le dividend recap, par lequel un fonds LBO réendette une société afin de s’octroyer un dividende, « continue d’affaiblir la qualité de crédit » et « augmente le risque de plus fortes pertes en cas de défaut », indique Moody’s. Sur 34 cas scrutés d’émetteurs non financiers en catégorie spéculative, l’impact s’avère pourtant concrètement bénin en termes de notation, aucune sanction n’étant appliquée dans 73 % des cas, pour 15 % d’abaissement de note et 12 % de dégradation de perspective. La plupart du temps, relève l’agence, l’émetteur « est plus fragilement positionné au sein de sa catégorie de notation ». La manœuvre correspond en effet à un écrasement du coussin de capital (voir le graphique). Le succès des dividend recaps se maintiendra selon Moody’s tant que la dette est peu onéreuse et « tant que les investisseurs continueront d’accepter un levier toujours plus haut ».
Forte de son expérience du « crowdequity », la fintech met au point une technologie pour digitaliser les échanges entre investisseurs et participations.
« Waiver ». Opérationnelle depuis ce printemps, la plate-forme numérique Pref-X se veut lieu de rencontre de tous les intervenants du placement privé. Alors que le module d’origination, « sans désintermédiation des banques » précise la présidente Marie-Hélène Crétu (photo), devrait concrétiser ses premières opérations fin 2018, celui de suivi de la vie du produit rassemble déjà 8 emprunteurs et une trentaine d’investisseurs pour autant d’opérations. EuroPP pour l’essentiel mais aussi US PP, Schuldschein et crédits syndiqués. « La transaction vit pendant 5 à 10 ans, il y a des coûts cachés, que nous aidons à atténuer », plaide Marie-Hélène Crétu, en fluidifiant et en sécurisant tout échange entre investisseurs et emprunteurs, passant par les demandes de waivers sur les covenants.
Due diligence. La norme MSI 20000 de certification financière va bénéficier aux acteurs du capital-investissement français. Le soutien technique de l’ONG MSI, IWK Corporate, a en effet noué un partenariat avec le cabinet de conseil Neovian Partners, permettant à ce dernier d’utiliser de manière exclusive pour ses missions de due diligence acheteur ou vendeur les outils déployés dans le cadre du processus de cette certification aujourd’hui délivrée par Dekra et SGS. De quoi, selon les signataires de l’accord, apporter « aux investisseurs comme aux dirigeants un outil de validation, de crédibilisation, d’amélioration et de valorisation de la qualité financière des entreprises ». Les partenaires œuvrent déjà ensemble sur six dossiers « auprès d’acteurs majeurs du private equity français ».
Fluidité. Crédit Mutuel Arkéa a lancé une plate-forme de financement devant mettre plus directement en relation des institutionnels avec les collectivités et les entreprises. Ces dernières pourraient accéder plus facilement à des prêts remboursables in fine et, à terme, à des émissions de dette de 3 à 12 millions d’euros, zone entre le crowdlending et les EuroPP. Totalement dématérialisée et uniquement commissionnée à la transaction, la plate-forme offrira aussi aux collectivités un outil de consultation et un panel plus large de prêteurs alternatifs bien connus de la banque : gérants, assureurs, institutionnels… Arkéa Lending Services ambitionne de flécher ainsi, chaque année, 200 à 300 millions vers les PME et 1 milliard d’euros vers les collectivités, avant de s’étendre, à terme, aux financements immobilier, d’infrastructures et d’énergies renouvelables.