Les responsables de la Banque centrale européenne (BCE) envisageraient de relever les taux de 50 points de base (pb) pour freiner l’inflation, ont déclaré à Reuters des sources informées des discussions. Cette entorse à sa «forward guidance», alors que ses gouverneurs ont maintes fois répété que la première hausse ne serait que de 25 pb, pourrait se comprendre face au retard par rapport à d’autres banques centrales comme la Fed. Mais il impliquerait que le Conseil soit tombé d’accord sur un outil antifragmentation crédible et efficace pour éviter un écartement anormal des taux souverains. Une équation pas si évidente cette semaine, alors que l’Italie doit régler une nouvelle crise politique majeure et que la Russie doit reprendre via Nord Stream 1 l’approvisionnement en gaz de l’Allemagne qui pourrait entrer rapidement en récession sinon. Les rumeurs autour de cette hausse de taux ont soutenu mardi l’euro-dollar, remonté à 1,024, et fait remonter les taux euro : le Bund à 1,27% ; l’OAT à 1,84% et le BTP à 3,42%.
La Banque populaire de Chine (PBoC) a injecté, lundi pour la première fois depuis juin, des liquidités supplémentaires dans le système financier chinois alors qu’un boycott des paiements hypothécaires sur les constructions retardées affaiblit les promoteurs et qu’une nouvelle flambée de coronavirus ravive le sentiment de crise. Selon son communiqué, la PBoC a augmenté la taille de ses opérations quotidiennes de trésorerie à court terme, sous la forme d’opérations de prise en pension (reverse repo) à 7 jours, de 3 à 12 milliards de yuans (1,8 milliard de dollars). Soit une injection nette de 9 milliards de yuans, la première depuis le 30 juin. Le taux de «reverse repo» à 7 jours, bien qu’augmenté à 2,1% la semaine dernière, reste inférieur au taux de référence, ce qui limite l’intérêt de l’opération. La décision de la PBoC, qui ne souhaite plus trop assouplir sa politique monétaire, répondrait également à un besoin de liquidités ponctuel, afin de couvrir le paiement d’impôts des entreprises.
Les taux souverains diminuaient vendredi matin, jusqu’à 1,07% pour le Bund allemand à 10 ans, qui avait pourtant dépassé 1,92% le 16 juin, et 1,61% pour l’OAT française à 10 ans. L’ambiance de récession globalisée continue de jouer un rôle important dans cette recherche d’actifs sûrs. Jeudi, la Commission européenne (CE) a réduit ses prévisions de croissance en zone euro, de 2,7% à 2,6% pour 2022 et de 2,3% à 1,4% pour 2023, principalement en raison de l’impact de la guerre en Ukraine sur l’inflation européenne qui atteindra au minimum 7,6% sur l’ensemble de l’année.
Les ministres des Finances et les banquiers centraux veulent avancer sur ce projet, crucial pour la souveraineté monétaire. Les banques redoutent des effets négatifs sur leur modèle économique.
Le remplaçant de l’Eonia, qui représente le taux de rémunération des dépôts au jour le jour, navigue toujours autour de -0,58% en dépit de la remontée de la plupart des taux d’intérêt. L’explication en est purement technique.
L’euro-dollar a frôlé la parité en chutant encore à 1,0077 vendredi matin à 9h30 (1,0145 à 13h), soit un plus bas de près de vingt ans. Sur la semaine, la monnaie unique aura perdu près de 3% avec les inquiétudes grandissantes autour de l’arrêt des approvisionnements de gaz russe – au-delà des grèves du début de semaine dans les champs norvégiens -, et plus globalement des craintes de récession, également aux Etats-Unis, qui attirent les flux sur le billet vert comme «valeur refuge».
La banque centrale de Hongrie accentue son tour de vis monétaire alors que la forte dépréciation du forint, la devise hongroise, complique sa lutte contre une inflation de près de 11%. L’institution monétaire a relevé jeudi son taux de dépôt à une semaine de 200 points de base (pb), à 9,75%. Celui-ci avait été relevé de 50 pb la semaine passée, au niveau du taux de base qui avait été rehaussé de 185 pb quelques jours plus tôt. La Hongrie affiche désormais les taux d’intérêts les plus élevés en Europe. Le forint a atteint mercredi un plus bas historique de 416 face à l’euro. Le pays est non seulement confronté à l’envolée de l’inflation mais aussi au risque de récession qui affecte les actifs risqués.
La banque centrale de Hongrie accentue son tour de vis monétaire alors que la forte dépréciation du forint, la devise hongroise, complique sa lutte contre une inflation de près de 11%.
Remonter les taux sans provoquer une crise des dettes souveraines : c’est le défi de la banque centrale, qui dévoilera le 21 juillet un outil contre la fragmentation de la zone euro.