Malgré les craintes de récession, les prêts aux entreprises en zone euro ont continué à progresser en juillet, de 7,7% après 6,9% en juin, selon les données de la Banque centrale européenne (BCE) publiées vendredi. Le rythme de croissance des prêts aux ménages a légèrement ralenti, à 4,5% après 4,6%. Les banques, qui ont resserré l’accès au crédit au deuxième trimestre, vont être encore plus restrictives alors que les prix de l’énergie augmentent et que l’économie ralentit sous l’effet des hausses de taux. Le taux de croissance annuel de la masse monétaire M3, qui reflète principalement les achats d’obligations de la BCE, a également ralenti à 5,5% en juillet.
Les membres du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) semblent de plus en plus inquiets de voir l’inflation s’installer à un niveau élevé à moyen terme, un risque qui a été jugé suffisamment important pour justifier une remontée de taux de 50 points de base (pb) plus importante qu’annoncé initialement, rapporte le compte-rendu de la réunion monétaire du 21 juillet publié jeudi. Ces «minutes» indiquent que les membres du board ont soutenu «à l’unanimité» l’instrument de protection de la transmission (Transmission Protection Instrument, TPI) pour limiter la fragmentation financière entre Etats de la zone euro, et «à une grande majorité» la hausse de taux de 50 pb. Elles confirment que le Conseil n’a pas modifié son évaluation concernant le taux terminal dans le cycle de resserrement monétaire : malgré le risque de récession, les marchés anticipent donc que l’institution devrait à nouveau relever ses taux de 50 pb en septembre, alors que l’inflation se rapproche désormais de 10%.
La Banque de Corée (BoK) a relevé, lors de sa réunion de politique monétaire de jeudi, son taux directeur de 25 points de base (pb) à 2,5%, une décision largement attendue face aux pressions et anticipations inflationnistes persistantes. Le Conseil avait déjà annoncé une hausse de taux sans précédent de 50 pb en juillet, la banque centrale cherchant également à éviter des sorties de capitaux dans un contexte de nouvelles hausses de taux aux Etats-Unis. Il s’agit de la septième hausse de taux depuis que la BoK a initié ce mouvement en août 2021, la quatrième consécutive. Les décideurs ont estimé que le taux d’inflation atteindrait 5,2% en Corée du Sud cette année, contre 4,5% dans leurs prévisions de mai, soit un plus haut depuis 1998. Le gouverneur Rhee Chang-yong a déclaré que la lutte contre l’inflation restait la priorité, mais averti que cela devrait être revu si la croissance s’affaiblissait fortement. Dans le même temps, le PIB devrait croître de 2,6% en 2022, contre 2,7% dans les précédentes prévisions, en raison d’un ralentissement des exportations. En 2023, l’économie devrait progresser beaucoup plus lentement, autour de 2,1%.
La Banque centrale européenne (BCE) doit faire preuve de prudence concernant de nouvelles hausses de taux car «une récession pourrait atténuer les pressions inflationnistes et diminuer la nécessité d’une action monétaire», a déclaré mardi le membre du directoire italien Fabio Panetta, dans un discours en contradiction avec celui de son homologue allemande Isabel Schnabel, le 18 août. L’institution de Francfort a relevé en juillet son taux de dépôt de -0,50% à 0%, et devrait selon les marchés poursuivre un mouvement similaire en septembre pour lutter contre l’inflation, qui a atteint 8,9% en juillet, et éviter qu’elle s’enracine dans une spirale salaires-prix difficile à arrêter. «Nous devrons peut-être ajuster davantage notre position monétaire, mais (…) nous devons être pleinement conscients que la probabilité d’une récession augmente», a-t-il ajouté.
La banque centrale d’Israël a augmenté son taux d’intérêt directeur de 75 points de base (pb) à 2% lors de sa réunion d’août, une quatrième hausse consécutive qui porte les coûts d’emprunt à leur plus haut niveau depuis fin 2012. Les analystes prévoyaient majoritairement une nouvelle hausse de 50 pb. Les gouverneurs ont noté que l’inflation continue d’augmenter et est supérieure à la fourchette cible de 1% à 3%. L’indice a progressé le mois dernier et dépassé toutes les prévisions à 5,2% en rythme annuel, soit le plus élevé depuis octobre 2008, alors que l’activité économique demeure vigoureuse et que le marché du travail reste tendu. La banque centrale a ajouté que de nouvelles hausses des taux dépendront des données économiques et de l’évolution de l’inflation.
Le revirement de politique monétaire escompté par les marchés n’est pas à l’ordre du jour mais la banque centrale s’interroge sur le niveau d’atterrissage des taux.
La banque centrale de Norvège a relevé jeudi son principal taux directeur jeudi de 50 points de base (pb), à 1,75%. Face à une inflation qui continue de dépasser les attentes, la gouverneure Ida Wolden Bache a indiqué qu’un resserrement plus marqué était nécessaire pour refroidir l’économie norvégienne, en précisant que les taux seraient à nouveau relevés en novembre. Les économistes de Nordea anticipent une hausse jusqu’à 3%. Egalement confrontée à une inflation atteignant un pic de quatre ans, la banque centrale des Philippines a relevé de 50 pb son principal taux directeur à 3,75%. Depuis le début de l’année, l’institution monétaire a augmenté ses taux de 175 pb. D’autres hausses de taux sont prévues dans ce pays asiatique.
La banque centrale de Turquie a surpris les marchés jeudi en abaissant son principal taux directeur de 100 points de base (pb) à 13%, malgré une inflation de 80%. Aucun économiste ne s’y attendait car l’institution n’avait envoyé aucun signal indiquant qu’un tel mouvement était envisagé. Dans le sillage de cette annonce, la livre turque a chuté de 1% face au dollar. La banque centrale avait maintenu son taux directeur à 14% au cours des sept derniers mois après l’avoir réduit de 500 pb. Ce mouvement n’est toutefois pas étonnant alors que le président turc Recep Tayyip Erdogan veut stimuler la croissance en fournissant un crédit bon marché aux entreprises et aux ménages, tandis que les entreprises exportatrices deviennent plus compétitives du fait de la chute de la monnaie. Pour le président turc, ce sont les taux élevés qui provoquent l’inflation. Le problème est que les taux réels sont très négatifs et que cette politique a accéléré la crise du coût de la vie pour les ménages turcs.
La banque centrale de Nouvelle-Zélande (RBNZ) a annoncé mercredi sa septième hausse consécutive des taux d’intérêt et annoncé une poursuite de son resserrement monétaire au cours des prochains mois pour contenir une inflation qui a atteint au deuxième trimestre un plus haut de 30 ans à 7,3%. La RBNZ a relevé le taux de change officiel (OCR) de 50 points de base (pb), comme attendu, à 3,0 %, une première depuis septembre 2015. Elle prévoit désormais des taux à 4,0 % au début de l’année prochaine alors que sa projection précédente était de 3,7 %. Ce ton plus agressif (hawkish) a provoqué une hausse du dollar néo-zélandais et des taux de swaps.
La hausse des prix à la consommation a ralenti plus que prévu en juillet aux Etats-Unis, entretenant l’espoir d’un resserrement monétaire moins massif qu’anticipé.
Près de 2.200 milliards de dollars sont déposés chaque nuit auprès de la Fed. Les émissions de bons du Trésor ne suffisent pas à éponger ces ressources.
Shaktikanta Das, le gouverneur de la Banque de réserve d’Inde, a indiqué vendredi que le comité de politique monétaire avait décidé de relever son taux repo de 50 points de base (pb), à 5,40%. Quatre des six économistes interrogés par le Wall Street Journal tablaient sur un relèvement d’un demi-point de pourcentage, et deux s’attendaient à une hausse de 35 pb. L’institution avait déjà relevé son taux directeur de 50 pb en juin, à 4,90%, après un relèvement de 40 pb à l’issue d’une réunion ad hoc en mai. L’indice des prix à la consommation en Inde est ressorti en juin en progression de 7,01% sur un an, après une hausse de 7,04% en mai. La banque centrale a pour objectif une inflation comprise dans une fourchette de 2% à 6%.
Les principales banques centrales des marchés développés et émergents ont relevé leurs taux d’intérêt de près de 1.200 points de base (pb) en cumul en juillet, selon des données de Reuters. Les banques centrales supervisant cinq des dix devises les plus échangées ont totalisé 325 pb de hausses de taux, sous les 350 pb de resserrement réalisées en juin. Le léger ralentissement de rythme pourrait indiquer que le pic d’agressivité des banques centrales développées est dépassé. Du côté des émergents, neuf banques centrales sur les 18 suivies par Reuters ont relevé leurs taux de 850 pb, portant le total de hausses sur l’année à 5.265 pb -près du double des 2.745 pb sur l’ensemble de 2021. L’inflation forte reste le principal problème auquel sont confrontés les pays émergents.