Les contraintes budgétaires sans précédent que connaissent les pays européens imposent de rechercher les moyens de financer et d’exploiter plus efficacement les infrastructures, et ce besoin est incompressible, quels que soient les aléas de la crise, a expliqué en substance René Kassis, responsable du secteur infrastructures chez Dexia Crédit Local, lors d’un séminaire organisé le 31 mars par son établissement avec l’Association française des investisseurs institutionnels (AF2I).Seulement, après la crise, le nombre d’acteurs pour les partenariats public-privé (PPP) s’est réduit à seulement une quinzaine de banques et, si l’on trouve encore des apporteurs de capital, les investisseurs institutionnels se tiennent à l'écart du volet obligataire des financements nécessaires, probablement parce que l’on s’est trop focalisé sur les contraintes de l’actif sans prêter suffisamment d’attention à celles de l’investisseur. Pourtant, a priori, les infrastructures devraient être intéressantes pour l’institutionnel, avec une dette à 15 ans, non remboursable par anticipation et avec un taux de recouvrement moyen de 76,9 % contre 39,9 % pour les crédits bancaires.De fait, constate Matthias Burghardt, head of infrastructure group chez Axa Private Equity, les directives Solvabilité II comme Bâle III pénalisent les échéances de long terme : les acteurs préfèrent se concentrer sur les échéances à 5-7 ans pour éviter les surcoûts de solvabilité appliqués aux longues maturités. Une analyse partagée lors d’une table ronde tant par Vincent Ribuot, directeur des investissements de l’Union Mutualiste Retraite et vice-président de l’AF2I, que Romain Verzier, directeur des financements structurés chez Vinci Concessions, et Antoine Lissowski, directeur financier de la CNP. En outre, les institutionnels et les banques se trouvent exposés, tout comme les gestionnaires d’actifs avec les directives OPCVM, aux effets néfastes des surenchères nationales, dans le sens d’un durcissement, lors de la transposition des textes en droit local (le «gold plating»). Par exemple, en Allemagne et en France, les retraites sont assujetties à la réglementation prudentielle des assurances, ce qui n’est pas le cas dans d’autres pays.Les intervenants sont aussi convenus que l’on a longtemps occulté le fait que la liquidité a un prix. En outre, a rappelé Antoine Lissowski, il faudra aussi que les institutionnels, qui ont des ressources de long terme, soient correctement rémunérés. Autrement dit, il conviendra de partager les profits et les pouvoirs.Et cette nouvelle approche imposera aux institutionnels d’investir dans des équipes et du savoir-faire. Ce qui signifie qu’il «faudra plus de gens par milliard géré», prévoit le directeur financier de la CNP.