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Les Fonds evergreen s’imposent
Historiquement, les fonds d’actifs non cotés prenaient la forme de fonds fermés, avec une durée de vie déterminée à la création. Mais depuis quelques années, les formats perpétuels ou evergreen essaiment. « Les partenaires avec une clientèle riche, voire très riche, sont agnostiques sur le format, constate Emmanuel Deblanc. En revanche, plus on va vers la clientèle de détail et plus le format evergreen s’impose. L’accélération est notable pour ce segment de clientèle, à tel point que certains distributeurs n’acceptent que ce format de fonds, notamment en Suisse. » La croissance est au rendez-vous, avec une progression de presque 50 % sur un an. « L’adoption par les distributeurs et les gérants d’actifs est rapide, assure Lionel Paquin. Résultat, en 2025, les trois quarts des fonds Eltif sont en format evergreen. » A moyen terme, c’est le format privilégié pour aborder le marché des particuliers patrimoniaux. « Nous assistons à un changement de paradigme assez clair en faveur des evergreen, note Emmanuel Deblanc. Nous voyons aussi des structures hybrides se développer avec des options permettant de passer d’un monde de fonds fermés à des structures perpétuelles. C’est un peu plus complexe mais l’avenir devrait nous offrir de nombreuses innovations en la matière, avec de plus en plus de véhicules intermédiaires, qui pourront offrir de la flexibilité. »
Ce format présente de nombreux atouts, qui en font un format adapté aux clients privés. « Le principal avantage d’une structure evergreen, c’est qu’elle est là en permanence, par opposition à un fonds fermé qui est une sorte d’étoile filante, explique Lionel Paquin. C’est donc plus confortable sur le plan commercial pour un distributeur, mais aussi en termes de construction de portefeuille pour le client final. En outre, ces produits peuvent tout à la fois distribuer des revenus mais aussi réinvestir et capitaliser la performance là où, dans un un fonds fermé, la performance est distribuée au fil de l’eau. » La structure est aussi plus simple à appréhender pour une clientèle peu expérimentée en matière d’actifs privés. « L’evergreen est le produit le plus adapté pour des questions d’appels en capitaux, relève Thomas Friedberger. On voit bien qu’en dessous d’un certain niveau de sophistication de l’investisseur, les appels de capitaux sont complexes à gérer. »
Seul bémol, les contraintes inhérentes à ces fonds les conduisent logiquement à afficher une espérance de rendement moindre. « Le besoin de diversification y est plus élevé et il faut considérer le délai entre le moment où l’argent est levé et celui où il est investi par le fonds », cite en exemple Thomas Friedberger. Autre obligation de ces supports : la détention d’actifs liquides, moins bien rémunérés, imposée par la réglementation aux supports Eltif. Cette particularité ne garantit pas pour autant une liquidité totale. « Il faut rappeler que les fonds evergreen, même s’ils proposent des options de liquidité, restent des solutions d’investissement à long terme, qui ont vocation à s’installer dans la partie longue de l’épargne et à être conservés pendant plusieurs années, signale Lionel Paquin. Les portes de sortie prévues comportent nécessairement certaines limites, elles doivent être expliquées et comprises comme étant vraiment optionnelles. » Un point de vigilance auquel souscrit Emmanuel Deblanc, en s’appuyant sur l’historique de M&G Investments en la matière. En effet, la société britannique gère des formats evergreen depuis vingt ans, ces derniers représentant à présent près de 40 % de ses encours en actifs privés. « Nous avons désormais près de deux décennies d’expérience dans la gestion de la liquidité, précise-t-il. Le vrai défi, c’est d’éviter un blocage des rachats qui nuirait à la réputation des gérants, sans pour autant affaiblir la rentabilité des fonds en gardant trop de liquidités. » Un équilibre à trouver pour les sociétés de gestion.