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La stabilité du Grand-Duché séduit les Français inquiets

Par Quintet Private Bank Luxembourg, Sogelife, Baloise et CNP Luxembourg.
Face aux incertitudes politiques et fiscales en France, les épargnants fortunés regardent vers le Luxembourg. La solidité du cadre réglementaire et la diversification offerte par ses contrats en font une destination privilégiée. Ce mouvement s’accompagne d’une normalisation des flux vers le fonds en euros et d’un intérêt croissant pour les actifs privés.
Grand Ducal Palace - Luxembourg City, Luxembourg
Grand Ducal Palace - Luxembourg City, Luxembourg  -  Diego Grandi

Au cours du premier semestre 2025, l’activité du Luxembourg en assurance-vie a progressé de 18 %. La clientèle française, de loin le premier marché du Grand-Duché, n’y est sûrement pas pour rien. En effet, depuis la dissolution de l’Assemblée nationale, intervenue le 9 juin 2024, l’instabilité politique qui règne sur la scène politique française inquiète les épargnants fortunés. Cette peur, concrétisée par la dégradation de la note de la France par l’agence Fitch le 12 septembre dernier, a incité une partie d’entre eux à chercher une meilleure diversification pour leurs capitaux. « L’année en cours est très porteuse sur le plan commercial, observe Frédéric Sauvage, directeur commercial de Baloise Vie Luxembourg. Alors que nous avions déjà une collecte en hausse de 55 % en 2024, les six premiers mois de l’année ont enregistré une nouvelle progression du même ordre. Le rythme a légèrement ralenti depuis cet été mais nous restons sur des tendances de l’ordre de 30 % sur le marché français. »

L’intérêt accru pour le Luxembourg se concrétise

Alors que la crise gouvernementale a pu conduire à de vives réactions de la part des résidents français il y a un an, entraînant beaucoup d’interrogations et de curiosité mais finalement peu de passages à l’acte, la situation est tout autre aujourd’hui. « L’inquiétude que nous avons constatée en 2024 s’est transformée aujourd’hui en un intérêt accru pour le Luxembourg, pour de bonnes raisons, estime Raphaël Torres, directeur commercial France, Belgique et Luxembourg de CNP Luxembourg. La dynamique commerciale actuelle est ainsi avant tout justifiée par le cadre réglementaire, juridique et financier luxembourgeois, portée par une meilleure connaissance de l’environnement luxembourgeois par les conseillers et leurs clients. » Une montée en compétences et une maturation des projets qui pourraient d’ailleurs avoir des répercussions sur le long terme. « Nos partenaires et leurs clients réfléchissent à long terme, donc les événements de 2024 auront des effets ricochet sur un, cinq, voire dix ans, considère Frédéric Sauvage. Certaines familles envisagent des délocalisations et mettent en place, de façon ordonnée, des stratégies à long terme pour cela, ce qui les conduit à emporter des actifs au Luxembourg. »

A moyen terme, les prochaines élections présidentielles sont dans tous les esprits, suscitant là encore beaucoup d’inquiétude. Ainsi, aux versements complémentaires sur les contrats existants, se sont ajoutées beaucoup d’ouvertures de nouvelles enveloppes. « La clientèle moins fortunée, qui pouvait hésiter à venir au Luxembourg par le passé, voit la situation se dégrader en France et franchit le cap pour diversifier son risque pays », analyse Stéphane Ries, managing director financial intermediaries chez Quintet Private Bank Luxembourg. Plus surprenant, le contexte profite aux acteurs suisses. « Avant la dissolution de l’Assemblée nationale, nous n’entendions plus beaucoup parler de dépôts en Suisse, relate Frédéric Sauvage. Or c’est une tendance que l’on a constatée depuis l’été 2024 et qui se poursuit : nous observons un retour en force de l’appétit pour des gérants suisses et des dépôts en Suisse. »

Si ces incertitudes sont bénéfiques à l’industrie assurantielle luxembourgeoise, elles ont aussi des effets indirects moins positifs. « Nous avons concrétisé cette année de beaux dossiers à la suite d’importantes cessions d’entreprises, mais il manque encore un redémarrage plus global du M&A, y compris sur des cessions plus petites, relève Emmanuel Roque, directeur du développement commercial chez Sogelife. L’incertitude pénalise ce marché, ce qui affecte par contrecoup les banques privées et l’assurance-vie. »

Un retour vers les unités de compte

L’exercice 2025 est aussi une année de “ normalisation ” pour l’assurance-vie luxembourgeoise. En effet, l’an passé, la collecte s’est largement orientée sur le fonds en euros, porté par des stratégies de bonus, dans un contexte de forte concurrence des placements bancaires. L’actif garanti a ainsi accaparé plus de la moitié des versements en 2024. Ce phénomène semble désormais avoir pris fin : au cours du premier semestre, le fonds en euros a pesé seulement pour un quart dans la collecte. « Il a retrouvé une place normale en ce qui nous concerne, avec une collecte comportant 60 % à 65 % d’unités de compte, indique Emmanuel Roque. Il faut se rappeler qu’en 2022, nous avons subi un choc massif avec une remontée des taux d’intérêt très brutale. De ce fait, entre mi-2022 et fin 2023, nous avons connu une concurrence très forte des placements de type dépôts à terme. Les assureurs ont mené une contre-offensive pour proposer des offres plus attractives, ce qui nous a permis de collecter assez massivement. Chez Sogelife, nous avons eu beaucoup de versements sur le fonds euros l’année dernière, ce qui a été un choix assumé et, du point de vue de l’équilibre du fonds général, un excellent calcul puisque cela nous a permis de capter du rendement pour les dix à quinze prochaines années. »

Si les politiques de bonus sont toujours d’actualité, elles sont désormais plus restrictives. « Pour venir chercher des bonus intéressants, il vaut mieux avoir 50 % d’unités de compte en ce moment », précise Emmanuel Roque. En effet, même si la période reste opportune pour abonder le fonds en euros, les unités de compte sont un garant de stabilité, limitant les allers et venues. « Disposer d’un taux d’unités de compte de 60 % à 65 %, composé d’actifs à long terme, est de nature à protéger nos encours et ceux de nos partenaires, puisque cela permet de respecter le marché cible d’un contrat d’assurance-vie via un horizon de placement à moyen et long terme », poursuit Raphaël Torres.

L’environnement actuel conduit aussi les investisseurs à davantage diversifier leurs portefeuilles. « Nous nous adaptons aux conditions de marché et aux besoins en résultant, poursuit Raphaël Torres. La stratégie mise en place par CNP Luxembourg porte sur des investissements multisupports prônant un minimum de 50 % investis via des supports exprimés en unités de compte. Le contexte actuel est en effet marqué par la baisse des taux d’intérêt, qui se traduit par une diminution des rendements des actifs à court terme, notamment des fonds monétaires. Cette situation incite les clients à se tourner vers des actifs plus diversifiés dans le cadre de la recherche de nouveaux leviers de rendement. »

Le non-coté de plus en plus prisé

Cette tendance est à mettre en parallèle avec une autre orientation majeure : la montée en puissance des actifs privés. « Au niveau de la place, dans les contrats d’assurance-vie, la proportion de private equity devrait être légèrement inférieure à 10 %, ce qui reste limité.Mais il y a encore deux ou trois ans, ce chiffre n’était que de 6-7 %, explique Stéphane Ries. Donc il y a clairement une tendance en faveur du private equity et du non-coté de manière générale. D’ailleurs, il y a quelques années, nous n’étions dépositaires que pour une poignée d’assureurs-vie alors que nous en servons 13 sur ce segment aujourd’hui. »

Même constat côté assureurs : si le private equity ne pèse pas encore très lourd dans les encours, il progresse et devient incontournable. « Les chiffres prouvent un certain engouement puisque la croissance des fonds de private equity dans les contrats atteint environ 40 % au Luxembourg cette année », précise Raphaël Torres. La plupart des assureurs s’équipent et avancent sur le sujet tout en restant vigilants. « La demande ne faiblit pas, alors même que 2024 et 2025 sont de mauvaises années pour le private equity, pointe Frédéric Sauvage. Néanmoins, il ne faut pas oublier que c’est une catégorie d’actifs illiquides. Donc nous allons introduire le private equity dans des stratégies où l’on peut se permettre d’attendre, telles que des stratégies de transmission de patrimoine, et pour une clientèle qui sait de quoi elle parle et qui a les moyens de patienter. »

L’absence de liquidité est d’ailleurs un sujet qui justifie la prudence des assureurs. « Nous partons d’assez loin car nous avons toujours eu une approche assez prudente du private equity chez Sogelife, relate Emmanuel Roque. Le marché accélère actuellement sur le sujet, et Sogelife aussi, tout en demeurant vigilante notamment en termes de référencement de produits. L’industrie est en train de s’organiser pour faire en sorte que les opérations en titres non cotés soient rendues plus faciles et fluides à l’avenir, y compris sur les problématiques techniques liées au dépôt. » Car il existe un enjeu pour le Luxembourg à proposer une offre substantielle en la matière. « C’est très important d’avoir cette brique ainsi que toutes les autres briques, parce que cela fait partie intégrante de la promesse du contrat luxembourgeois : même si le client n’utilise pas toutes les possibilités immédiatement, il veut savoir qu’elles sont à disposition si ses besoins évoluent », note Emmanuel Roque.

Pour cela, il faut surmonter les difficultés opérationnelles, spécifiques au private equity, telles que la gestion des engagements et des appels de fonds notamment. « Nous avons une équipe spécialisée qui a développé un véritable savoir-faire, ce qui justifie que de nombreux assureurs apprécient de travailler avec nous, commente Stéphane Ries. Cela provient d’une expertise de plusieurs décennies d’exécution sur fonds classiques tels que les OPCVM au départ, puis les hedge funds et enfin sur le non-coté. Cela ne s’improvise pas du jour au lendemain ! »

La multiplication des stratégies et des formats de fonds est un autre facteur explicatif de la percée des actifs privés. L’essor des fonds evergreen, par exemple, contribue au succès de la classe d’actifs. « Jusqu’à présent, ces fonds étaient souvent des véhicules avec un horizon de 10 à 12 ans, avec des appels de fonds sur une longue période, souligne Emmanuel Roque. Désormais, nous voyons une offre alternative se développer, avec de plus en plus de fonds avec une liquidité à un an. Ce n’est plus tout à fait le même produit. »