Le sujet de la valorisation des fonds ne fait pas forcément partie des sujets de prédilection d’une société de gestion, on peut le comprendre. Il n’empêche, les risques liés à cet exercice récurrent ne sont pas négligeables d’autant plus que la directive AIFM demande une «valorisation juste et indépendante». La Financial Conduct Authority au Royaume-Uni (FCA) mène actuellement des réflexions sur ces problématiques de valorisation, dont les conclusions devraient être publiées plus tard cette année.Les problèmes de bonne gouvernance liée à la gestion des risques de valorisation ne semblent pas être suffisamment pris en compte en amont dans les process internes d’une société de gestion. «L’absence ou le déficit d’implication de la direction peut être source de problèmes. La valorisation ne concerne pas seulement le contrôleur des risques ou le compliance officer», a indiqué le 4 mai à Paris Hannah Rossiter, director, compliance consulting chez Duff & Phelps, à l’occasion d’une table ronde sur la gestion du risque de valorisation des fonds.Le déficit d’engagement de la direction peut notamment se traduire par le manque d’indépendance du comité de valorisation que doit en principe assurer la société de gestion. Plusieurs décisions de l’Autorité des marchés financiers (AMF) font d’ailleurs ressortir ce déficit d’indépendance, a relevé Hannah Rossiter. Dans ce contexte, le rôle du compliance officer au sein du comité de valorisation est plutôt consultatif, a-t-elle souligné. Et la fonction de valorisation doit être indépendante des activités de gestion financière de fonds. Ces dernières années, l’AMF a prononcé un certain nombre de sanctions et a conclu des accords de composition administrative au sujet de défaillances liées au processus de valorisation. Plusieurs sociétés de gestion ont ainsi décidé de se mettre en conformité à la suite d’un contrôle ayant révélé un manque de clarté, de formalisation et d’indépendance dans leur procédure de valorisation interne. Près de la moitié de ces accords de composition administrative en France porterait sur des problématiques de valorisation d’instruments court-terme du marché monétaire.Il est vrai que l’exposition plus fréquente des fonds à des actifs atypiques ou peu liquides peut compliquer la détermination d’un prix fiable. Il s’agit bien là d’un autre casse-tête de la valorisation, les difficultés fréquentes à fixer un prix et les incohérences sur les prix que peuvent susciter les périodes de stress de marché. Dans tous les cas de figure, les porteurs de parts devraient et doivent pouvoir consulter les gérants pour calculer la valeur liquidative. Et bien entendu, deux ou trois sources de prix valent mieux qu’une seul source dans la détermination d’un prix.Dans le cadre d’un contrôle sur pièces diligentée par l’AMF, la société de gestion doit bien veiller à tout documenter, a insisté Hannah Rossiter. Si par exemple, le comité de valorisation est amené à statuer sur des difficultés à arrêter des sources de prix ou sur un déficit de liquidité, «le procès-verbal sur la politique de valorisation doit reprendre tous ces points de préoccupation», a expliqué Hannah Rossiter.Yann Magnan, patron du bureau de Paris de Duff & Phelps et responsable de l'évaluation pour l’Europe, a remarqué de son côté qu’il existe encore des approches très différentes de la valorisation entre les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l’Europe continentale. Au Royaume-Uni, tout tourne autour de la juste valeur, alors qu’en Europe continentale, on préfère la valeur historique, voire même la «valeur prudente». Toutefois, a-t-il poursuivi, «nous observons aujourd’hui une convergence vers la juste valeur». Une «fair value» qui continue de susciter des controverses, et pas seulement chez les professionnels du chiffre…