A l’heure du Brexit, le congrès de Mannheim, qui réunit chaque année pendant deux jours les professionnels de la gestion engagés sur le marché allemand, s’est ouvert sur des plaidoyers pour l’Europe. Et des plaidoyers qui émanent de connaisseurs en profondeur des réalités européennes. Tout d’abord, un grand témoin,en l’occurrence Manuel Barroso, qui a présidé pendant dix ans, entre 2004et 2014 la Commission européenne. Par ailleurs,Friedrich Merz, le patron du conseil de surveillance de BlackRock qui est aussi un responsable politique de tout premier plan en Allemagne même s’il n’a pas réussi récemment à transformer l’essai de sa candidature à la tête du parti conservateur CDU. Selon l’ancien président de la Commission européenne, la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne n’est pas une fatalité. Le Brexit n’était pas inévitable. Mais les responsables politiques britanniques ont commis d’énormes erreurs. «Lorsque vous ne cessez pas de critiquer la communauté européenne pendant 40 ans, vous ne pouvez pas convaincre les citoyens de tous ses avantages en l’espace de quatre mois», a notamment lancé Manuel Barroso. Le scepticisme britannique a été destructeur «Est-ce que vous vous permettriez de vouer aux gémonies en public l’entreprise pour laquelle vous travaillez ou dans laquelle vous investissez?», a demandé le responsable au parterre de professionnels. Le Brexit est un coup dur tant pour la Grande-Bretagne que l’Union européenne. Mais, selon Manuel Barroso, le Royaume-Uni restera un partenaire important de l’Union européenne, et inversement, «même si les Britanniques ne veulent pas le reconnaître». Friedrich Merz s’est également montré plutôt optimiste sur la poursuite des développements sur le Brexit. Même si en termes économiques, la sortie de la Grande-Bretagne est équivalente à la sortie des 19 Etats membres les plus petits, a-t-il insisté. Salué par une salle comble comme un grand ténor de la scène politique allemande, Friedrich Merz a toutefois estimé qu’il n’y aurait pas de Brexit sans un accord et qu’il y aura probablement un compromis. Autrement dit, les négociations vont se poursuivre et le 29 mars 2019, «il ne se passera absolument rien», a affirmé Friedrich Merz. Et, dans ce contexte difficile, à l’approche des élections européennes, les deux responsables ont plaidé pour l’approfondissement de l’Union européenne. «Il faut terminer le travail», a lancé Manuel Barroso. Il a notamment appelé de ses vœux la mutualisation des dettes des Etats membres. «On ne peut pas échapper à une mutualisation si on veut avoir une Union monétaire», a martelé le responsable. De son côté, Friedrich Merz,pas insensible aux critiques sur le centralisme européen, a indiqué que Bruxelles devait se concentrer sur l’essentiel et aller de l’avant avec ceux qui le veulent. En déterminant précisément ce que doit fait en priorité et en ayant bien conscience que «Bruxelles ne peut pas tout faire»…