- PARTENARIAT
Trajectoires de décarbonisation
Décarbonisation dans plusieurs secteurs
Selon les estimations du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), il faudrait réduire les émissions de GES de 43% d’ici 2030 par rapport au niveau de référence de 2019 pour atteindre l’objectif de l’Accord de Paris en matière de réchauffement de la planète. Cela nécessite d’importants efforts de décarbonation des économies, principalement via une réduction significative de l’utilisation des combustibles fossiles pour la production d’électricité, le chauffage et les transports. Dans cet article, nous souhaitons présenter les principales initiatives de réduction des émissions qui doivent être mises en œuvre dans les principaux secteurs économiques afin de limiter radicalement les émissions de carbone et de parvenir à un scénario de zéro émission nette.
La transition vers les énergies renouvelables
Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le secteur de la production d’électricité est celui qui a émis la plus grande quantité (14,6 gigatonnes) de dioxyde de carbone (CO2) dans le monde en 2022. La grande majorité des émissions est liée à la production d’électricité à partir de charbon et de gaz naturel, dont les émissions de GES sont relativement élevées sur l’ensemble de leur cycle de vie. Le passage à des technologies de production d’électricité à faibles émissions sur l’ensemble du cycle de vie ce qui est le cas des centrales solaires, éoliennes et nucléaires est nécessaire. Notons que les coûts de production d’énergies renouvelables à grande échelle ont déjà chuté de manière significative et offrent aujourd’hui des options plus rentables que la production d’énergie à base de combustibles fossiles dans la plupart des pays. Selon l’AIE, pour parvenir à zéro émission nette d’ici le milieu du siècle, la part des installations de production d’énergies renouvelables devrait passer de 20% en 2010 à 61% en 2030 et à 88% en 2050. L’agence prévoit également un abandon rapide des solutions basées sur les combustibles fossiles dans les secteurs de l’électricité, du bâtiment et des transports, avec à la clef un essor de la demande mondiale d’électricité de 37% jusqu’en 2030 et de 152% jusqu’en 2050 par rapport au niveau de 2021 dans le cadre du scénario de zéro émission nette. Une hausse des investissements devrait également s’avérer nécessaire pour moderniser et étendre les réseaux de distribution et de transmission d’électricité afin d’accompagner le mouvement d’électrification. Enfin, la demande de stockage de l’énergie devrait également augmenter fortement sous l’effet de la décentralisation de la production d’électricité.
L’électrification des transports
Selon l’AIE, le secteur des transports est le deuxième secteur le plus polluant au monde. Le passage aux véhicules électriques (VE) peut contribuer de manière significative à la décarbonation du secteur. Les émissions des VE - à l’échappement et sur leur cycle de vie - sont nettement inférieures à celles des véhicules traditionnels. L’AIE estime que pour parvenir à zéro émission nette d’ici 2050, il faudrait qu’environ 60% des nouvelles voitures particulières vendues dans le monde soient électriques d’ici 2030 et 100% d’ici 2035, contre seulement 14% en 2022. L’UE prévoit de s’aligner en grande partie sur cette trajectoire ambitieuse. Toutefois, l’Allemagne a obtenu que les ventes de voitures particulières à moteur à combustion interne (MCI) soient prolongées au-delà de 2035, à condition que ces véhicules fonctionnent exclusivement avec des carburants neutres en carbone. Les États-Unis ont fixé un objectif relativement ambitieux, mais non contraignant, qui prévoit que 50% des nouvelles voitures particulières et camionnettes vendues en 2030 soient des véhicules à zéro émission. Alors que de nombreux constructeurs de voitures particulières ont annoncé de leur propre initiative des objectifs de vente de 100% de VE pour l’Europe d’ici 2030 et 2035, il faudrait des objectifs plus ambitieux ailleurs dans le monde pour atteindre zéro émission nette.
Les bâtiments à zéro émission de carbone
Selon l’AIE, le secteur mondial du bâtiment a produit 38% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) liées à l’énergie et aux processus en 2019. L’AIE estime que pour parvenir à zéro émission nette d’ici 2050, il faudra réduire de moitié les émissions de carbone dans le secteur du bâtiment d’ici 2030. Pour y parvenir, il faudrait que tous les nouveaux bâtiments construits soient à zéro émission nette de carbone d’ici 2030 et deuxièmement, il faudrait que 50% du parc immobilier existant soit rénové d’ici 2040. Cela suppose qu’environ 2,5% du parc immobilier existant soit rénové chaque année, soit deux fois plus que le taux de rénovation actuel de 1% par an.
La diminution des pertes/gains de chaleur dans les bâtiments est l’un des principaux axes de la décarbonation dans le secteur du bâtiment. Celle-ci peut être obtenue grâce à une meilleure isolation, à des revêtements réfléchissant la chaleur et à une meilleure étanchéité. L’amélioration de l’efficacité énergétique des appareils et équipements de chauffage, de cuisson et d’éclairage peut également réduire considérablement les émissions. L’abandon des appareils alimentés au fioul et au gaz pourrait réduire de moitié l’empreinte carbone totale du secteur du bâtiment. Les pompes à chaleur utilisent relativement peu d’électricité pour produire du chauffage, de la climatisation ou de l’eau chaude, ce qui fait que les émissions de GES sur l’ensemble du cycle de vie de cette technologie sont 3 à 4 fois inférieures à celles des solutions de chauffage à base de combustibles fossiles. Lorsqu’une pompe à chaleur n’est alimentée que par de l’électricité provenant de sources renouvelables, elle peut même être neutre en termes d’émissions de carbone. L’AIE estime que les installations de pompes à chaleur devraient passer de 12 millions par an aujourd’hui à 96 millions d’ici 2030 et à 168 millions d’ici 2050 au niveau mondial pour parvenir à zéro émission nette.
Le secteur agricole et l’évolution des habitudes de consommation
Environ 22% des émissions mondiales de gaz à effet de serre sont attribuables à l’agriculture, à la sylviculture et à d’autres utilisations des terres. Le bétail est responsable de près de la moitié de ces émissions en raison du méthane produit lors de la digestion. Le mélange de polluants climatiques produits par l’agriculture (notamment le CO2, le méthane et l’oxyde nitreux) et les puits de carbone naturels (comme les végétaux pérennes, dont les racines profondes aident les sols à stocker davantage de carbone) représentent des défis et des opportunités uniques pour l’agriculture nette zéro. Des évolutions dans les habitudes de consommation seraient essentielles pour réduire les émissions de méthane. Par exemple, passer d’un kilo de bœuf à un kilo de porc ou de poulet dans notre alimentation permet de réduire les émissions de méthane de près de 90%. Actuellement, environ un tiers des aliments sont gaspillés dans la chaîne d’approvisionnement en raison de mauvaises conditions de stockage et de prise en charge. L’optimisation de la chaîne d’approvisionnement pourrait réduire considérablement les gaspillages alimentaires. Là aussi, les changements d’habitudes pourraient réduire les déchets alimentaires si les consommateurs acceptaient des produits frais légèrement en deçà de ce qui est considéré comme optimal et étaient donc prêts à consommer des aliments dont la date de péremption est dépassée, mais qui sont encore comestibles.
Décarboner le secteur industriel
Le secteur industriel est responsable de l’émission de 9 gigatonnes d’équivalents CO2 liés à la production de ciment, d’acier et de produits chimiques. L’électrification des processus industriels, comme le remplacement des hauts fourneaux par des fours à arc électrique dans la sidérurgie, peut considérablement réduire les émissions. L’automatisation industrielle est également incontournable car elle peut servir à optimiser les processus de fabrication. Pour améliorer l’efficacité des matériaux, le secteur devra s’efforcer de recycler les déchets et de remplacer les matériaux à forte empreinte carbone. Les importantes émissions liées au transport dans l’industrie pourraient également être réduites en rapprochant les chaînes d’approvisionnement de la production de métaux et de semi-conducteurs de l’utilisation finale. L’hydrogène à faible teneur en carbone devrait également jouer un rôle important dans la décarbonation des processus clés du secteur industriel. Enfin, la technologie de captage du carbone pourrait être adaptée aux centrales électriques et industrielles existantes.
La décarbonation nécessite d’importants financements
Selon McKinsey, pour atteindre un scénario de zéro émission nette, la décarbonation des transports et de l’électricité est celle qui nécessiterait le plus de financements parmi tous les secteurs. Le groupe de réflexion estime qu’il faudrait consacrer 2 200 milliards USD et 1 900 milliards USD respectivement d’investissements annuels à ces deux secteurs au cours des trois prochaines décennies. Les mesures annoncées récemment, telles que la loi américaine sur la réduction de l’inflation (Inflation Reduction Act, IRA), le Pacte vert et le Règlement pour une industrie «zéro net» de l’UE ont déclenché une vague d’investissements liés à la décarbonation en encourageant la fabrication de technologies propres et la localisation des chaînes d’approvisionnement correspondantes.
Opportunités d’investissement dans les actions
La transition verte n’en étant encore qu’à ses balbutiements dans la plupart des secteurs, nous pensons que les entreprises axées sur la décarbonation bénéficieront de taux de croissance structurellement plus élevés à moyen et long terme, sous l’effet d’une hausse de la demande et d’éventuelles nouvelles mesures de réduction des émissions. Si la vitesse de la transition verte est sujette à débat, les tendances de décarbonation dans les secteurs clés sont assez claires. Lors de l’évaluation des opportunités d’investissement, nous nous efforçons de cerner la compétitivité des coûts des produits et des technologies, leur pénétration attendue, les barrières à l’entrée dans le secteur et la dynamique concurrentielle. Selon nous, plusieurs sociétés de produits de construction fabriquant des matériaux d’isolation et des pompes à chaleur peuvent offrir des opportunités d’investissement intéressantes. Nous identifions également des idées d’investissement convaincantes le long des chaînes de valeur de la construction de véhicules électriques et de la production d’énergies renouvelables, ainsi que dans le domaine de l’agriculture de précision, pour n’en citer que quelques-unes. En raison de l’évolution rapide du marché et de l’environnement politique, nous prévoyons que les investisseurs privilégieront les fonds actions activement gérés intégrant les risques et les opportunités liés au changement climatique.
Auteurs: Barbara Janosi et Kaisa Paavilainen, CFA