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L’IA et le marché du travail : l’effet de substitution
Alors que le monde du travail commençait juste à reprendre ses marques après le séisme provoqué par la pandémie de Covid-19, l’IA générative est apparue, et avec elle, le risque de nouveaux bouleversements sur les marchés de l’emploi.
Selon un rapport de Goldman Sachs, l’IA générative pourrait « exposer » l’équivalent de 300 millions d’emplois dans le monde à l’automatisation. Si très peu d’activités – environ moins de 5% – sont entièrement automatisables, environ 30% des tâches pourraient être automatisées pour six postes sur dix.
Les emplois administratifs sont les plus exposés aux conséquences de cette avancée technologique. Pour preuve, IBM et BT ont d’ores et déjà annoncé leur intention de réduire leurs effectifs dans les services du back-office et du service clients au profit de la technologie, y compris l’IA. En contrepartie, on enregistre une forte hausse de la demande de développeurs de logiciels et de spécialistes de la cybersécurité dans un large éventail de secteurs.
Si le nombre d’emplois détruits au niveau mondial du fait du remplacement de la main-d’œuvre par de nouvelles technologies – ou, à l’inverse, créés par des entreprises trouvant de nouveaux moyens d’offrir des produits et services – reste inconnu, il ne fait guère de doute qu’un nombre important d’emplois exercés aujourd’hui sont appelés à évoluer.
Les leçons de l’histoire
L’histoire nous éclaire sur l’impact à long terme des avancées technologiques, qu’il s’agisse des chaînes de montage automobile introduites par Henry Ford dans les années 1900 ou, plus récemment, de l’apparition des ordinateurs personnels dans les années 1970. Les entreprises ont su s’adapter aux nouvelles technologies, améliorer leur productivité et leurs revenus, et créer de nouveaux rôles à confier à leurs salariés. En effet, malgré les progrès technologiques réalisés au siècle dernier, de nombreuses économies développées sont actuellement dans une situation de quasi-plein emploi.
La différence aujourd’hui tient peut-être à l’ampleur de l’impact exercé par les avancées technologiques sur un grand nombre de postes et dans les nombreux secteurs dans lesquels Columbia Threadneedle investit, y compris la santé, les services juridiques, la consommation, les médias, l’activité manufacturière et l’éducation. Les nouvelles technologies telles que l’IA générative permettent d’automatiser des tâches de routine répétitives afin de laisser aux employés davantage de temps pour se consacrer à des tâches plus complexes et créatives.
Afin de maximiser les opportunités que l’IA et l’automatisation peuvent leur apporter, les entreprises devront non seulement investir dans la technologie, mais aussi gérer efficacement leur capital humain, en formant et en mettant à niveau leur personnel existant, ainsi qu’en promouvant de solides relations de travail et une culture d’entreprise positive. Dans le même temps, elles devront attirer de nouveaux employés possédant des compétences différentes de ceux qu’elles recrutent habituellement.
Opportunités offertes par l’IA dans différents secteurs et conséquences en termes de gestion du capital humain
Santé : faire face au vieillissement démographique et à la pénurie de talents. L’IA fait déjà partie intégrante des produits et services de santé, notamment dans les domaines de l’imagerie et des diagnostics, de l’aide chirurgicale, du développement de médicaments et de l’amélioration de l’efficacité opérationnelle des hôpitaux, ce qui bénéficie au système de santé mondial, qui subit une forte pression du fait du vieillissement des populations et des contraintes pesant sur les dépenses publiques. Un déploiement plus large de l’IA pourrait donner un nouveau visage au secteur en offrant de meilleurs résultats aux patients et en favorisant des gains d’efficacité. Selon les estimations, cela pourrait permettre d’économiser 5 à 10% des dépenses de santé (soit entre 200 et 360 milliards USD environ chaque année) aux Etats-Unis.
Cependant, tous les métiers de santé, des aides-soignants aux techniciens de laboratoire biopharmaceutique, restent confrontés à une pénurie d’effectifs. Dans le seul secteur biopharmaceutique, qui emploie plus de 800.000 personnes, LabioTech recense plus de 60.000 postes vacants, ce qui traduit une pénurie de main-d’œuvre d’environ 8%, tandis que dans ceux des sciences de la vie, physiques et sociales, les prévisions font état d’une hausse de 7% des opportunités d’emploi d’ici 2028. Si l’IA est susceptible de remédier en partie à ces pénuries – les services virtuels (virtual wards) pouvant être utilisés pour assurer à distance certains aspects des soins de santé –, la main-d’œuvre restera une ressource essentielle dans les hôpitaux et la R&D. Dans tous les cas, ces pénuries devront être résorbées pour permettre aux entreprises de mener à bien leurs stratégies de croissance.
Services aux collectivités : fournir l’énergie nécessaire pour bâtir l’avenir. Les entreprises de services aux collectivités sont vitales pour les économies mondiales en ce qu’elles produisent, transportent et distribuent le gaz, l’électricité et l’eau nécessaires aux entreprises et aux ménages. Cependant, la mise en place d’un système énergétique plus durable expose ces entreprises à d’importants besoins de transformation.
Pour promouvoir la transition vers la neutralité carbone, les entreprises de services aux collectivités se tournent vers la technologie afin de gagner en efficacité, de réduire leurs coûts et d’améliorer la qualité de leurs services. Ainsi, les drones peuvent aider à la détection des défauts et à la maintenance préventive des canalisations, câbles ou installations, l’IA peut permettre d’améliorer l’expérience client en offrant de manière dynamique des tarifs plus avantageux en périodes de capacité excédentaire, tandis que l’IA générative pourrait faciliter la prise en compte de la variabilité et de l’imprévisibilité des énergies renouvelables dans le mix de production d’énergie via l’analyse des conditions météorologiques et de scénarios.
Cependant, pour acquérir les capacités nécessaires, les entreprises de services aux collectivités devront déployer d’importants efforts en termes de recrutement de talents et de formation de leurs employés. Lors de la Conférence sur la transition énergétique organisée par Columbia Threadneedle Investment en mai 2023, les entreprises qui jouent un rôle essentiel dans cette transition ont mis en avant, de façon récurrente, le besoin de main-d’œuvre induit, notamment en lien avec la modernisation des réseaux. Cette problématique pourrait avoir des conséquences sur les progrès en termes de décarbonation que les véhicules électriques et les pompes à chaleur sont susceptibles d’apporter, par exemple.
Entreprises de restauration collective : gagner en efficacité et gérer les défis en matière de recrutement. Les sociétés de restauration collectives sont gourmandes en main-d’œuvre. L’an passé, Compass a déclaré avoir embauché 110.000 personnes rien qu’en Amérique du Nord. Les coûts de main-d’œuvre représentent environ 47% et 49%, respectivement, du chiffre d’affaires des deux plus grandes entreprises de restauration collective européennes, Sodexo et Compass Group, qui connaissent une forte rotation volontaire du personnel, à 29% et 35%. Les deux sociétés enregistrent une forte demande en raison de la propension des entreprises à recourir à des services de restauration externes afin de se concentrer sur leur cœur de métier, ce qui accroît les besoins de recrutement sur des marchés de l’emploi déjà tendus.
Si la présence d’employés sur site restera nécessaire, Compass et Sodexo s’attachent toutes deux à gagner en efficacité en mettant à profit les opportunités offertes par l’automatisation afin d’atténuer dans une certaine mesure les difficultés de recrutement auxquelles elles sont confrontées à l’échelle mondiale. Ainsi, Compass a mis en place un kiosque « sans contact », baptisé North Bar Tap + Go, dans l’enceinte du club de football de Leicester City, qui permet de ne pas devoir recourir à des caissiers, ainsi que des cuisines entièrement robotisées, de la taille d’un van, dans un établissement de santé, qui proposent des repas frais 24h/24 et 7j/7.
Les entreprises de restauration collective utilisent également l’IA pour exploiter les données issues de leurs différentes activités. Ainsi, les technologies d’IA leur ont permis de mieux prévoir les pics de fréquentation et sont en outre utilisées dans le cadre des logiciels CRM pour identifier les meilleures opportunités d’actions de promotion, ainsi que pour numériser les opérations financières et les tâches administratives, ce qui a contribué à améliorer la productivité et à la maîtrise des coûts.
A l’avenir, l’IA générative pourra aider les équipes commerciales à communiquer avec des clients potentiels et à développer les ventes auprès de la clientèle existante, mais aussi permettre d’optimiser l’agencement des cantines et de créer des documents de présentation.
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