Il n’y a pas que les réformes structurelles. En raison de la crise de ces dernières années et des «anomalies financières» qu’elle a provoquées, les caisses de pension font aussi face à de grandes remises en question stratégiques. Au c??ur desquelles se trouve celle liée à leurs choix d’allocations d’actifs et au suivi des performances. Sur quels indices s’appuyer pour répliquer sa stratégie d’investissement? Qu’est-ce qui fait qu’un indice est pertinent? A quelles décisions de placement doit-il conduire? Pour trouver des réponses, les professionnels suisses de la prévoyance se sont retrouvés jeudi à Lausanne, où se tenait le deuxième jour d’un salon spécialisé. «Tout le monde voudrait trouver son indice optimal. Chacun cherche son Graal», a ainsi exposé Antoine Lesné, spécialiste obligataire chez State Street. Dans le marché de la dette, une petite dizaine d’indices sont inévitables. Il y a ceux de Barclays (anciennement ceux de Lehman), de Citigroup ou encore de Footsie. Problème, tous sont construits, et pondérés, en fonction de la taille des émetteurs. Dans les souverains, par exemple, les Etats-Unis et le Japon représentent à eux seuls 50 à 60% du marché. «Veut-on d’un benchmark qui ne tient compte que du montant de la dette de chacun?» interroge celui qui a mis au point un indice dont la pondération dépend aussi des PIB respectifs. Du coup, le Japon perd de son poids, les Etats-Unis en gagnent. «Nous avons repondéré les indices en fonction d’indicateurs économiques et financiers», justifie-t-il. Pour le marché actions, les critiques sont similaires. La pondération en fonction des capitalisations boursière a ses limites, convient Frédéric Dodard, de State Street. «Il faudrait davantage tenir compte de considérations économiques, comme les bénéfices des entreprises, par exemple.» Et les caisses de pension, qu’en pensent-elles? «Un indice est avant tout un moyen de contrôler l’efficacité de nos gestionnaires», avance d’abord Claude Schafer, directeur de la caisse de prévoyance du personnel de l’Etat de Fribourg. «Plus on opte pour un indice nouveau, ou peu utilisé, plus notre responsabilité augmente en cas de problème», s’inquiète de son côté Françoise Bruderer, directrice de la caisse de pension de La Poste. Tout cela est «très technique, ajoute Claude Schafer. C’est le métier des professionnels, donc la responsabilité du choix du bon indice va plutôt vers les conseillers.» En coulisses, certains s’interrogent. A qui profite cette grande remise en question? Sous cape, on soupçonne volontiers les conseillers et les fournisseurs d’indices de stimuler le débat à des fins marketing. Car se démarquer des grandes références indicielles, c’est aussi proposer de nouveaux produits à la clientèle. A l’inverse, lorsque l’on demande à Antoine Lesné si, au final, il n’y a pas trop d’indices à disposition, il estime qu’ils répondent à un besoin des investisseurs. L’??uf? Ou la poule?