Le terrain réglementaire n’est pas très éloigné mais ce sont avant tout les conditions de marché qui préoccupent le plus aujourd’hui les directeurs des investissements des compagnies d’assurance européennes. Selon une étude publiée mercredi 5 juin par le Boston Consulting Group (BCG) et AXA IM (*) réalisée auprès de 30 compagnies d’assurance européennes représentant plus de 3000 milliards d’euros d’actifs sous gestion, il ressort que près des deux tiers des sondés (68%) ont identifié la faiblesse des taux d’intérêt comme leur principal défi, devant les nouvelles réglementations (58%) et la complexité de la gestion des risques (47%). En revanche, les craintes liées à l’incertitude macro-économique et la volatilité des marchés financiers génèrent moins d’inquiétude. Ils ne sont que 26% et 16% respectivement à citer ces risques comme principal défi, ce qui tendrait à indiquer «que les assureurs sont désormais habitués à cette « nouvelle normalité » des marchés», indique l'étude. Près d’un tiers (30 %) restent toutefois préoccupés par la permanence d’une possible intervention politique sur le plan économique, interprétée comme une entrave à leurs prévisions et à leurs décisions d’investissement.Pour pallier la faiblesse des taux, l'étude révèle dans un deuxième temps que, si ils expriment une vraie volonté d’investir dans des sources de rendement alternatives, le mouvement vers une réelle diversification des portefeuilles d’investissement est resté pour l’heure très limité. En chiffres, les intentions de la plupart des assureurs de consacrer jusqu'à 10% du portefeuille dans des classes d’actifs alternatives, se traduit en fait par une allocation comprise entre 2 et 3%. Pour Laurent Seyer, global head of Multi- Asset Client Solutions chez AXA IM, «la crise financière et les nouvelles réglementations ont incité les assureurs à conserver leur allocation en actifs obligataires». S’orienter vers des actifs alternatifs peut également aider les assureurs à s’assurer des rendements moins volatils que ceux des actifs cotés, note également l'étude. Les assureurs reconnaissent aussi la nécessité de mieux gérer la volatilité de leur bilan en utilisant des stratégies de couverture. Cependant, près de la moitié d’entre eux (45%) n’ont pas recours à ces mécanismes, mentionnant le manque de savoir-faire interne, de ressources et d’infrastructures comme principaux freins. De fait, ils s’interrogent sur la façon dont ils géreront la volatilité de leurs bilans lors de l’introduction des normes IFRS 4 et Solvabilité II au cours des années à venir... Par ailleurs, toujours selon l'étude, moins de 5% des actifs d’assurance européens sont sous-traités à des gestionnaires d’actifs tiers non affiliés, contre 20% des actifs d’assurance américains. Aucun des directeurs interrogés n’a indiqué une raison structurelle à cet «échec de l’externalisation» mais ils citent « la perte de contrôle des portefeuilles d’investissement » et « la moindre transparence et contrôle des risques » comme des obstacles.Toujours selon l’enquête, la gestion actif-passif (ALM ou Asset and Liability Management) joue également un rôle de plus en plus important dans la gouvernance d’entreprise des sociétés d’assurance, sujettes à des pressions plus élevées pour atteindre les objectifs d’investissement. 75% des grands assureurs interrogés ont ou sont en train de passer leur fonction ALM d’un niveau business à un niveau groupe, afin de créer une unité centrale forte qui permet de gérer toutes les lignes d’actif et de passif de l’ensemble de leurs activités. Enfin bien que de nombreux assureurs ne disposent toujours pas d’un processus ALM en place, l'étude démontre que les plus avancés d’entre eux ont investi massivement dans la centralisation et l’optimisation de leur processus ALM ; ils évaluent leurs besoins en matière d’investissement et de couverture afin de gérer activement les risques de taux d’intérêt et d’incompatibilité. «Il sera intéressant à l’avenir de voir si, pour les compagnies d’assurances, une gestion « surperformante » devient une source reconnue d’avantage concurrentiel», conclut l'étude.