Le «say on pay» n’a peut-être pas les vertus qu’on lui attribue. Ce principe a pourtant déjà été mis en place dans une quinzaine de pays de l’Union européenne selon des modalités variées. Et il a le mérite de la simplicité : l’ensemble des rémunérations octroyées aux dirigeants-mandataires sociaux, rémunérations fixes et variables comprises, est soumis au vote des actionnaires. En France, l’Assemblée Nationale vient justement de présenter un rapport de la mission d’information sur la transparence de la gouvernance des grandes entreprises qui conclut par vingt propositions pour mettre une gouvernance plus responsable au service de stratégies de long terme dont une présentant la version française du «say on pay». Faut-il introduire un «say on pay» dans les entreprises françaises? Selon Frédéric Palomino, chercheur en économie à l’Edhec Business School, la réponse ne fait pas l’ombre d’un doute. Le «say on pay» est un échec programmé. Dans un «position paper» intitulé «Rémunéraion des dirigeants d’entreprise : que peut-on attendre du say on pay?», Frédéric Palomino a passé en revue les différents modèles déjà mis en place à l’international depuis plusieurs années et pour lesquels le nombre d’observations est assez important pour que les conclusions que l’on puisse en tirer sur l’efficacité du say on pay ne reposent pas sur quelques anecdotes. Les différentes études empiriques menées dans les pays où le principe a été mis en place montrent que cette mesure ne modifie pas les niveaux de rémunérations. Dans le cas de la Grande-Bretagne, où le vote sur les rémunérations –il est vrai consultatif- est en place depuis une dizaine d’années, une étude de Ferri et Maber (2012) conclut que la mise en place du «say on pay» n’a pas eu d’influence sur le taux de croissance de la rémunération. Le «say on pay» a abouti à une plus grande dispersion des rémunérations des dirigeants mais n’a pas eu d’influence sur le niveau moyen. Le «say on pay» est en outre généralement accueilli avec scepticisme par les actionnaires. Le seul aspect positif du say on pay semble être la correction de situations extrêmes d’entreprises pour lesquelles les performances sont mauvaises et les rémunérations anormalement élevées. En conséquence, il est légitime de s’interroger sur une réglementation qui entraîne un nouveau coût administratif nouveau pour l’ensemble des entreprises alors qu’elle va tout au plus permettre de corriger quelques situations extrêmes.