Dans un essai de «finance-fiction» intitulé The Unintended Consequences of Banning Derivatives in Asset Management, Alessandro Beber, professeur de Finance à la Cass Business School à Londres, et Christophe Pérignon, professeur de Finance à HEC Paris, ont réalisé une analyse exploratoire des conséquences pour les gestionnaires d’actifs et pour leurs clients d’une interdiction des produits dérivés. Cette étude insiste particulièrement sur l’industrie de la gestion d’actifs, dans la mesure où cette dernière recourt souvent à ces produits à des fins de couverture et d’investissement.Selon ses conclusions, la suppression des produits dérivés aurait des conséquences très néfastes pour l’industrie de la gestion d’actifs notamment en ce qui concerne la performance et les risques des fonds, l’offre de fonds, ainsi que la concurrence du secteur. «L’interdiction de l’utilisation des dérivés entraînerait une augmentation des coûts de transactions et des stratégies de gestion des risques sous-optimales, ce qui pénaliserait dans les deux cas la performance pour l’investisseur final», estiment les auteurs.Les gestionnaires d’actifs devraient rester libres de choisir les instruments dérivés qui correspondent le mieux aux intérêts de leurs investisseurs. Qu’un gestionnaire utilise un instrument classique ou un dérivé plus exotique n’a en réalité aucune importance. Pour deux raisons. Tout d’abord, les gestionnaires ont développé des capacités de gestion des risques suffisantes pour utiliser correctement n’importe lequel de ces instruments. Ensuite, les dérivés complexes peuvent être «pricés» en utilisant des méthodes simples de réplication. Dans tous les cas, les dérivés permettent aux gestionnaires de réduire encore davantage les coûts de transactions.Les auteurs estiment par ailleurs que l’opacité et le déficit de réglementation que l’on prête au trading sur dérivés sont très largement exagérés dans le cas de la gestion d’actifs, car le régulateur impose la transparence sur les coûts finaux et des exigences strictes sur la mesure des risques qui englobe tout le spectre des risques potentiels (marchés, contreparties, liquidité). Enfin, le gestionnaire est un investisseur professionnel et donc, nécessairement, il n’est pas un utilisateur naïf des dérivés. Corollaire de ces observations, «il n’y a aucune preuve que les dérivés sont utilisés pour mettre en œuvre des paris risqués et injustifiés dans la gestion d’actifs». Cette étude est d’autant plus d’actualité que la dernière consultation UCITS VI sur la gestion d’actifs menée par la Commission Européenne propose de limiter l’usage de certains dérivés. L'étude des professeurs Beber et Pérignon repose à la fois sur l’analyse des principales conclusions de la recherche académique sur le sujet, sur une étude des organismes de placement collectif en valeurs mobilières(OPCVM) en France, ainsi que sur de nombreux entretiens auprès de gestionnaires d’actifs.