Rien ne va plus pour BSI. En Suisse, le Ministère public de la Confédération (MPC) a annoncé le 24 mai avoir ouvert une procédure pénale contre BSI et à Singapour, l’Autorité financière (MAS) a ordonné le même jour la dissolution d’ici un an de la filiale locale de la banque privée suisse. La justice suisse soupçonne l’existence de défaillances dans l’organisation interne de la banque tessinoise dans le cadre du scandale de corruption concernant le fonds malaisien 1MDB. Le régulateur des marchés Finma a pour sa part confisqué 95 millions de francs suisses sur le bénéfice de BSI. Dans le sillage de l’ouverture de la procédure pénale en Suisse, le directeur général (CEO) de la banque tessinoise BSI, Stefano Coduri, a démissionné de ses fonctions avec effet immédiat. Dans un communiqué, l'établissement annonce la nomination de Roberto Isolani, membre du conseil d’administration, comme CEO du groupe. Ce dernier sera chargé de gérer les affaires courantes et d’assurer une «intégration en douceur» avec son repreneur, le gestionnaire de fortune zurichois EFG International.L’Autorité monétaire de Singapour a précisé avoir retiré sa licence bancaire à BSI Bank en raison, entre autres, de graves violations de ses obligations en matière de lutte anti-blanchiment. Elle a précisé avoir transmis à la justice les noms de six dirigeants et ex-dirigeants de BSI. C’est la première fois depuis 1984 que la MAS retire son autorisation à une banque d’affaires, a-t-elle souligné. «BSI Bank est le pire cas de défaut de contrôle et de malversations grossières auquel nous ayons assisté dans le secteur financier de Singapour», a déclaré Ravi Menon, directeur exécutif de la MAS, dans un communiqué.De son côté, la Finma explique dans un communiqué que BSI «a exécuté, durant plusieurs années, de nombreuses transactions de grande importance dans des buts opaques et n’a pas clarifié les circonstances malgré la présence d’indices évidents». La Finma estime ainsi que BSI «a gravement enfreint les dispositions relatives au blanchiment d’argent et l’exigence de garantie d’une activité irréprochable» dans le cadre du dossier 1MDB. Le régulateur a également ouvert «des procédures ‘d’enforcement’ à l’encontre de deux anciens responsables de la banque», qui n’ont pas été identifiés dans le communiqué. Concernant le rachat par EFG, la Finma a autorisé cette opération à «condition que BSI soit entièrement intégrée et ensuite dissoute».Le MPC explique pour sa part dans un communiqué distinct qu’en raison des défaillances dans son organisation interne, «la banque n’aurait pas été en mesure d’empêcher la commission des infractions actuellement sous enquête dans le cadre de la procédure pénale liée à 1MDB». Le MPC ajoute que le droit suisse «permet de poursuivre pénalement une entreprise s’il est suspecté qu’elle n’a pas pris toutes les mesures d’organisation raisonnables et nécessaires pour empêcher la commission, par des tiers, de l’infraction de blanchiment d’argent ou de corruption». Des «éléments permettent de soupçonner que les infractions de blanchiment d’argent et de corruption d’agents publics étrangers, actuellement sous enquête dans le cadre de l’affaire 1MDB, auraient pu être empêchées par une organisation adéquate de BSI», souligne le ministère public.Les enquêtes en cours en Suisse et à Singapour sur le fonds souverain 1Malaysia Development Bhd (1MDB) portent principalement sur des soupçons de transactions financières douteuses visant à détourner des fonds au profit de personnalités liées aux milieux politiques et de blanchiment d’argent. Plus précisément, des filiales du fonds malaisien ont émis deux séries d’obligations destinées à financer des investissements dans des centrales électriques. Lesdites filiales ont obtenu la garantie du remboursement de ces obligations par un fonds souverain émirati. «Les éléments en mains des autorités suisses permettent de suspecter que les montants versés en relation avec cette garantie ne sont pas parvenus au fonds souverain d’Abou Dhabi, qui supportait le risque commercial», signale le MPC. Selon le Wall Street Journal, BSI aurait notamment procédé au transfert de quelques 700 millions de dollars, issus de 1MDB, à Goodstar limited, une société des Îles Vierges appartenant à l’homme d’affaires malaisien Jho Low. Ironie de l’histoire, des fonds détournés auraient servi à financer en 2013 le film «Le Loup de Wall Street», du réalisateur Martin Scorcese, qui dénonce précisément les excès du monde de la finance. Le MPC, qui avait demandé l’entraide judiciaire des autorités malaisienne en janvier dernier, évoque des «détournements systématiques, commis grâce à des techniques financières sophistiquées» portant sur un montant d’environ 4 milliards de dollars, dont une partie a été retrouvée sur des comptes bancaires suisses et a été gelée.