Russell Investments innove encore dans la gestion de transition en France. Après avoir accompagné, en fin d’année dernière, le transfert de gérants dans le cadre de fonds actions pour le compte de l’Agirc-Arrco, opération qui a nécessité des adaptations juridiques (voir Option Finance, numéro 1269), la société de gestion vient cette fois d’apporter son expertise à Réunica. Le groupe de protection sociale, fort de 8 milliards d’euros d’encours sous gestion, a décidé de faire appel à Russell Investments à la suite du renouvellement d’une partie de ses gérants. «Après trois années consécutives de sous-performance, nous avons décidé, en fin d’année dernière, de remettre en cause la gestion de deux fonds diversifiés que nous confions de longue date à deux acteurs, révèle Francis Weber, directeur financier de Réunica. Dès le début d’année, nous avons donc lancé un appel d’offres pour sélectionner de nouveaux gérants. Pour mener à bien ce changement, nous avons décidé de faire appel à un gérant de transition, Russell Investments. Outre sa mission qui consistait à effectuer le transfert opérationnel de nos fonds entre les anciens et les nouveaux gérants, nous lui avons confié la gestion par intérim de ce portefeuille. Ainsi nous avons évité, le temps de sélectionner les nouveaux gérants, de travailler pendant plusieurs mois avec des gérants sortants démotivés. Nous aurions pu également récupérer l’argent en cash mais, dans l’intervalle, notre gestion n’aurait pas été exposée au marché.» Une situation qui n'était pas envisageable pour Réunica d’autant que les montants en jeu s'élevaient à 900 millions d’euros. Compte tenu de cette somme, l’investisseur a également été vigilant dans la sélection de son gérant de transition, puisqu’il en a consulté trois avant de faire son choix fin janvier. «Outre une proposition financière plus intéressante, nous avons été séduits par la rigueur opérationnelle affichée par Russell Investments, explique Francis Weber. Sa proximité avec des équipes basées en France a également été un plus.» Malgré la rapidité avec laquelle Réunica a sélectionné son gérant de transition puis ses deux nouveaux gestionnaires, qui ont ensuite été choisis durant le mois de février, l’opération de transition n’a finalement eu lieu que mi-juillet. «Pendant près de quatre mois, nous avons géré par intérim les 900 millions d’euros, selon l’allocation cible établie par Réunica, en attendant leur transfert aux nouveaux gérants, indique Patrick Lajoinie, directeur général délégué de Russell Investments France. Il s’agit d’une première en France, puisque généralement une gestion de transition s’effectue en seulement quelques semaines. Une gestion par intérim offre cependant l’avantage de mettre en place plus aisément la nouvelle allocation décidée par la direction financière.» L’opération de transition pour le compte de Réunica comportait également des spécificités qui cadraient bien avec une gestion par intérim. «Nous avons, d’une part, dû attendre l’accord de l’AMF, qui n’est intervenu que début juillet, pour effectuer ces évolutions dans nos fonds, détaille Francis Weber. D’autre part, nous souhaitions avoir du temps pour mettre en place les nouveaux mandats qui étaient complètement différents des premiers puisqu'à la place des deux fonds existants en gestion diversifiée, nous avons confié deux lots de gestion passive sur les actions (150 millions d’euros) et sur les taux (450 millions d’euros) ainsi qu’un lot portant sur un fonds de gestion diversifié (300 millions d’euros).» Outre ce changement radical, le gérant de transition a été confronté à une opération qui n’entrait pas dans les standards habituels, ce qui a rendu obligatoire un travail en amont plus important. «Lors d’une transition classique, nous essayons d’obtenir un taux de titres communs entre les anciens et les nouveaux portefeuilles le plus élevé possible, affirme Patrick Lajoinie. Les titres en actions ne posaient pas de problème car 77 % du portefeuille existant correspondait à la cible du nouveau gérant. Mais ce ratio était de seulement 12 % pour la partie obligataire. Nous avons donc dialogué avec les nouveaux gérants obligataires pour étudier une adaptation de leurs propositions initiales, qu’ils avaient formulées sans connaître le portefeuille existant, pour qu’elles soient plus en ligne avec ce dernier. In fine nous avons obtenu un taux de titres communs de 40 % sur ce portefeuille ; cet aspect était primordial pour réduire considérablement les frais de transaction au bénéfice du client.» Une opération réussie qui a permis à Réunica d'économiser plusieurs millions d’euros de frais de transactions.