Le groupe d’experts sur la finance durable (HLEG) initié par la Commission européenne fin 2016 a publié ce 31 janvier ses recommandations. Des recommandations ambitieuses qui visent autant à développer la finance verte qu'à faire de la finance durable le cadre de référence de l’Europe en termes de régulation comme de fonctionnement des marchés. Pour Anne-Catherine Husson Traore, directrice générale Novethic, qui fait partie des quatre experts français membres du HLEG (*), ce document constitue une avancée considérable. «Il y a quatre ou cinq ans, la finance verte n'était pas encore prise très au sérieux par les politiques», selon la responsable qui relève la prise de conscience manifeste des responsables bruxellois.La Commission européenne, qui a accompagné les travaux du groupe d’experts tout au long de l’année 2017, a d’ailleurs salué cette nouvelle feuille de route pour une économie plus verte et plus propre. «La finance a un grand rôle à jouer dans le financement d’un avenir durable. Je salue les travaux remarquables du HLEG qui constituent un excellent point de départ pour notre stratégie à venir», a déclaré Valdis Dombrovskis, vice-président pour la stabilité financière, les services financiers et l’Union des marchés de capitaux. Parmi les recommandations clés du rapport, figure notamment la taxonomie, autrement dit l'établissement d’une liste des secteurs d’activités clés pour la transition vers une économie européenne durable. Cette liste fera référence pour établir de nouveaux standards européens, pour obligations vertes, les labels de fonds ou encore le «green supporting factor» bancaire. La première version devrait se pencher sur les activités favorisant la lutte contre le changement climatique et le respect des 2 degrés prévus par l’Accord de Paris. A partir du moment où la système de classification est en place, la labellisation devrait être plus facile à mettre en oeuvre. Dans le courant de l’année, un éco-label européen destiné à rendre visible et crédible uune offre de fonds thématiques environnementaux pour les épargnants européens devrait ainsi être lancé. Autre grand thème retenu par les experts, la transparence avec la volonté d’améliorer nettement la qualité, la pertinence et la fiabilité des données ESG fournies par les acteurs économiques, et plus particulièrement celles liées au climat. Il est suggéré à la Commission d’intégrer les lignes directrices de la TCFD (Task Force on Climate Disclosure mise en place par le Conseil de stabilité financière du G20) et de prendre des mesures dans l’esprit du désormais célèbre article 173 de la loi française TEE sur le reporting climat des investisseurs. Le Forum pour l’Investissement Responsable (FIR) a salué la publication de ces recommandations et soutient particulièrement les propositions qui vont dans le sens des initiatives déjà prises en France (article 173, labels ISR et TEEC soutenus par le gouvernement) et la mise en place d’exigences minimales européennes pour les produits responsables ainsi que la proposition d’un écolabel pour les fonds verts. «Nous travaillerons étroitement avec notre association européenne Eurosif et les autres forums en europe pour permettre la mise en oeuvre des recommandations qui seront retenus par la Commission européenne», indique Grégoire Cousté, délégué général du FIR. Même son de cloche au Luxembourg, où la place financière se félicite de la promotion d’un modèle durable de développement qui va conditionner la prospérité de long terme de l'économie européenne. «La publication du rapport HLEG marque un jalon important et ouvre la voie à un système financier plus durable qui dirigera davantage les capitaux vers des actifs durables. Le Luxembourg s’engage à travailler avec l’ensemble des parties prenantes clef à la mise en oeuvre des différentes préconisations du rapport HLEG», déclare Pierre Gramegna, ministre des finances du Luxembourg. Reste à savoir si le plan d’action sur la finance durable reprendra l’essentiel des recommandations du rapport d’experts ou seulement quelques éléments. Pour Philippe Zaouati, directeur général de Mirova et président de Finance for tomorrow, qui a aussi contribué au rapport du HLEG, la Place de Paris, très en pointe dans la finance durable, doit pousser son avantage. «L’expérience française a largement contribué à l’élaboration de ces recommandations et nous devons rester à la pointe et poursuivre ce qui a été entamé ces dernières années. Il ne suffira pas de bâtir une niche, il faudra que la finance verte et durable s’inscrive au coeur de la stratégie de développement de la Place de Paris et devienne son fil rouge. Avant d’être celui de la finance dans l’ensemble de l’Europe». De son côté, Anne-Catherine Husson Traore ne cache pas son optimisme. De son point de vue, la publication de ce document imprime une dynamique positive au thème de la finance durable. Le premier trimestre 2018 restera en tout cas placé sous son signe. Le plan d’action pourrait en effet être présenté dans la première quinzaine de mars pour ensuite faire l’objet d’une réunion des parties prenantes vers la fin mars. (*) Quatre experts français ont participé à l'élaboration du rapport : outre Anne-Catherine Husson-Traoré, Pascal Canfin, directeur général du WWF France, Philippe Zaouati, directeur général de Mirova et président de Finance for tomorrow, et Stanislas Dupré, directeur général 2 degrés inveseting initiative