La table-ronde de la conférence «les enjeux de la gestion» organisée mardi par l’Association française de la gestion financière (AFG) a été l’occasion pour les professionnels de dresser un état des lieux sans complaisance de l’environnement réglementaire en Europe. La directive OPCVM IV a été le seul texte jugé à peu près neutre par les opérationnels, même si les représentants de la Commission Européenne (Tilman Lueder, chef de l’unité Gestion d’actifs) et du Trésor (Maylis Coupet) ont trouvé à ce texte des aspects surtout positifs. OPCVM V sera une «mini-réforme» touchant surtout le rôle du dépositaire, alors qu’OPCVM VI sera une réforme plus ambitieuse, a indiqué le représentant de Bruxelles.Christian Dargnat, CEO de BNP Paribas Asset Management et vice-président de l’association européenne Efama des sociétés de gestion, a réclamé des autorités qu’elles observent à présent une pause dans les réformes, après les avancées vers le «plus d’Europe» de ces dernières années (passeport unique, DICI, etc) dans un univers où les gestionnaires, qui sont tributaires des marchés financiers, mènent actuellement des stratégies davantage orientées sur la réduction des coûts que sur le développement. La directive sur la gestion alternative (AIFM) a été vivement critiquée par Thomas Richter, directeur général de l’Association allemande des sociétés de gestion (BVI) parce qu’elle affectera en principe les 1.200 milliards d’euros d’encours des Spezialfonds allemands déjà régulés par ailleurs.Néanmoins, Jean-Luc Enguéhard (La Banque Postale Asset Management, membre du collège de l’AMF) considère que l’AIFM a le mérite de fournir un cadre sécurisé et européen à la gestion alternative, l’idée étant de faire de cette norme un label de qualité similaire à celui qu’est devenu le régime OPCVM. Maylis Coupet a insisté pour sa part sur le fait que les autorités françaises sont conscientes de la nécessité pour la réglementation non seulement de protéger le consommateurs mais de favoriser la compétitivité du secteur de la gestion. Paris fera tout son possible pour que l’AIFM soit transposée le plus rapidement en droit français, en accordant une attention tout particulière à la délégation (bonne maîtrise des risques et prévention des conflits d’intérêt) ainsi qu’au rôle central du dépositaire pour la protection des investisseurs.Tandis que Didier Le Menestrel (Financière de l’Echiquier) rêve d’une plate-forme de compensation ouverte à tous les fonds en Europe, les autres participants saluent l’initiative des PRIPs, (dont le texte doit être publié début juillet) pour autant qu’elle contribuera à une véritable égalité de traitement pour tous les produits, quels qu’en soient les promoteurs (assureurs, banques, sociétés de gestion), comme le souligne Pierre Bollon, délégué général de l’AFG.En revanche, gestionnaires, Trésor et Commission européenne ont unanimement critiqué l’extraterritorialité dans l’application des textes américains (Dodd-Frank, Volcker-Rule et Fatca) de même que l’inclusion des fonds monétaires dans le champ d’application des textes sur la banque parallèle (shadow banking) alors que cela ne devrait concerner que les produits américains à valeur constante (constant NAV). Chacun, enfin, convient de la nécessité de promouvoir l'épargne de long terme, surtout en actions et Pierre Bollon a indiqué que l’AFG a commencé à travailler sur un projet d’OPC de long terme à liquidité restreinte. Paul-Henri de La Porte du Theil, président de l’AFG, a constaté dans son discours de clôture une «convergence d’agacement» entre Français et Allemands, AFG et BVI. A l’intention des autorités françaises, il a établi une liste de doléances concernant une réduction progressive de la fiscalité pour favoriser l'épargne longue, surtout en actions, la promotion de l’investissement dans le PME et la reconnaissance de la forte utilité de l'épargne salariale. Concernant la taxe sur les transactions financières, le président de l’AFG préconise que la France se rallie à une formule européenne et que l’on renonce à une double taxation, à l’entrée et sur les investissements à l’intérieur du fonds.A l'échelon européen, Paul-Henri de la Porte du Theil souhaiterait concernant la MIF le maintien des rétrocessions, en contrepartie d’une information préalable des épargnants. Pour les produits «complexes», il préconise enfin que le régulateur local puisse décider quels types de produits ne sont pas vendables sans conseil.