Dans le sillage des régulateurs suisse (Finma) et américain (SEC), l’Autorité européenne des marchés financiers (AEMF ou Esma) monte à son tour au créneau pour lancer une mise en garde en bonne et due forme. L’Esma a alerté ce 13 novembre sur les risques liés aux levées en crypto-monnaies, insistant sur l’instabilité de ce type de devises, illustrée ces derniers jours par l’emblématique bitcoin. Lors de ces opérations en plein essor, dites «Initial Coin Offerings» (ICO, un terme modelé sur celui d’IPO utilisé en anglais pour les introductions en Bourse), un groupe crée sa propre monnaie virtuelle et lève des fonds en la vendant à des investisseurs."L’Esma a observé une croissance rapide des ICO dans le monde comme en Europe, et craint que les investisseurs ne se rendent pas compte des risques élevés qu’ils prennent», indique le régulateur dans un communiqué. L’autorité de supervision prévient les investisseurs européens qu’ils risquent d'être privés de recours en cas de litiges car nombre d’ICO, qui fonctionnent via la technologie entièrement décentralisée «blockchain», «ne relèvent pas du champ d’applications des lois et régulations européennes».Surtout, le régulateur rappelle que, comme toute monnaie virtuelle, la devise créée par l’entreprise risque d'être «extrêmement volatile». «Les ICO sont des investissements extrêmement risqués et hautement spéculatifs», souligne l’Esma, ajoutant qu’il y a un risque d’une «perte totale de votre investissement». «Beaucoup de ces monnaies ou jetons (...) n’ont pas de valeur intrinsèque autre que (...) leur utilisation pour avoir accès ou recours à un service/produit», poursuit l’Esma. Le régulateur relève aussi, selon la structuration utilisée, une ICO peut ne pas être soumise aux réglementations en vigueur les émetteurs de ces devises qu’ils pourraient être soumis aux réglementations en vigueur en Europe. Cela dit, si une ICO présente toutes les caractéristiques d’un instrument financier, la société émettrice peut être tenue de respecter le cadre réglementaire en vigueur dans l’Union européenne, par exemple la directive Prospectus, la directive MiFID, la directive AIFM ainsi que la quatrième directive anti-blanchiment. L’avertissement de l’Esma est publié au moment où le bitcoin enregistre de fortes secousses. Il s’inscrivait lundi matin à 5.605 dollars, après avoir dépassé il y a quelques jours la barre des 7.000 dollars. A côté des régulateurs, très attentifs aux développements de crypto-monnaies, de nombreux responsables financiers, à l’instar de Jamie Dimon, le patron de JP Morgan, ont émis de sérieuses réserves sur les monnaies virtuelles et le bitcoin en particulier. Tout récemment, le directeur général de Credit Suisse, le franco-ivoirien Tidjane Thiam, a exprimé son propre scepticisme. De son point de vue, «le bitcoin présente un certain nombre de défis. Le premier d’entre eux est vraiment l’anonymat. Je pense que la plupart des banques, dans l'état actuel de la réglementation, ont peu ou pas envie de s’impliquer dans une monnaie qui a de tels défis de lutte contre le blanchiment d’argent. En outre, «de ce que nous pouvons identifier, la seule raison aujourd’hui pour acheter ou vendre bitcoin est de gagner de l’argent, ce qui est la définition même de la spéculation et la définition même d’une bulle.» C’est manifestement le point de vue de Pékin. La Chine a purement et simplement interdit les ICO.