«Les grandes crises ont été des leviers très forts de développement de l’investissement responsable», a observé Jean-Philippe Desmartin, directeur de l’investissement responsable chez Edmond de Rothschild Asset Management, au cours d’une conférence téléphonique mardi 19 mai. Ce fut le cas après 2000 et 2008. Et la nouvelle crise que nous vivons ne devrait pas déroger à la règle. A quelques différences près. «Lors de la dernière crise, la finance était au cœur du problème. Mais aujourd’hui, la finance peut jouer un rôle majeur pour la surmonter», estime Jean-Philippe Desmartin. La crise actuelle nous rappelle aussi qu’il est nécessaire de bien prendre en compte les trois volets de l’investissement durable: l’environnement, le social et la gouvernance, alors que certaines sociétés ont tendance à se concentrer sur un aspect, qui est souvent l’environnement. «Le Covid-19 a mis au cœur du sujet les aspects sociaux comme la santé, bien sûr, mais aussi l’emploi», relève Jean-Philippe Desmartin. Concernant l’emploi, le directeur de l’investissement responsable d’Edram estime que la crise va être «violente». «Sur l’économie formelle, 200 millions d’emplois vont disparaître sur le second semestre 2020». Toutefois, si les questions sociales occupent actuellement le devant de la scène, reléguant l’environnement au second plan, la crise «ne doit pas remettre en cause le Green New Deal européen». Même si ce dernier est très axé sur le climat et que l’environnement ne se résume pas à cela. Le Covid-19 soulève d’ailleurs de nombreuses questions liées à l’environnement, avec les débats autour de la gestion de l’érosion de la biodiversité, de l’élevage intensif et de la consommation de certains animaux. L’approche «best-in-class» remise en question Il ne faut pas non plus, selon Jean-Philippe Desmartin, opposer écologie et emploi. «Dans le contexte de l’explosion du chômage, le Green New Deal sera là pour contribuer à la création d’emplois pérennes pour tous les profils», souligne-t-il. «À plus long terme, il ne serait pas étonnant d’observer une plus grande attention portée à la gestion des chaînes d’approvisionnement», estime Jean-Phillipe Desmartin. Cela va d’abord concerner les risques de pénurie de médicaments, ou encore les efforts de recherche des entreprises du secteur de la santé, en particulier en faveur des vaccins. Plus largement, la question de la relocalisation se pose. Jean-Philippe Desmartin cite les activités agricoles pour assurer la sécurité alimentaire et industrielles pour permettre une continuité économique mais aussi sanitaire. La crise révèle à cet égard la supériorité de l’approche «best-in-universe» (qui permet de choisir les meilleurs secteurs) par rapport à l’approche «best-in-class» (qui permet de choisir les meilleures entreprises dans chaque secteur). «Cette approche nous a conduit à surpondérer les secteurs qui contribuent aux solutions en matière de développement durable, à commencer par le secteur de la santé », se félicite Jean-Philippe Desmartin. Pour lui, le «best in class» ne pourra plus tenir, surtout si on se tourne de plus en plus vers l’investissement à impact. Jean-Philippe Desmartin a enfin annoncé que le nombre de fonds labellisés ISR d’Edram était passé de trois à six, les trois nouveaux étant Tricolore Rendement, un fonds Santé et le fonds Income Europe. Par ailleurs, la société de gestion travaille toujours sur un fonds Human Capital, qui sera lancé d’ici à la fin de l’année, et sur un fonds environnement.