Lors d’un séminaire organisé par le Réseau d’Administrateurs pour l’Investissement Responsable (RAIR) à l’occasion de la Semaine de la Finance Responsable, Alexis Masse, président du Forum pour l’Investissement Responsable, a déploré l'étroitesse de la démarche ISR des investisseurs français. «La Place travaille à des progrès de méthodologies en matière d’environnement, mais l’aspect social est encore le parent pauvre de la démarche», estime-t-il. Par ailleurs, du point de vue de l’environnement, la question est trop souvent réduite à celle du climat et à celle de l’atténuation, notamment en réfléchissant à des stratégies alignées avec une trajectoire +2°C. «Il y a pourtant une autre dimension à travailler, qui serait l’adaptation au changement climatique, mais nous en sommes encore loin», a souligné Alexis Masse, prônant la définition d’un modèle résilient. Ne pas oublier l’aspect social de l’ISR Mais si des efforts restent à faire du côté de l’environnement, le constat est encore pire d’un point de vue social, que le président du FIR qualifie de «parent pauvre» de la démarche ESG des investisseurs. Pourtant, selon lui, les entreprises dans lesquelles les employés sont heureux (faibles taux d’absentéisme, turnover ou accidents du travail) sont aussi celles qui performent le mieux. Mais les données qui sont envoyées par les entreprises sont “rares et très hétérogènes”, ce qui complique la construction d’une démarche socialement responsable des investisseurs. «Il faudra toutefois, par l’engagement des investisseurs, convaincre les entreprises de transmettre les données pour qu’ils puissent analyser leurs pratiques. Car il y a un intérêt global pour les investisseurs de long terme à trouver les bons indicateurs sociaux”, affirme-t-il. Pour les PRI, le changement climatique est une priorité absolue. “Certains investisseurs ont tendance à cantonner ce sujet à l’environnement, alors que c’est une urgence qui est aussi sociale et liée à la gouvernance», a insisté Marie Luchet, directrice des PRI France. Le réseau souhaite dorénavant travailler sur l’impact pour adresser le changement climatique, tout en étant en dialogue avec les pouvoirs publics et par le biais de coalitions d’investisseurs échangeant avec les émetteurs. Accompagner les entreprises dans leur transformation Mais pour Alexis Masse, pas question de se livrer au désinvestissement massif afin de se délester des énergies fossiles : «Cela serait dangereux car entraînerait une réorientation massive du capital sans accompagner les entreprises dans la transformation de leur modèle». Mais il y a aussi un problème d’acceptabilité. «Allez expliquer à un salarié de Total que vous n’investirez jamais dans la transformation de son entreprise, alors même que sa société souhaite basculer d’un modèle basé sur les énergies fossiles à un modèle plus bas carbone», illustre Alexis Masse avant de résumer : «Si on veut que la transition échoue, il faut désinvestir». Il y a pourtant urgence à agir. «Si nous en restons aux réglementations actuelles, nous nous orientons vers un scénario à +3,7°C», rappelle Marie Luchet. Selon elle, sans accélération de la réorientation des investissements, une réponse politique drastique surviendra entre 2025 et 2030. «Lorsqu’elle arrivera, cela sera beaucoup plus perturbant et dommageable pour les marché que si les acteurs s’en charge dès maintenant de manière progressive». AB.