Instit Invest: Le recours massif aux obligations convertibles observé aujourd’hui, chez les investisseurs institutionnels constitue-t-il une stratégie en vue de Solvabilité 2 ? Je ne pense pas que les investisseurs viennent sur les convertibles à cause de la nouvelle règlementation, chez Groupama, elles ne représentent, par exemple, que 0,5% de nos placements. Solvabilité 2 est, en effet, à horizon 2014 et même si le traitement spécifique concernant les charges de capital est assez bien balisé, de nombreux éléments de Solvabilité 2 restent à négocier de sorte que l’on peut avoir des niveaux de couverture qui ne varieront certes pas du simple au double mais qui restent susceptibles de varier de manière significative. Instit Invest: Comment expliquer, alors, cet engouement pour les convertibles ? L’univers des investissements se réduit comme peau de chagrin pour les investisseurs de la zone euro. En raison des difficultés concernant les dettes gouvernementales, les investisseurs évitent les obligations autres que les OATs et le Bund, ce qui a pour conséquence de limiter à la fois les investissements et les rendements. Instit Invest: Cette situation explique-t-elle cet attrait pour les convertibles ? Oui mais ce n’est pas la seule explication car l’intérêt pour ce support concerne aussi bien les investisseurs que les émetteurs. Le format des convertibles est, en effet, à un prix plus intéressant pour les émetteurs que les opérations corporates classiques, tout ceci dans un contexte où la liquidité fournit par les banquiers est plus chère. Je pense que c’est plutôt par ce biais qu’il faut expliquer une recrudescence d’intérêt pour les convertibles. Instit Invest: Un intérêt appelé à se poursuivre ? Ce regain a été porté par un marché actions qui n'était pas trop mauvais. Maintenant que nous sommes rentrés dans des zones de turbulences un peu délicates, le marché des convertibles pourrait moins bien se porter jusqu'à la fin de l’année sauf si l’on retrouve un peu de sérénité sur les marchés actions. Sinon, il va reculer car l’offre ne va pas être non plus, considérablement élastique. Instit Invest: A coté des convertibles, on assiste à un retour en force des produits structurés, comment l’expliquez-vous ? Tout d’abord, nous avons un peu oublié les leçons de la crise qui avaient mis en évidence que certains produits avaient été montés de façon trop complexes de sorte que les investisseurs ne comprenaient pas forcément les produits qu’ils achetaient. Ensuite, un investisseur qui souhaite aujourd’hui limiter le risque de perte en capital, n’a pas une grande diversité de choix entre le Bund et l’OAT sur 10 ans ! Ce qui signifie en substance, une incitation assez forte des investisseurs à aller sur des produits structurés et par le biais des montages réalisés par les banques, d’apporter un rendement supplémentaire de 30 à 40 centimes d’euros par rapport à l’OAT ou au Bund. Instit Invest: Est-il encore dangereux aujourd’hui, d’aller sur ce type de produits ? Ce sont des produits qui restent un peu « dangereux » dans la mesure où cela revient pour les investisseurs, à vendre en quelque sorte, un pari sur une option avec la possibilité que ce pari ne se réalise pas. La promesse de performance ne se réalise pas systématiquement et dans un certain nombre de cas, elle peut s’avérer assez pauvre. De plus, ces produits structurés n’ont aucune liquidité, il faut donc les porter jusqu'à terme, ce qui n’est peut être pas forcément valorisé dans la performance du produit. Chez Groupama, nous possédons, ainsi, moins de 0,5% de produits structurés et même avant la crise, on avait très peu recours à ce type de produits.