Jens Weidmann, Président de la Deutsche Bundesbank, et François Villeroy de Galhau, Gouverneur de la Banque de France, plaident dans les colonnes de deux quotidiens européens, Le Monde et la Süddeutsche Zeitung, pour le renforcement de la prospérité et de la stabilité dans la zone euro qui passe notamment par la mise en œuvre d’un programme ambitieux d'« Union de financement et d’investissement ». «En effet, l’un des principaux défis que doit relever la zone euro concerne le paradoxe d’une épargne abondante qui n’est pas suffisamment mobilisée au bénéfice de l’investissement productif. L’Europe peut mieux faire pour rapprocher les deux, et l'émission d’actions semble être l'évolution la plus prometteuse en ce sens», estiment les deux responsables. Le financement des entreprises par émission d’actions est deux fois moins important en Europe qu’aux États-Unis et le financement par endettement deux fois plus élevé, ce qui est «regrettable» car le financement par émission d’actions est le meilleur moyen de partager les risques et les opportunités, et aussi de soutenir l’innovation. Par exemple, le marché boursier américain, qui présente une forte intégration, est capable d’amortir 40 % environ d’un choc économique spécifique à un État, les bénéfices et les pertes des entreprises étant distribués à leurs propriétaires sur l’ensemble du territoire américain. Dans la zone euro, «cette forme de partage des risques est pratiquement inexistante», peut-on lire. En se rapprochant des niveaux américains, la zone euro deviendrait une union monétaire beaucoup plus résistante. Le projet de la Commission européenne de créer une Union des marchés de capitaux apporte des réponses à certains de ces problèmes. Prises individuellement, des initiatives telles que l’Union des marchés de capitaux, le plan Juncker pour l’investissement et l’achèvement de l’Union bancaire - une fois les conditions préalables réunies – ne seraient pas vraiment marquantes, alors que sous une forme plus rationalisée et rebaptisée « Union de financement et d’investissement », elles seront collectivement capables de mieux canaliser l'épargne vers des investissements productifs en Europe, soulignent les responsables qui appellent également de leurs vœux des programmes de réformes structurelles nationales menées avec détermination et un renforcement de la gouvernance de la zone euro.