Le réseau international Tax Justice Network (TJN) a publié le 2 novembre une liste alternative de paradis fiscaux qui prend en compte le déficit de transparence d’une soixantaine de juridictions ainsi que leur importance dans l’activité financière internationale. Ce réseau de chercheurs et d’activistes qui s’intéressent de très près aux impacts négatifs de l'évasion fiscale, de la concurrence fiscale et des paradis fiscaux, a mis au point un indice d’opacité financière (Financial Secrecy Index ou FSI), composé d’une douzaine de critères qualifiés de beaucoup plus pertinents que ceux de l’OCDE. En relevant au passage que l’importance d’un paradis fiscal, et donc sa force d’attraction, dépend moins de sa fiscalité que de son degré d’opacité.Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les principaux acteurs de l’opacité financière ne sont pas des petites îles isolées mais de riches nations qui ont mis en place leur propre zones spéciales d’opacité, souvent reliées à des juridictions satellites plus petites qui servent de courroie de transmission des flux financiers illicites vers les grands marchés de capitaux de la planète. En tête du classement établi sur la base de cet indice, c’est l’Etat du Delaware qui arrive en tête, en raison de son engagement en faveur de la non-transparence, son déficit marqué de coopération et son absence de conformité avec les normes internationales. La deuxième place est occupée par le Luxembourg qui a réussi à attirer une activité très significative de hedge funds et dont les banquiers se décrivent comme les «gardiens de la sphère privée». Numéro trois, la Suisse, l’un des très rares pays à afficher une note de 100 sur 100 en matière d’opacité et dont la réputation ne semble pas beaucoup s’améliorer, selon TJN, malgré les efforts engagés. En quatrième position, les îles Caïmans, dont les autorités continuent de nier avec force leur statut de paradis fiscal, devant la City de Londres, un Etat dans l’Etat, selon TJN, qui trône comme une araignée au centre de sa toile, une toile dont les ramifications incluent la moitié des 60 juridictions retenues dans l’indice. Bien qu’elle soit la moins opaque des juridictions analysées, «Londres opère à une telle échelle et se trouve politiquement si imprévisible, qu’elle a le potentiel de faire beaucoup plus de mal que la plupart de ses concurrents», estime TJN.