«Phase d’expertise"… C’est ainsi que Pierre Bollon, délégué général de l’Association française de la gestion financière (AFG) a qualifié la position actuelle de l’association, après les propositions de révision de la directive sur les marchés d’instruments financiers (MIF) présentés par la Commission européenne le 20 octobre dernier. «Sur la partie marché, on n’y voit pas assez clair, notamment sur les rôles respectifs de la Commission et de l’Autorité européenne des marchés financiers (AEMF)», a souligné le responsable. A ce jeu, «pour les mesures d’application dites de niveau II, si l’AEMF propose et la Commission dispose, nous risquons d’assister à de nombreux allers-retours» a-t-il ajouté. Aussi l’AFG milite pour des règles compréhensibles, partout en Europe, via des textes d’application cohérents. «Tout cela est d’autant plus complexe que la mise en œuvre effective de la première version de la MIF est finalement récente», rappelle Pierre Bollon. «Elle va donc être modifiée sans que l’on ait pu mesurer son impact». Cette remarque vaut surtout pour le chapitre «Distribution». Sur ce sujet, Pierre Bollon ne mâche pas ses mots. «Ce qui est prévu dans le texte est dangereux pour une bonne commercialisation des produits d'épargne en Europe continentale». L’idée de base de la Commission est que le producteur ne doit pas rémunérer le gérant sous mandat ou le distributeur quand celui-ci se dit indépendant. «C’est une fausse bonne idée : le mandant devrait rémunérer totalement le mandataire, ce qui pourrait entraîner la disparition des petits mandats. Leur accès serait alors réservé à une clientèle fortunée HNWI (*)», estime Pierre Bollon. «Cette évolution ne peut nous satisfaire alors que la démocratisation du mandat est l’un des objectifs de notre profession», souligne-t-il encore.Autre conséquence de l’interdiction envisagée de rémunération, les conseillers patrimoniaux auraient paradoxalement intérêt à ne plus se dire indépendants. «En poussant les conseillers patrimoniaux à ne plus mettre en avant qu’ils ne sont pas liés à un producteur, la Commission porterait un coup à l’architecture ouverte ce qui est incohérent avec les objectifs qu’elle affiche», insiste Pierre Bollon.Quid de l’assurance-vie, s’interroge-t-il également. Les produits d’assurance seront-ils concernés au même titre que les OPCVM ? Sinon, il y aurait une vraie inégalité de traitement et si oui, quelle révolution dans le monde du courtage ! Et pourquoi les OPCVM seraient-ils concernés et pas les comptes rémunérés ? «Nous sommes choqués de constater que les réflexions sur la directive PRIPS sont repoussées au mieux au premier semestre 2012. Tous les produits d'épargne devraient être concernés et pas seulement une partie si l’objectif est de mettre en place un terrain de concurrence loyale en Europe», ajoute Pierre Bollon."En fait, toute mesure dont la nécessité n’est pas prouvée et qui n’est pas généralisable devrait être soigneusement rangée dans le tiroir des fausses bonnes idées», insiste-t-il.Pour la partie «Marchés» de la directive MIF, la situation est moins grave. Quoique. «Dès la première version de MIF, nous avions souligné les risques de la nouvelle «désorganisation» des marchés, que ce soit des risques de fragmentation, de perte de profondeur des places et de vérité des prix des actifs en particulier», détaille Pierre Bollon. Des risques qui se sont confirmés selon lui, même si la responsabilité des dysfonctionnements actuels ne peut pas être entièrement attribuée à la directive. «Le marché des taux notamment n’était pas dans le champ de MIF 1 !» En revanche, la directive n’a pas réglé, c’est le moins que l’on puisse dire, le problème de l’impact sur la liquidité et a fortiori le développement incontrôlé de techniques comme le trading à haute fréquence, ce qui est d’autant plus dommageable dans des marchés difficiles comme actuellement. «Nous sommes dans le camp de ceux qui pensent que l’on peut aller plus loin en matière de transparence». Plus globalement, pour le délégué général de l’Association, si le thème de la meilleure gouvernance des entreprises reste important, c’est désormais celui de la «gouvernance des marchés» qui revêt le plus d’importance. Et de conclure que l’AFG, et plus globalement l’ensemble des investisseurs, le «buy-side», doit mieux faire entendre sa voix en la matière, la deuxième version de MIF étant un rendez-vous clef à cet égard. (*) High Net Worth Individual