Yannick Moreau a remis le 14 juin à Jean-Marc Ayrault son rapport sur les moyens d’atteindre l'équilibre des régimes de retraites à l’horizon 2020. L’effort financier envisagé, qui mobilise tant les actifs que les retraités sur la base de deux scénarios (2/3-1/3 et 50/50), s'élève à 7 milliards d’euros pour le régime général mais les régimes spéciaux ne sont pas visés par le rapport et une modification du calcul des droits à la retraite des fonctionnaires n’est envisagée que par souci de «lisibilité», pas pour réduire le montant de leurs pensions.Les propositions de Yannick Moreau restent néanmoins sensibles socialement et le gouvernement a insisté sur le fait qu’elle demeuraient, pour l’heure, de simples pistes de réflexion appelées à être discutées avec les partenaires sociaux à partir de la conférence sociale de la semaine prochaine. «Les sujets seront abordés avec le souhait de trouver une réforme de long terme, pas simplement pour redresser les comptes immédiatement», a déclaré François Hollande lors d’une conférence de presse à l’Elysée. «Nous devons aussi offrir aux jeunes générations une perspective pour leurs retraites»."Nous faisons en sorte de respecter nos partenaires, notamment les partenaires sociaux, qui vont être bientôt associés, consultés, même si c’est le gouvernement et seulement le gouvernement qui prendra la décision», a-t-il rappelé. La réforme des retraites, objet d’un projet "à la fin de l'été» est «totalement à notre portée», moyennant des efforts qui ne seront «pas écrasants» pour les Français, a estimé de son côté le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, après avoir reçu les auteurs du rapport.Les principales mesures : Mobiliser de nouvelles recettes Aligner le taux maximal de CSG de 6,6% applicable aux pensions sur celui des revenus d’activité (qui s’élève à 7,5%) : cette mesure permettrait de rétablir davantage d’équité entre actifs et retraités et produirait un gain pérenne estimé à 2 milliards d’euros à l’horizon 2020. Réviser certains avantages fiscaux propres aux retraités qui tendent parfois à aider davantage les retraités aisés. Parmi ces avantages :- les majorations de pension pour les parents de 3 enfants et plus, anti-redistributives car étant proportionnelles au montant des pensions, pourraient être fiscalisées. Une telle mesure produirait un gain d’environ 0,9 milliards d’euros ;- l’abattement de 10% sur les pensions est fondé sur des critères professionnels ne concernant pas les retraités. Le taux de cet abattement pourrait être diminué de 10% à 7%, 5% ou 3%, pour produire un gain au titre de l’impôt sur le revenu variant entre 1,1 milliard d’euros et 2,7 milliards d’euros. Alternativement, le plafond pourrait être diminué de 3 660 euros à 2 500 euros ou 1 500 euros par foyer fiscal, une telle mesure générant des gains de 0,5 milliard d’euros à 1,5 milliard d’euros selon le plafond retenu ; Les cotisations d’assurance-vieillesse pourraient être mobilisées, via une hausse de 0.1 point par an de la cotisation déplafonnée pendant 4 ans, répartie à part égale entre salariés et employeurs. Une telle mesure, produisant un gain de 2,6 milliards d’euros pour le régime général, peut être envisagée avec des taux différents.Agir sur le niveau des pensionsLe levier consistant à agir sur le niveau des pensions peut être utilisé : en prévoyant une sous-indexation exceptionnelle des pensions. Les niveaux de vie des retraités et des actifs étant comparables, une telle mesure, mise en oeuvre par les régimes complémentaires AGIRC-ARRCO (accord du 13 mars 2013), pourrait être envisagée pour le régime général, les régimes alignés et les régimes publics, à titre transitoire. La Commission, souhaitant préserver les pensions les plus modestes, a envisagé trois modalités :- une désindexation de 1 point en 2014 et 2015 sur les seules pensions soumises aux taux de CSG de 6,6% et 3,8% ;- une désindexation différenciée selon le taux de CSG applicable à la pension, de 1,2 point sur les pensions soumises au taux de 6,6% et 0,5 point sur celles à taux réduit de 2014 à 2016 ;- une sous-indexation tenant compte du montant total des pensions perçues. en modifiant l’indexation des salaires portés au compte : soit en envisageant une sous-indexation de 1,2 point de 2014 à 2016, soit en mettant en place dès 2015 le mécanisme rénové d’indexation permettant de gérer la trajectoire du système de retraite à long terme.Agir sur la durée d’activité par des mesures d’âge ou de durée À court terme, une accélération du calendrier d’allongement des durées d’assurance est susceptible de produire des effets. Elle pourrait être envisagée :- en augmentant rapidement cette durée d’un trimestre par génération, pour la porter à 43 ans pour la génération 1962 (qui commencera à partir en retraite en 2024) et 44 ans pour la génération 1966 (qui commencera à partir en retraite en 2028);- en l’augmentant d’un trimestre toutes les deux générations, jusqu’à la porter à 42,25 ans pour les générations 1961 et 1962Pour le régime général, le gain procuré en 2020 est de 0,6 milliard d’euros dans le premier schéma, et de 0,2 milliard d’euros dans le second. Ces mesures auraient vocation à être transposées aux autres régimes. En raison des relèvements significatifs des âges d’ouverture et d’annulation de la décote opérés par la réforme de 2010, la Commission estime peu opportun de les accroître à nouveau.