Le président de la Securities and Exchange Commission (SEC), Gary Gensler, avait présenté en juin son idée de réformer et d’améliorer le fonctionnement des marchés boursiers aux Etats-Unis. Le régulateur a finalisé le 14 décembre quatre séries de mesures qui pourraient transformer la structure des marchés, notamment sur les actions et dérivés. Les ordres d’investisseurs individuels sont également concernés. La principale cible était la pratique du «paiement pour flux d’ordres» (PFOF), qui consiste pour une plate-forme à se rémunérer via les paiements d’un intermédiaire fournisseur de liquidité (market-maker, wholesaler) - et non par ses clients investisseurs particuliers - afin de lui apporter des liquidités. Le PFOF a été très critiqué comme une source potentielle de conflits d’intérêts après les excès de courtiers comme Robinhood ou TD Ameritrade fin 2020-début 2021 (affaire Gamestop). Toutefois il ne serait pas interdit aux Etats-Unis – ni en Europe, au contraire du Royaume-Uni -, seulement limité à une utilisation non abusive. «Les marchés sont devenus de plus en plus ‘cachés’, surtout pour les investisseurs particuliers. Ces investisseurs individuels ne bénéficient pas pleinement de la concurrence des différents acteurs du marché pour exécuter leurs ordres négociables au meilleur prix possible», a argumenté Gary Gensler, à propos de ces mesures plus ou moins bien accueillies par l’industrie. L’avènement du trading à haute fréquence (HFT)et la fragmentation connexe des marchés justifiaient à eux seuls d’en revoir les règles après dix-sept ans, a noté Ronan Ryan, président de la plate-forme alternative IEX, saluant «un effort constructif et positif pour améliorer la transparence et accroître la concurrence». «Best execution» Alors que les Etats-Unis ne disposaient que d’une vague définition de la qualité de l’exécution pour les courtiers supervisés par la Finra, la SEC établira un cadre de «meilleure exécution» couvrant tous les courtiers (brokers) et négociants (dealers) - également ceux officiant sur les bons du Trésor et les obligations municipales. La nouvelle règle les obligera «à établir, maintenir [revoir au moins une fois par an, ndrl] et appliquer des politiques et des procédures écrites (…)» précisant «la façon dont ils déterminent le meilleur marché, prennent des décisions d’acheminement ou d’exécution des ordres des clients». Ils devront notamment documenter tout accord de PFOF, et justifier de la meilleure exécution possible au moins chaque trimestre. «Aujourd’hui, les actions se négocient plus souvent sur des plates-formes hors Bourse, avec des modèles commerciaux différents et moins transparents que les Bourses habituelles. De tels développements rendent la meilleure exécution plus importante», a ajouté Gary Gensler. On peut douter que l’investisseur particulier se préoccupe de ces sujets, mais si une information claire lui est fournie par son courtier, qui sait ? Dans une deuxième mesure, la SEC en profite pour mettre à jour les obligations - datant de 2000 - de divulgation d’informations liées à la qualité de l’exécution. Sa réformeredéfinit la qualité des ordres et des critères de mesures statistiques, etélargit aux courtiers «retail» le champ des entités devant produire des rapports mensuels sur la qualité d’exécution à l’attention du public. Enchères pour les ordres de particuliers Principale mesure devant limiter le PFOF, aussi très critiquée, une règle viendraitinterdireà un courtier ou à une plate-forme de détail d’exécuter des ordres retail de façon bilatérale avec un grossiste partenaire, à moins deles avoir exposés au préalable à la concurrence d’«enchères équitables et ouvertes». Cette enchère incluerait les prix en provenance des Bourses traditionnelles, de façon multilatérale. Actuellement, ces prestataires acheminent plus de 90% des ordres de particuliers vers un petit groupe de négociants partenaires, hors Bourses. Ce routage lié au PFOF des ordres des particuliers - «segmented» dans le texte de la SEC car dépourvus de moyens d’une «sélection adverse» et «isolés de la concurrence d’une exécution ‘ordre par ordre’» - permet aux «market-makers» de limiter leurs coûts de trading implicites. Il augmente aussi la fragmentation dans le sens où ces grossistes ne donnent pas aux autres acteurs du marché la possibilité d’un processus de formation des prix normal. Le coût de ce «déficit concurrentiel» est estimé par la SEC à 1,5milliard de dollars par an. Les grossistes Citadel Securities et Virtu Financial (66% de parts de marché selon la SEC) ne sont pas d’accord. Ils affirment s’appuyer sur le meilleur prix au niveau national (NBBO) pour améliorer les prix. «Pas de cotation» Enfin, la SEC propose d’homogénéiser les incréments minimums entre deux prix, les «pas de cotation» ou «tick size». Les Bourses américaines n’appliquent que des incréments d’un centime alors que les transactions «hors Bourses» peuvent aller jusqu’à un dixième de centime, offrant dix fois plus de prix et de possibilités d’arbitrage. La règle, assortie de mesures connexes, imposerait aux principales Bourses d’évaluer les écarts et, sur la base de critères objectifs et mesurables, de déterminer le «tick size» applicable pour la cotation et la négociation des actions. Trois des cinq commissaires de la SEC ont voté en faveur de ces règles qui feront l’objet d’une consultation publique jusqu’au 31 mars. Le «market-maker» CitadelSecurities s’est montré sceptique, appelant sur Bloomberg TV à «éviter des conséquences imprévues qui pourraient nuire à la liquidité». Virtu Financial avait lancé fin novembre une action en justice contre la SEC pour obtenir plus de détails sur des informations diffusées en juin concernant la structure des marchés. L’Association des gestionnaires alternatifs (MFA) s’est aussi montrée prudente sur la manière dont les règles seront calibrées.
Pékin envisage un tour de vis réglementaire, alors que le cadre de la finance durable dans le pays est encore opaque et éloigné des standards occidentaux.
L’Autorité des marchés financiers (AMF) a infligé une amende de 150.000 euros à la société de gestion Inocap. La séance devant la commission des sanctions s'était tenue le 2 décembre dernier. Le collège de l’AMF avait requis 400.000 euros d’amende. Le gendarme boursier reproche à Inocap,présidée et détenue en majorité par Olivier Bourdelas, des manquements dans la gestion du risque de liquidité de ses fonds, dans la prévention des risques d’abus de marché, dans les procédures de mise à jour de la connaissance client et dans celles permettant d'évaluer les risques de blanchiment des capitaux. Les divers manquements ont été observés entre 2017 et 2020. Inocap a depuis corrigé le tir, et l’AMF relève que la société n’a pasretiré des profits des manquements constatés ni que ses porteurs de parts n’ont subi depertes. Le montant de l’amende représente près de 4% du résultat net 2021 d’Inocap, qui avait atteint 3,9 millions d’euros pour 13,1 millions de revenus, selon les chiffres figurant dans la décision publiée le 22 décembre.
Le régulateur européen des marchés financiers Esma a publié son rapport final relatif aux règles en matière de publication d’informations dans le cadre de la distribution et de la gestion transfrontalière de fonds Ucits et alternatifs au sein des marchés l’Union européenne. Le superviseur avait consulté les parties prenantes entre mai et septembre sur un projet de standards techniques réglementaires (RTS) et standards de mise en œuvre technique (ITS) qu’il a amendé en prenant en compte les huit commentaires reçus.
L’association européenne des gestionnaires d’actifs Efama a accueilli positivement l’accord trouvé ce mardi par les représentants du Conseil de l’Union européenne sur la révision du règlement et de la directive sur les marchés financiers (Mifir et Mifid II). Cet accord va enclencher les trilogues, discussions entre le Conseil, le Parlement et la Commission européenne. Dans une prise de position, publiée ce mercredi, l’Efama évoque le «soulagement collectif» de ses membres suite à l’accord dans la mesure où celui-ci constitue un pas de plus vers la mise en place d’une consolidated tape en temps réel sur les actions. Cette infrastructure vise à la consolidation et la diffusion, au niveau européen, des informations relatives au prix et au volume des transactions effectuées sur un titre, peu importe le marché sur lequel il est négocié. Le marché des actions américaines dispose d’un tel système depuis les années 1970. Pour l’Efama, l’accord établit les fondations pour les bases de données pré-négociation en temps réel pour les actions. Il ne satisfait cependant pas l’association allemande de la gestion d’actifs, BVI, qui ne siège plus à l’Efama. Le président de BVI, Thomas Richter, soutient dans un entretien publié mardi sur le site internet de l’association que la consolidated tape pour les actions, imaginée en l'état, fournira difficilement des données pré-négociation en temps réel. «Les marchés actions ont proposé que la publication de données soit décalée d’une minute, ce qui est inacceptable. Une consolidated tape pareille serait sans valeur pour les investisseurs institutionnels. Une consolidated tape pour les actions et les fonds indiciels cotés (ETF) doit publier les données de marché à chaque seconde pour que les gérants de portefeuilles puissent avoir une vue du marché sur un titre. C’est un compromis raisonnable, assez rapide pour avoir une vue du marché mais ce laps de temps sera toujours trop lent pour les brokers et les traders à haute fréquence qui opèrent à la milliseconde ou encore plus vite», explique Thomas Richter, pour qui une infrastructure similaire est encore plus nécessaire sur les obligations en Europe. Un délai d’une minute pour la publication de données de marché sur une obligation (contre un délai pouvant aller jusqu'à plusieurs semaines actuellement) serait selon lui «totalement suffisant». Une étude sur le paiement pour les flux d’ordres réclamée L’Efama a de son côté salué les dispositions de l’accord pour une consolidated tape sur les obligations tout en soulignant «l’importance de périodes de report appropriées pour les plus grosses transactions obligataires les moins liquides». Par ailleurs, l’association a pressé les législateurs européens d’anticiper les problématiques de coût et de concurrence chez les fournisseurs de données de marché en proposant un cadre réglementaire robuste pour un prix «juste» de la donnée. Concernant l’autre sujet épineux de l’accord - le paiement pour flux d’ordres (PFOF) - l’Efama réclame une étude impartiale sur l’impact réel du paiement pour les flux d’ordres sur la formation des prix, la liquidité, la participation des investisseurs individuels et la capacité à exécuter les ordres au meilleur prix. Une interdiction ou a minima une restriction de ce type de paiements aux brokers est envisagée par les législateurs.
Après l’Europe, les Etats-Unis, le Royaume-Uni ou encore l’Inde, la Chine réfléchirait elle aussi à un tour de vis réglementaire pour les fonds d’investissement «verts». Selon Reuters, le superviseur des fonds d’investissement chinois, Asset Management Association of China (AMAC), examine la possibilité de mettre en œuvre des règles plus strictespour lutter contre l'éco-blanchiment (greenwashing) des fonds revendiquant des critères d’investissement environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Ces nouvelles règles pourraient entrer en vigueur durant la première moitié de 2023. Les lignes directrices en vigueur depuis 2018 au sujet des fonds «verts» en Chine, qui se résumaient à un guide d’investissements verts et à un système d'évaluation ESG sur les sociétés cotées de l’AMAC, restent peu détaillées, laissant beaucoup de liberté aux sociétés de gestion sur le contenu et le marketing de leurs fonds durables. Il n’existe pas non plus d’obligation d'être labellisé pour être considéré comme un fonds vert sur le marché chinois. Quelque 160 fonds durables sont pour l’instant enregistrés en Chine. Cependant, à l’instar du rétropédalage des gérants en vue de l’application au 1er janvier 2023 du niveau 2 du règlement européen sur la publication d’informations sur la durabilité dans le secteur financier (SFDR), certaines sociétés de gestion pourraient revoir le marketing «vert» autour de leurs fonds en fonction des nouvelles règles envisagées. Un cadre de plus D’après les sources de Reuters, il pourrait être demandé aux fonds mutuels et fonds indiciels cotés (ETF) d’avoir a minima 60% de leurs encours investis dans un catalogue défini d’investissements verts pour avoir le droit d'être commercialisés comme des produits verts.L’AMAC s’appuierait sur la taxonomie chinoise relative aux obligations vertes -Green Bond Endorsed Projects Catalogue -définie en 2015 et révisée en avril 2021 pour revisiter sa régulation sur les fonds verts.Le projet de réglementation sera soumis à l’approbation finale du régulateur local des marchés financiers,China Securities Regulatory Commission (CSRC). Pour les sociétés de gestion internationales qui misent une partie de leur développement sur la croissance du marché chinois, ce nouveau cadre pourra être perçu comme un gage de maturation supplémentaire d’une industrie des fonds locale qui se met à la page. Mais aussi comme un accroissement de la fragmentation des règles de finance durable dans le monde. Il faudra pour les gestionnaires concernés se lancer dans un nouveau «jeu des sept différences» entre les textes existants dans les autres régions tels que SFDR en Europe et les règles de l’AMAC afin d'évaluer les mutualisations possibles concernant la production de rapports et de prospectus réglementaires. Ce, alors même que divers acteurs, dont les gestionnaires d’actifs, appellent à des standards de reporting uniques. Jean-Paul Servais, président de l’Organisation internationale des commissions de valeur (OICV) qui regroupe les régulateurs des marchés financiers du monde entier, évoquait cette nécessité de convergence dans un entretien à l’Agefi Hebdo paru en décembre.«Mon objectif est d’avoir une boîte à outils complète qui puisse être utilisée par toutes les parties prenantes pour la clôture des comptes 2024, c’est-à-dire pour 2025. Il y aura davantage de données accessibles et elles seront qualitativement plus fiables. Si le train se met trop lentement en marche ou s’il y a prolifération de normes différentes, cela favorisera le greenwashing », prévenait-il, admettant une transition difficile. Opacité Ces développements législatifs seront scrutés aussi bien par les gérants que par les gouvernements car la Chine, qui s’est engagée à viser la neutralité carbone d’ici 2060, demeure en retard dans le domaine environnemental. Ce, malgré des efforts de standardisation vis-à-vis des réglementations sur l’environnement existantes dans d’autres régions du monde comme les travaux sur la Common Ground Taxonomy avec l’Union européenne. Dans un bulletin d’analyse de son service économique régional de Pékin publié en avril 2022, la Direction générale du Trésor français constatait que la finance durable en Chine restait un secteur «encore opaque et éloigné des standards internationaux, exposé à un fort risque de greenwashing». «Les projets financés par les obligations vertes des banques ne sont divulgués qu’au régulateur et non au public. La divulgation des rapports ESG n’est pas obligatoire pour toutes les sociétés cotées. Plus fondamentalement, 50 % des obligations « vertes » chinoises ne sont pas considérées comme telles dans d’autres pays. C’est le cas des projets « charbon propre », qui, s’ils ne font plus partie de la taxonomie verte chinoise depuis 2021, continuent à être promus par les autorités. Enfin, les projets financés ne sont destinés à des investissements de long terme qu’à hauteur de 45% (le reste étant des dépenses de fonctionnement), cette part devant être de 85 % pour les standards internationaux», soulignait encore le Trésor dans sa note. Si ce dernier saluait l’effort de mise à jour continue des réglementations environnementales de la Chine, il considérait aussi «le risqued’une insuffisante coordination entre les nombreuses autorités impliquées et d’un empilement des dispositifs au détriment de leur lisibilité».
La crise des fonds de pension britanniques fin septembre a agi comme une piqûre de rappel pour les autorités de supervision financière. Tandis que les banques et assureurs font preuve de résilience dans l’environnement macroéconomique adverse créé par la guerre en Ukraine, ce sont les intermédiaires non bancaires (NBFI) qui font aujourd’hui peser le plus de risques sur la stabilité financière. Au chapitre des vulnérabilités identifiées par la Banque de France dans son évaluation semestrielle des risques: la volatilité élevée et les tensions de liquidité sur les marchés obligataires, le besoin de liquidité des acteurs non bancaires et les difficultés à faire face aux appels de marge pour ceux qui ont fortement recours à l’effet de levier. Un cocktail qui s’est avéré explosif outre-Manche lorsque les annonces budgétaires de Liz Truss ont mis le feu aux poudres sur le marché obligataire, contraignant les fonds de pension à liquider en urgence leurs positions. L’épisode rappelle que les comportements procycliques de ces acteurs à fort effet de levier peuvent amplifier les mouvements de marché en cas de stress et ainsi conduire à «des ajustements désordonnés». Un risque que la Banque de France considère aujourd’hui comme «très élevé» dans son tableau de bord, même s’il tend à se stabiliser à court terme. L’autorité monétaire se veut toutefois rassurante: elle a passé en revue l’effet de levier des acteurs non bancaires dans l’Hexagone et celui-ci reste «globalement maîtrisé». «Le cas d’école britannique» ne devrait donc pas trouver de réplique en France, seul pays en Europe à ne pas disposer de fonds de pension. Le recours à l’endettement des assureurs français est limité, leur dette financière représentant en moyenne 4,5% du bilan. Etant donné le caractère très liquide des fonds d’assurance vie, les compagnies utilisent les dérivés pour se protéger contre le risque de taux. Elles ont essentiellement recours aux options, qui ne sont pas soumises aux appels de marges, plutôt qu’aux swaps sur les taux. L’effet de levier substantiel de certains fonds L’effet de levier reste également «contenu» dans les fonds d’investissement et inférieur à la moyenne européenne, selon les données recueillies par la Banque de France. En moyenne, la valeur des expositions des fonds français (qu’ils soient régis par la directive sur les OPCVM ou la directive AIFMD sur les fonds alternatifs) est comprise entre 110% (positions nettes) et 220% (positions brutes) de la valeur nette d’inventaire à fin 2021. Le règlement européen du 19 décembre 2012 définit un levier « substantiel » comme une exposition par engagement supérieure à trois fois la valeur nette d’inventaire. Certains fonds alternatifs, de type hedge funds ou immobiliers, domiciliés en France présentent ainsi un levier considéré comme substantiel. Mais il s’agit essentiellement de «fonds fermés» pour lesquels «le risque de liquidité est fortement atténué», précise Emmanuelle Assouan, directrice générale déléguée de la Banque de France en charge de la stabilité financière.La directive sur les gestionnaires de fonds alternatifs (AIFM) donne la possibilité à l’Autorité des marchés financiers, qui supervise ces fonds, d’imposer des limites sur l’effet de levier si nécessaire. Ce qu’elle n’a pas fait à ce jour. Une exposition accrue aux acteurs non bancaires Les intermédiaires non bancaires (NBFI) en France présentent donc globalement peu de vulnérabilités en cas de choc sur la liquidité. Mais on ne peut pas en dire autant des acteurs non résidents auxquels les banques françaises sont exposées en tant que contreparties. Les banques totalisent 400 milliards d’exposition aux acteurs non bancaires européens, un chiffre peu élevé au regard de leur bilan, mais qui a progressé de 33% entre janvier 2020 et septembre 2022. Il s’agit, pour près de la moitié, de pensions sur titres, donc collatéralisées, ainsi que de prêts à ces intermédiaires. «L’angle mort vient des acteurs non régulés qui sont un défi pour les banques et les autorités de supervision.Les family offices comme Archegos ne font pas preuve de transparence et peuvent avoir des contreparties en Europe et en France», rappelle Emmanuelle Assouan. La Banque de France appelle donc, en conséquence, à un renforcement de la réglementation internationale. Le mécanisme de supervision unique a adopté en 2021 un programme sur le risque de contrepartie des NBFI, des analystes exhaustives sont désormais réclamées aux banques européennes. L’amélioration de la transparence est aussi au cœur des préoccupations du Conseil de stabilité financière (FSB) qui devrait encadrer le recours au levier de ces acteurs non bancaires, comme il l’a fait pour les banques. Les résultats de ces travaux centrés sur les hedge funds, les family offices, et les prime brokers sont attendus pour le premier trimestre 2023.
Le Conseil de l’Union européenne a trouvé un accord sur les projets de réforme des marchés de capitaux en Europe. La présidence tchèque a fait passer un compromis sur la révision de la réglementation marchés d’instruments financiers (MIF2), dont l’un des points majeurs est la constitution d’une base de données post-négociation consolidée (consolidated tape) pour apporter plus de transparence au trading d’actions et d’obligations. Le texte des Etats membres fixe aussi un nouveau et unique plafond pour le «dark trading», c’est-à-dire les titres échangés sur des marchés opaques et alternatifs: il sera de 10% des volumes au niveau européen, alors que le système actuel, plus complexe, fonctionne avec un double plafond. Le Conseil a par ailleurs arrêté sa position sur la régulation des dépositaires centraux. Un compromis devra désormais être trouvé sur ces deux textes avec le Parlementeuropéen.
La quatrième banque américaine par le montant de ses actifs a accepté mardi de verser 3,7 milliards de dollars (3,5 milliards d’euros) en vue de clore des poursuites intentées par le Bureau de protection des consommateurs de produits financiers (CFPB) pour des irrégularités dans la gestion des prêts aux Etats-Unis entre 2011 et 2022. Dans le détail, la banque californienne a été condamnée à payer une amende civile de 1,7 milliard de dollars, la plus importante de l’histoire du CFPB, et «plus de 2 milliards de dollars de réparation aux consommateurs». Le régulateur évoque une «mauvaise gestion généralisée» des prêts automobiles, des prêts hypothécaires et des comptes de dépôt.
Le Conseil de l’Union européenne a trouvé un accord sur les projets de réforme des marchés de capitaux en Europe. La présidence tchèque a fait passer un compromis sur la révision de la réglementation marchés d’instruments financiers (MIF2), dont l’un des points majeurs est la constitution d’une base de données post-négociation consolidée (consolidated tape) pour apporter plus de transparence au trading d’actions et d’obligations. Le texte des Etats membres fixe aussi un nouveau et unique plafond pour le «dark trading», c’est-à-dire les titres échangés sur des marchés opaques et alternatifs: il sera de 10% des volumes au niveau européen, alors que le système actuel, plus complexe, fonctionne avec un double plafond. Le Conseil a par ailleurs arrêté sa position sur la régulation des dépositaires centraux. Un compromis devra désormais être trouvé sur ces deux textes avec le Parlement européen.
La vague de rétrogradations de classifications de fonds liées à l’entrée en vigueur du niveau 2 du règlement européen sur la publication d’informations en matière de durabilité dans le secteur des services financiers (SFDR), au 1er janvier 2023, se poursuit. La Française Asset Management a annoncé, ce mardi, avoir reclassé son fonds Carbon Impact Income dans la catégorie Article 8 au lieu de la catégorie Article 9. Les dernières règles de la Commission européenne complétant SFDR (le « CDR ») imposent désormais aux fonds Article 9 de réaliser 100% d’investissements durables. Le gestionnaire explique que le fonds ne pourra pas répondre à ces caractéristiques à compter du 1er janvier 2023. Le régime de divulgation des fonds Article 8 sous SFDR s’applique aux fonds promouvant des caractéristiques environnementales, sociales ou de gouvernance (ESG). Le fonds Carbon Impact Income comptait un peu moins de 9 millions d’euros d’encours sous gestion au 16 décembre 2022.
La COP15 de Montréal a accouché d'un compromis prévoyant 200 milliards de dollars de financement par an pour préserver la nature et les espèces. Reste à tenir les engagements pris.
Grayscale Investments va étudier de nouvelles options pour restituer une part du capital du Grayscale Bitcoin Trust aux actionnaires, si la société ne réussit pas à transformer le plus gros fonds bitcoin au monde en ETF, rapporte The Wall Street Journal. Cela pourrait passer par une offre publique d’achat allant jusqu’à 20 % des actions du trust de 10,7 milliards de dollars, a indiqué Michael Sonnenshein, le directeur général de Grayscale, dans une lettre aux investisseurs lue par The Wall Street Journal. Le Grayscale Bitcoin Trust se négocie actuellement comme un fonds fermé qui peut être valorisé avec une prime ou une décote par rapport à la valeur de ses titres. Vendredi, GBTC se négociait avec une décote de 49 % par rapport aux cours des bitcoins qu’il détenait. Grayscale affirmait que convertir son GBTC en un ETF l’aiderait à aligner son cours avec sa valeur sous-jacente.
Le régulateur boursier chinois (China Securities Regulatory Commission ou CSRC) a déclaré vendredi qu’il lancera le 26 décembre une réforme visant à rendre son système de règlement des titres plus conforme aux pratiques internationales, afin d’attirer les capitaux étrangers. La réforme mettra en place un système d'étiquetage pour établir une corrélation entre la livraison et le paiement des titres, et indiquera clairement comment traiter les ruptures de contrat, a déclaré la CSRC quia publié en janvier un projet d’encadrement du règlement des titres qui reprend le principe de la livraison contre paiement (DVP). Ce processus appliqué à l'échelle mondiale implique la remise simultanée de tous les documents nécessaires à un transfert de titres en échange de la réception du montant stipulé. Actuellement en Chine,les transferts d’actions sont effectifs le jour même, tandis que les règlements d’espèces doivent attendre le jour suivant.
Victoire pour l’AMF. L’assemblée plénière de la Cour de cassation a tranché. Lorsque le juge des libertés et de la détention rend une ordonnance autorisant l’Autorité des marchés financiers (AMF) à procéder à des visites domiciliaires et des saisies dans un lieu déterminé, les enquêteurs peuvent sous certaines conditions saisir les ordinateurs et les téléphones des personnes de passage dans ce lieu, même si elles n’en sont pas les occupants. Deux arrêts, qui ontreçu un accueil contrasté, pour un dossier qui n’en finit pas. A l’origine de cette affaire, la saisie de téléphones de personnes étrangères lors d’un conseil d’administration en France dans le cadre d’une enquête de l’AMF pour manquement d’initiés. En première cassation en 2020, la chambre commerciale, financière et économique s’était tenue à une stricte application de l’article L621-12 du Code monétaire et financier et considérait que seuls les documents appartenant à la disposition de l’occupant des lieux pouvaient faire l’objet d’une saisie. Les requérants n’étant que de passage pour le conseil, leurs ordinateurs et téléphones ne pouvaient être saisis. La cour d’appel de renvoi n’a pas suivi la Cour de cassation, estimant qu’une interprétation trop restrictive de la notion d’« occupants des lieux» pouvait entraver l’action du gendarme boursier dans sa lutte contre les abus de marché. De fait,«la chambre financière a voulu faire du juridisme sur la base de L621-12, mais cette position n’était pas tenable, estime Martin Le Touzé, avocat associé chez Herbert Smith Freehills. Cet élargissement des pouvoirs des enquêteurs de l’AMF leur permettra de faire plus sereinement leur travail. La décision de l’assemblée plénière est pragmatique et satisfaisante intellectuellement, puisqu’elle rappelle les conditions dans lesquelles ces saisies peuvent intervenir et les droits dont disposent les personnes entre les mains desquelles les saisies ont été pratiquées». Donner à l’AMF les moyens de son action Contredisant la chambre commerciale, l’assemblée plénière de la Cour de cassation a interprété l’esprit des textes. Pour elle, « sont saisissables les documents et supports d’information qui sont en lien avec l’objet de l’enquête et se trouvent dans les lieux que le juge a désignés ou sont accessibles depuis ceux-ci, sans qu’il soit nécessaire que ces documents et supports appartiennent ou soient à la disposition de l’occupant des lieux, précise l’arrêt. Ce texte, ainsi interprété, qui poursuit un but légitime, à savoir la protection des investisseurs, la régulation et la transparence des marchés financiers, est nécessaire dans une société démocratique pour atteindre cet objectif». Tout est dit. L’AMF a déclaré publiquement à plusieurs reprises avoir besoin de cette faculté pour traquer les manquements d’initiés. Pour l’assemblée plénière, ce texte «ne porte pas une atteinte excessive au droit de toute personne au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance» si deux conditions sont réunies: les opérations de visite et de saisies ont été préalablement autorisées par un juge et seuls les éléments nécessaires à l’enquête peuvent être saisis. Ceux n'étant pas utiles à la manifestation de la vérité devant être restitués, ajoute l’arrêt, ignorant l’article L621-12 qui stipule que ces éléments «sont restitués à l’occupant des lieux». Désormais, «l’AMF bénéficie apparemment d’une carte blanche et pourrait donc saisir tous les ordinateurs et téléphones portables des personnes qui sont simplement de passage sur le territoire français, comme si elles y avaient leur domicile, alors que - par définition - elles ne sont pas les occupants des lieux visités, s’offusque Frank Martin Laprade, associé Jeantet et avocat des parties concernées. Toutefois, cette solution théorique risque de se heurter à des difficultés pratiques, car rien n’interdit à la personne de quitter les lieux dans lesquels elle ne faisait que passer, l’AMF n’ayant pas les moyens de la retenir de force et encore moins d’opérer une fouille au corps !» Une extension attendue hors du droit boursier «Attention toutefois de ne pas tirer une pratique généralisée d’un cas d’espèce, pour pallier un manque de coopération des autorités étrangères, ajoute Martin Le Touzé. Cet arrêt ne doit pas donner un blanc-seing à l’AMF pour faire des visites récurrentes à tous les Conseils d’administration. Les administrateurs devront quant à eux désormais être plus prudents ». Et pas seulement eux. Car la portée de l’arrêt dépasse le champ du droit boursier. «A son habitude pour régler des cas d’espèces, l’assemblée plénière utilise des termes très généraux pour viser l’ensembledes opérations de visites et saisies, bien au-delà de la seule sphère de l’AMF, souligne Guillaume Hannotin, avocat aux conseils chez Hannotin Avocats. Or, les visites domiciliaires sont principalement utilisées en matière fiscale et de concurrence. Cette nouvelle jurisprudence devrait donc s’appliquer dans tous les domaines, car les dispositifs sont identiques. Attention aux effets de bord. Nous anticipons des points de friction très importants en matière de visites et saisies dans les cabinets d’avocats, d’autant que le Conseil constitutionnel doit se prononcer sur une QPC en janvier et que la CJUE vient de conforter dans un arrêt du 8 décembre le secret des avocats». Après cette double cassation, les recours ne sont plus possibles en France, mais les demandeurs pourraient saisir la CEDH… L’histoire n’est peut-être pas encore finie.. En attendant le recours contre la décision de l’AMF du 28 avril 2021 condamnant notamment la société Diana Holding, de droit marocain, à 10 millions d’euros, et sa PDG Rita Zniber à 6 millions pour manquement d’initié est toujours pendant devant la cour d’appel de Paris. Au vu des arrêts du 16 décembre 2022 de l’assemblée plénière, la cour d’appel de Paris pourra donc désormais reprendre son examen de l’affaire.
L’organe de surveillance du Comité de Bâle sur le contrôle bancaire a approuvé le 16 décembre une norme prudentielle sur les expositions des banques aux cryptoactifs. Cette norme sera mise en œuvre d’ici au 1er janvier 2025. Cet acte «marque une étape importante dans l’élaboration d’une base réglementaire mondiale pour atténuer les risques liés aux cryptoactifs pour les banques», a déclaré dans un communiqué Tiff Macklem, président du Groupe des gouverneurs des banques centrales et des chefs de la surveillance du Comité de Bâle. Les cryptoactifs non adossés et les stablecoin dotés de mécanismes de stabilisation «inefficace» feront l’objet d’un traitement prudentiel «conservateur». Même si, indique le Comité de Bâle, les expositions directes du système bancaire mondial restent «relativement faibles», ce cadre prudentiel permettra «d’atténuer les risques» liés aux cryptoactifs. L’institution continuera d’examiner les activités des banques sur le marché des cryptoactifs, y compris le rôle qu’elles peuvent avoir en tant qu’émetteurs de stablecoin ou de dépositaires.