Comment parvenir à un meilleur équilibre de la structure de financement de l’économie et améliorer l’accès au financement des entreprises, notamment en ce qui concerne les PME et les infrastructures, tout en garantissant la stabilité financière ? Tel était le thème central, autrement dit le projet d’Union des marchés de capitaux (UMC) et sa promesse d’une relance de la croissance, des discussions à l’occasion de la 22ème édition du Forum international Paris Europlace qui s’est ouvert le 7 juillet.Alors que la consultation sur ce projet s’est clôturée en mai dernier et que la synthèse des résultats et un plan d’action devraient être présentés en septembre, les participants aux débats ont généralement salué l’initiative européenne tout en relevant au passage les défis qu’elle représente. Yves Perrier, directeur général d’Amundi a bien posé le débat. «Nous devons définir l’objectif prioritaire de ce projet, sinon nous allons prendre différentes directions au détriment de l’efficacité», a lancé Yves Perrier, depuis peu président de l’AFG. Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, a ainsi estimé que trois conditions préalables majeures doivent être réunies pour assurer le succès du projet d’UMC : un cadre clairement défini axé sur un nombre limité de résultats opérationnels, un dosage approprié entre financement de marché et financement bancaire, et enfin, la nécessité d’assurer la stabilité financière à long terme. En matière de financement à long terme, a estimé Christian Noyer, «il faut, en toute priorité, chercher à promouvoir le financement par émission d’actions plutôt que le financement par endettement». Antoine Lissowski, directeur général adjoint chez CNP Assurances, s’est également exprimé en ce sens en prônant l’investissement «equity» sous toutes ses formes, private equity, actions cotées. Le gouverneur de la Banque de France a toutefois rappelé que les instruments de dette demeurent un outil de financement indispensable. «S’agissant des résultats opérationnels, nous partageons l’opinion de la Commission européenne selon laquelle le développement de placements privés et d’une titrisation simple, transparente et standardisée (STS) est possible à court ou moyen terme», a-t-il indiqué. Le secteur financier français a été particulièrement actif dans le domaine des placements privés, avec l’élaboration de la Charte Euro PP pour la France mais sur le front de la titrisation, le discours a été unanime pour une modification de Solvabilité II. «Il faut revisiter la calibration», a lancé Antoine Lissowski, évoquant non seulement la titrisation mais également les infrastructures, les actions et les participations. Les intervenants ont d’ailleurs souligné à maintes reprises tous les obstacles à l’avènement d’une véritable UMC, une taxation qui favorise le court terme au détriment du long terme, une gestion d’actifs européenne en fort développement mais encore trop tournée vers ses marchés d’origine, un registre de données encore bien incomplet notamment sur les PME, et une réglementation inadaptée non seulement du côté de l’assurance mais également sur le front comptable.Yves Perrier a brièvement mais très clairement manifesté son agacement à l'égard de la «fair value», incompatible avec une vision de long terme, et Christian Noyer a insisté sur la nécessité d’avoir accès à des informations comptables «claires, comparables et complètes, dont la plupart des PME en Europe sont actuellement dépourvues». Ce qui est d’autant plus important dans l’Union bancaire européenne, où les banques supervisées par l’Autorité bancaire européenne dans le cadre du Mécanisme de surveillance unique (MSU) demeurent soumises à des systèmes comptables différents. «Des progrès sont hautement souhaitables dans ce domaine et, à titre de première étape, je serais favorable à une initiative visant à évaluer la qualité et le degré de comparabilité des normes comptables nationales et à promouvoir la poursuite de la convergence», a-t-il suggéré. Steven Maijoor, président de l’Autorité européenne des marchés (AEMF/Esma) a de son côté souligné l’importance pour le régulateur de la collecte des données. «L’analyse et la compréhension des risques sera de plus en plus importante dans les années à venir. Nous avons besoin de ces données pour remplir notre mission», a insisté Steven Maijoor qui a également appelé de ses vœux une extension des pouvoirs du régulateur qui pourrait ainsi obtenir plus facilement des informations auprès des régulateurs nationaux avec l’objectif d’une plus grande convergence réglementaire.