La problématique du financement de l’investissement des entreprises est loin d'être insoluble mais elle doit répondre à un certain nombre de défis qui pourraient être au moins en partie résolus par le biais du projet d’Union des marchés de capitaux (CMU). C’est pour l’essentiel le point de vue défendu par François Villeroy de Galhau, à qui le Premier Ministre a confié la mission de faire un état des lieux et de définir les mesures à prendre pour assurer le financement de l’investissement.Sur l’invitation de Jacques de Larosière, président de l’Observatoire de l'épargne européenne (OEE), François Villeroy de Galhau a ainsi présenté le 1er juillet ses réflexions en cours sur le sujet lors d’une conférence où Fabrice Demarigny, directeur de l’activité Marchés de capitaux de Marcan/Mazars et auteur d’un rapport sur le projet de CMU remis en mai dernier à Michel Sapin, a également exprimé son point de vue. François Villeroy de Galhau a insisté en préambule sur le côté encore artisanal des quelques «notations» qu’il a bien voulu décliner mais qui constituent à n’en pas douter autant de jalons qui vont guider ou inspirer la conception du rapport en préparation. De son point de vue, le financement de l’investissement doit répondre à trois grands défis. Tout d’abord, les financements ne manquent pas pour l’investissement mais il existe un «désajustement» croissant entre investissements et financements. D’un côté, l’investissement est de plus en plus «schumpetérien» , consacré à la création de sociétés ou à de jeunes pousses en croissance. De l’immatériel très risqué alors que de l’autre côté, on reste sur des financements traditionnels et des épargnants très réticents à la prise de risque (s). Deuxième défi, la fragmentation toujours très forte de l’Europe et la nécessité, -la tragédie grecque est là pour le rappeler-, d’une intégration beaucoup plus avancée . Troisième défi, des réglementations très fortes dans le sillage de la crise financière, à dominantes prudentielles mais qui en laissent en plan la question de la croissance économique. Dans ce contexte, estime l’ancien directeur général délégué de BNP Paribas, le projet d’Union des marchés de capitaux pourrait fournir la matrice d’une réponse à condition d’en préciser les objectifs et d’en clarifier le contenu. A l’instar de Fabrice Demarigny, François Villeroy de Galhau estime d’ailleurs que cette dénomination de CMU n’est pas très pertinente, car il ne s’agit pas de remplacer le financement bancaire par le financement des marchés. «Il n’y a pas d’opposition entre marché des capitaux et union bancaire», a estimé pour sa part Fabrice Demarigny qui, comme son collègue, préconise une autre dénomination, Union pour le financement et l’investissement. Selon François Villeroy de Galhau, l’objectif de l’Union devrait ainsi être la diversification des moyens de financement, avec un élargissement de la gamme des possibles sans contrainte d’objectif, notamment parce que la fixation d’un objectif suscite des réactions anxiogènes dans certains pays comme l’Allemagne et l’Italie. Faut-il associer les 28 Etats membres à ce projet ? Les Etats dans leur grande majorité souhaitent un projet à 28 «mais il faut pouvoir avancer à 19 sur certains éléments», a estimé François Villeroy de Galhau. Sur le second point, François Villeroy de Galhau estime qu’il faut clarifier et plus précisément resserrer le contenu de l’Union autour de deux grands axes. Tout d’abord, la dette et le crédit avec probablement le financement des PME qui devrait rester entre les mains des banques à même de refaire une titrisation mieux encadrée, le financement des grands groupes qui devrait se maintenir sur des marchés taillés à leur mesure, et le financement des ETI qui devrait prendre un peu des deux et développer les placements privés. L’autre grand axe serait de canaliser l'épargne vers des instruments à risque. Dans cette perspective, il faudra mener à bien la révision de la directive Solvabilité II, aux calibrations trop sévères, et favoriser les financements «cross border» pour que les entreprises qui grandissent n’aillent pas, comme Criteo, se faire coter aux Etats-Unis. Et sur le chapitre du long terme et des infrastructures, il serait opportun de rapprocher les calendriers du plan Juncker, qui mobilise les capitaux publics, et le projet de CMU dédié aux capitaux privés, qui ne verrait le jour qu’en 2019. En attendant, François Villeroy de Galhau prévoit de présenter ses conclusions préliminaires fin juillet pour une version définitive dans le courant de l’automne...