Les cadres dirigeants des sociétés de services financiers craignent que la réglementation ne remette en cause la stabilité dans leur secteur, selon la dernière enquête annuelle Duff & Phelps «Global Regulatory Outlook» sur les perspectives réglementaires mondiales en 2016 et au-delà. A la question de savoir si les évolutions réglementaires de ces dernières années ont permis la mise en place de protections adéquates contre un futur krach, seuls 6 % des sondés répondent par l’affirmative. En revanche, ils sont 37 % à estimer que ce n’est pas le cas et 54 % à déclarer que les nouvelles règles n’offrent qu’une protection partielle contre une nouvelle crise.Lorsqu’on leur demande si la réglementation a amélioré la confiance des investisseurs et des consommateurs à l’égard du secteur, moins d’un tiers (31 %) répondent oui. Pour 57 % des sondés, l’impact a été nul ou minime, 8 % jugeant même que la confiance envers le secteur a pâti des évolutions réglementaires. Ces résultats marquent une dégradation par rapport à l’an dernier, où 43 % des dirigeants interrogés estimaient que la réglementation avait eu un effet positif sur la confiance dans le secteur.Les dirigeants interrogés se montrent particulièrement préoccupés de ce qu’ils perçoivent comme un manque de coordination entre les différents régulateurs à l’échelle mondiale, seuls 16 % d’entre eux estimant que le secteur s’oriente effectivement vers un ensemble de normes réglementaires unique. Ils sont plus nombreux (42 %) à reconnaître une amélioration en la matière. Selon Monique Melis, Global Head de l’activité Regulatory Consulting de Duff & Phelps, la question de la coordination mondiale a peu de chance d’être résolue dans un avenir proche et demeurera un défi pour les entreprises. « Bien que les réglementations transatlantiques formulent des exigences identiques, les différences culturelles entre régulateurs ainsi que l’hétérogénéité des outils dont ils disposent pour faire respecter les règles compliqueraient toute approche uniformisée à l'échelle mondiale», estime-t-elle.Monique Melis ajoute toutefois qu’une harmonisation et des améliorations notables des normes ont pu être réalisées dans le secteur, et que le recours à l’arbitrage réglementaire diminue. « Les relocalisations motivées par le seul désir d’échapper au cadre réglementaire sont rares. Vous pouvez fuir, mais vous ne pouvez pas vous cacher, comme dit l’adage », poursuit-elle. Si les sondés sont prompts à relever les incohérences des régulateurs, les sociétés de services financiers elles-mêmes n’échappent pas toujours à cet écueil. Seuls un peu moins de la moitié des cadres interrogés (49 %) indiquent que la culture d’entreprise est le facteur de gouvernance le plus important pour éviter les problèmes réglementaires. Concernant les compétences qu’ils recherchent pour bâtir leurs équipes de conformité, la majorité des sondés (38 %) cite les conditions techniques en matière réglementaire, tandis que 15 % mentionnent les aptitudes en termes de leadership et de gestion d’équipe. « Si les entreprises entendent vraiment initier un changement culturel, on voit mal comment elles pourraient se passer de telles compétences, notamment en termes de leadership, pour œuvrer dans ce sens », souligne Monique Melis.Dans ce panorama mondial, la France ne fait pas exception. Une modification substantielle apportée en 2013 aux régimes de contrôles et d’enquêtes de l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) s’est traduite par un niveau d’exigence accru dans les attentes de l’AMF en matière de formalisation et de traçabilité dans les domaines de la conformité et du contrôle interne, de la gestion des risques et de la valorisation des OPC, des thèmes principaux de la Directive AIFM. Pour Hannah Rossiter, Director Compliance & Regulatory Consulting au bureau parisien de Duff & Phelps, cette nouvelle approche peut être génératrice d’un risque réglementaire accru pour certains acteurs. « Depuis que l’AMF a bénéficié de l’extension de certaines de ses prérogatives dans l’exercice de ses missions de contrôle, nous avons constaté qu’elle met à profit cette possibilité pour s’assurer du respect par les sociétés de gestion de l’intégralité de la réglementation en vigueur. Désormais, l’autorité de tutelle se réserve la possibilité de procéder à des visites de contrôle sans avertir au préalable de sa venue, pointe-t-elle. Indéniablement, ce nouveau régime présente un certain nombre de défis, mais les prestataires de service d’investissement qui disposent d’un dispositif de contrôle interne et conformité solide n’ont a priori rien à craindre.»