Les conseils d’administration des entreprises d’Europe continentale sont encore loin du compte. Elles tardent à adopter des plans d’incitation à long terme qui impliquent un paiement différé des bonus alors que leurs homologues britanniques sont de plus en plus nombreuses à suivre les recommandations de Fidelity International qui préconise depuis 2013 l’adoption d’un modèle d’intéressement «3+2», une période de trois ans étant considérée comme trop courte pour mesurer l’impact d’une nouvelle stratégie d’entreprise. «En 2013, nous avons clairement indiqué aux entreprises que nous n'étions plus disposés à soutenir celles d’entre elles qui ne voulaient pas réformer leurs plans d’incitation à long terme qui demeuraient court termistes. Nous soutenons depuis longtemps que l’allongement des plans d’incitation modifieraient pour le mieux le comportement des entreprises, en diminuant la tentation de maximiser la performance financière à court terme, pour au contraire promouvoir l’investissement et la croissance», a expliqué Dominic Rossi, responsable mondial des investissements («Global CIO») chez Fidelity International, le 27 juin, à l’occasion d’une conférence téléphonique.La campagne pour l’approche long terme menée par Fidelity International semble désormais porter ses fruits. Pour la première fois depuis le lancement de sa campagne, une majorité de sociétés au sein de FTSE 350 ont mis en place des plans d’incitation à long terme. En effet, 179 sociétés du FTSE 350, soit 58% de l’ensemble, ont des plans de cinq ans ou plus, contre 118 il y a un an au mois de juin et seulement 6 début 2013. Même évolution du côté du FTSE 100, avec 64 sociétés disposant de plans de cinq ans ou plus, soit environ les deux tiers de la cote, contre 48 l’an dernier et seulement 4 en janvier 2013. «On peut dire que notre engagement a été une réussite au Royaume-Uni. Nous avons sans doute été aidés par l’introduction du «Say on Pay» en 2013 et il faut dire aussi que les conseils d’administration ont compris à la longue qu’un plan à plus long terme n’avait pas d’influence sur la compétitivité de l’entreprise», a commenté Dominic Rossi. Les résultats en Europe continentale sont beaucoup plus décevants, avec seulement 31% des entreprises de l’Eurotop 100 (hors UK) ayant mis en place des plans d’incitation de long terme de cinq ans ou plus, contre 64% pour le FTSE 100. La France affiche le plus grand nombre de sociétés avec des plans à cinq ans (32%), devant la Suisse (26%). En Allemagne, une seule société a mis en place un plan à cinq ans, la majorité des entreprises (63%) ayant des plans de plus de trois ans mais de moins de cinq ans.Dominic Rossi reste très prudent sur les raisons de ce décalage entre le Royaume-Uni et l’Europe continentale, indiquant qu’il n’existe manifestement pas une seule explication à cette situation qui peut s’expliquer au moins en partie par une plus grande variété de plans, par des structures différentes ou encore par l’encadrement fiscal, notamment en France. Il reste que l’approche de long terme gagne quand même du terrain même si Fidelity International a subi des revers dans son engagement pour l’intéressement à long terme. «Nous allons continuer de pousser pour les plans de long terme. Notre expérience au Royaume-Uni montre bien que le vote a son importance et que les choses peuvent changer», a conclu Dominic Rossi.