Une gageure. Où en sont les banques privées en France avec le projet MiFID II ? A quelques mois de l’entrée en vigueur de la directive, Fidelity International a tenté de dresser au premier trimestre 2017 un état des lieux (1) tout en soulignant d’entrée de jeu la difficulté de la tâche compte tenu notamment des dossiers encore en suspens. Premier constat : les maisons ont tardé à lancer leur projet MiFID II puisqu’elles sont 35% à l’avoir lancé cette année seulement et 30% l’an dernier. Et sans surprise, c’est la compliance qui a donné l’impulsion à ce projet dans 35% des cas, suivie par la maison mère (plus de 20%). Cela dit, l’étude relève un double consensus, à la fois sur le niveau de complexité et le caractère révolutionnaire de la nouvelle réglementation, ce qui a fait dire à bon nombre des interlocuteurs que « à neuf mois, l’industrie ne sera jamais prête ». Sauf que trois mois ont passé depuis l’enquête. «Tout le monde est désormais sur le pont et les choses s’accélèrent», a souligné le 28 juin Jean-Denis Bachot, directeur de Fidelity International en France, à l’occasion d’une présentation de l'étude.Sur le dossier très débattu ces dernières années de la tarification, les professionnels sondés en sont encore au stade des simulations mais deux positions distinctes semblent se dégager qui reflètent les tendances de la place. Certaines directions générales ont ainsi intimé l’ordre de revoir le mix produit et la tarification des offres pour compenser, sur le stock clients dès la première année et dans sa totalité, la perte induite par la suppression des «inducements» en gestion sous mandat. D’autres en revanche accordent du temps aux équipes et misent davantage sur la réussite de celles-ci à convaincre les clients, jusqu’alors en gestion libre, de basculer en gestion conseillée ou discrétionnaire, et/ou à conquérir de nouveaux clients.Aucune structuration de la tarification ne semble s’imposer. La globalisation des frais dans un forfait global « all in fee » est loin de remporter l’adhésion de l’ensemble des professionnels sondés. Certaines maisons ont ainsi assorti le «all in» d’une commission de performance, souvent en contrepartie d’une baisse de la commission de mouvement. Quant à l’application d’un même schéma de tarification en gestion conseillée et en gestion sous mandat, les maisons sont plutôt contre : elles envisagent de facturer plus cher l’Advisory, en maintenant notamment la commission de mouvement et en touchant des rétrocessions. En outre, il y a des acteurs qui ont opté pour des tarifications spécifiques directement conditionnées par les segments de clientèles éligibles aux différentes offres. Dans tous les cas, il y a « bel et bien un effort de simplification recherché même si l’exercice n’est pas aisé ». Sur le sujet de la recherche, « on observe actuellement un certain retard si ce n’est un retard certain des acteurs… mais aussi celui des régulateurs », constate l’enquête qui relève toutefois qu’une première tendance se dégage, à savoir la prise en charge par la banque ou par la société de gestion du groupe d’appartenance, sauf s’il s’agit d’une recherche spécifique pour les besoins d’un client en Advisory qui sera alors refacturée. Sur la question des rétrocessions de commissions, plusieurs maisons sont favorables, dans le cadre de la gestion sous mandat, à une augmentation des commissions de gestion pour compenser notamment la distribution de parts I (non chargées). On le voit, on peut constater sur quelques exemples que les acteurs continentaux explorent de multiples pistes selon leur statut et que les régulateurs continentaux n’ont pas fait l’erreur du régulateur britannique de mettre fin aux rétrocessions brutalement et sans supporter aucune exception. «Le sujet le plus important sera la capacité d’adaptation des asset managers au nouvel environnement. Il devront être capables, en toute transparence, de mettre leur offre en adéquation avec les besoins et d’accompagner les banquiers privés pour qu’ils puissent bien expliquer les tenants et les aboutissants de la tarification», estime Jean-Denis Bachot. Autrement dit, le producteur sera plus que jamais un fournisseur de solutions et non un «product pusher». «Une nouvelle offre de partenariat devrait s’instaurer entre producteur et distributeur au profit du client final», insiste Jean-Denis Bachot qui relève toutefois que début 2018 va probablement débuter une nouvelle phase tout aussi importante. «Le régulateur n’a pas exprimé avec une clarté limpide comment l’exécution de la réglementation allait se faire. Il a fallu extrapoler», remarque Jean-Denis Bachot. Il y aura donc probablement quelques ajustements. Et last but not least, se posera forcément la question de savoir comment les «inducements» vont pouvoir cohabiter avec le règlement PRIIPs et la directive sur la distribution d’assurance (DDA). (1) Fidelity International a confié à amGroup la réalisation d’une enquête qualitative sur le marché français de la banque privée. Fidelity souligne que l’enquête a été réalisée au premier trimestre 2017 et que depuis cette date, certains acteurs ont pris la mesure du sujet tandis que des régulateurs ont levé le voile sur certains points restés en suspens jusqu’alors