Technologie. Un débat sur la question de la preuve a donné une dimension prospective au 10e colloque de la commission des sanctions de l’Autorité des marchés financiers (AMF), le 5 octobre dernier. Face à la « digitalisation » croissante des activités, le travail de détection, d’investigation et d’enquête est fondé sur l’analyse de grandes quantités de données. « Les preuves directes étant très rares, les poursuites reposent sur des faisceaux de preuves indirectes », explique Thierry Bonneau, professeur à l’université Panthéon 2 - Assas. « La preuve unique n’existe pas. L’examen des preuves consiste en un travail de qualification des faits. Il s’agit de déterminer si les éléments recueillis ont influencé la prise de décision de la ou des personnes incriminées », renchérit Jean Gaeremynck, conseiller d’Etat et membre de la commission des sanctions. Sophie Baranger souligne quant à elle l’ambivalence des nouvelles technologies : « Tout en améliorant la traçabilité des transactions, celles-ci permettent de dissimuler des pratiques répréhensibles dans d’énormes volumes de données. » C’est ainsi qu’un trader a été condamné pour manipulation de cours, pour des milliers d’ordres passés au cours de 355 séquences, que Marie-Hélène Tric, présidente de la commission des sanctions, décrit avec poésie : « La vitesse des ordres scintillants de ses doigts d’or valait bien celle d’un algorithme. »