«Il est évident que la configuration des marchés a évolué, avec la césure de la crise. Il faut désormais s’attendre à des rendements neutres au lieu de constamment positifs ainsi qu'à une volatilité et une dispersion élevées, au lieu de faibles», constate en substance Christophe Lemarié, directeur de la gestion actions, allocation et arbitrage de Crédit Agricole Asset management (CAAM). Pour tenir compte de ce nouvel environnement, la société de gestion a réfléchi à un reprofilage de son offre. Maintenant que les écarts de performance deviennent importants, elle est convaincue que l’heure de la gestion active a sonné, en y ajoutant des approches nouvelles et avec le cas échéant des long/short equity. D’autre part, dans des marchés agités où le risque s’est accru, les investisseurs recherchent également des produits pour profiter des périodes de croissance? en minimisant le risque. Tel est exactement l’ambition d’un nouveau FCP de droit français, CAAM Actions Objectif Variance, lancé pour sa partie retail le 29 décembre 2008. Ce fonds d’actions européennes, concocté en fonction du cahier des charges réglementaire d’un investisseur institutionnel, a été à l’origine lancé le 7 décembre 2007 et il affiche environ 30 millions d’euros d’encours, répartis sur 52 lignes actuellement (85,6 % du portefeuille), le reliquat étant placé en monétaire. Pour couvrir le risque, le gérant, Melchior Dechelette, vend des futures sur indices (actuellement 60,4 %), ce qui réduit en fait l’exposition nette à 25-30 %. L’idée de départ consiste à limiter la volatilité subie à 10 % et de générer une performance régulière, avec des variations de valeur liquidative qui ne dépassent pas 0,6 % dans les deux sens. La volatilité du portefeuille actions se situe en ce moment aux alentours de 25-26 %, pour une volatilité du marché à 40 %. Un processus à trois étages Comme socle, Melchior Dechelette utilise la méthode de la variance minimale appliquée à une sélection d’actions européennes en fonction du risque. «Autrement dit, plus un titre est volatil, moins il a de chances de se trouver ou de se maintenir dans le portefeuille», précise le gérant, qui «vend quand la volatilité, donc le risque, augmente». Cette partie du processus est gérée par un optimiseur dans lequel ont été intégrés, comme deuxième étape, certains paramètres correcteurs pour éviter les biais indésirables (value, petites capitalisations, sociétés endettées). Il en résulte un portefeuille de 50-60 lignes puisées dans la sélection effectuée par l'équipe de gestion sectorielle européenne (3,8 milliards d’euros d’encours pour «actions Europe et thématiques»). Cela dégrade certes la volatilité par rapport à l’optimum, mais pour augmenter l’espérance de rendement. Les principales lignes au 31 mars étaient BP (2,80 %), Roche et GlaxoSmithkline (2,35 % chacun), BAT et Carrefour (2,33 % et 2,29 %). La troisième étape est celle de la couverture en vendant des futures pour demeurer dans la limite des 10 % de risque absolu qui constitue le budget initial, ce qui réduit l’exposition aux actions (actuellement cette volatilité se situe à moins de 11 %). Le risque de change n’est pas couvert. Historiquement, l’exposition moyenne nette aux actions est voisine de 39 %. En bref, la volatilité est présentement d’environ un tiers de celle du marché et la perte d’un cinquième. En rétropolation sur 10 ans, cette stratégie participe à 30 % des marchés baissiers et capte 70 % des hausses. Depuis la création au 7 décembre 2007 (part I2) jusqu’au 31 mars 2009, le fonds affiche une volatilité de 10,4 % contre 29,7 % pour le MSCI Europe (la référence) et une perte de 11 % contre 50,7 % pour l’indice. La sélection de titre a généré 36 % de la surperformance, la gestion de l’exposition produisant les 64 % restants. La commission de souscription pour la part P se situe à 2,50 % et la commission annuelle de gestion à 1,50 %. CAAM facture par ailleurs 20 % au maximum de commission de surperformance pour un rendement supérieur à l’indice MSCI Europe dividendes réinvesti, le tout plafonné à 1,5 % de l’actif net, sachant que la période d’observation est d’un an minimum à 3 ans maximum.