L’impact de la COVID-19 sur les changements climatiques fait figure de nouvelle positive au milieu du nombre de décès quotidiens et des publications de données économiques inquiétantes; en effet, les grands titres font état de ciels plus clairs et d’une baisse des émissions de CO2. Mais outre les effets secondaires à court terme des mesures de confinement temporaire, quel impact la pandémie aura-t-elle sur notre lutte contre les changements climatiques?Il ne fait aucun doute que les émissions mondiales de gaz à effet de serre diminueront cette année en raison de la baisse de l’activité économique. L’Agence internationale de l’énergie estime que les émissions de CO2 du secteur de l’énergie diminueront de 8 % en 2020 – soit six fois la baisse attribuable à la crise financière mondiale – et reviendront aux niveaux observés pour la dernière fois en 2010.Bien que cet effet soit spectaculaire, cela ne renversera pas la courbe à plus long terme.Voici quelques points cruciaux : Sans aucune politique en place, on s’attend à ce que les températures mondiales augmentent jusqu’à 4,8 °C au-dessus des niveaux de l’ère préindustrielle d’ici 2100.Selon nos politiques actuelles, il est prévu que nous réduisions suffisamment nos émissions pour limiter le réchauffement planétaire à environ 3,0 °C.Si tous les pays du monde faisaient ce qu’ils ont promis de faire dans le cadre de l’Accord de Paris, le réchauffement planétaire serait limité à environ 2,8 °C– ce qui est encore bien audelà de l’objectif de l’Accord de Paris.Pour atteindre l’objectif de l’Accord de Paris qui consiste à limiter le réchauffement planétaire bien en deçà de 2 °C (voire 1,5 °C) par rapport aux niveaux de l’ère préindustrielle d’ici 2100, il faut que nous parvenions à une réduction des émissions nettement plus importante que celle prévue actuellement. Il existe un fossé critique entre la direction que nous prenons actuellement et celle que les gouvernements ont promis d’atteindre lorsqu’ils se sont rencontrés à Paris en 2015.Nous devons réduire rapidement nos émissions de gaz à effet de serre au cours des prochaines années pour les ramener à zéro d’ici le milieu du siècle environ. La réduction des émissions à court terme découlant des mesures de confinement à l’échelle mondiale ne fait qu’interrompre temporairement la tendance de croissance des émissions – les changements climatiques doivent demeurer en tête des priorités des gouvernements, des entreprises, des investisseurs et des particuliers pour que les transformations structurelles à long terme requises puissent avoir lieu.Vicki Bakhshi, directrice et analyste, investissement responsable, BMO Global AMCOP26L’année 2020 était envisagée comme l’année de l’action climatique – l’année où les lacunes empêchant l’atteinte des objectifs de l’Accord de Paris seraient comblées. Les pays étaient censés présenter de nouveaux plans nationaux plus ambitieux avant la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques de 2020, aussi connue sous le nom de COP26, qui devait avoir lieu en novembre à Glasgow.Compte tenu de la pandémie actuelle, la COP26 a été reportée et aucune autre date n’a encore été fixée, mais nous prévoyons qu’elle aura lieu au milieu de l’année prochaine. Un retard n’est jamais une bonne nouvelle, mais un aspect positif en ressort : il y a une occasion de rebâtir l’élan politique, qui était en partie remis en cause avant même la pandémie. D’autres préparatifs peuvent être faits avant cette rencontre. D’ici là, les élections américaines qui doivent avoir lieu en novembre constitueront un point de décision crucial; la dynamique des négociations sur le climat variera grandement en fonction du résultat de ces élections. Cependant, peu importe qui deviendra le prochain président des États-Unis, la stratégie reste la même qu’avant la pandémie : exercer une pression ascendante pour sortir de l’impasse politique. Cela signifie que les administrations infranationales, les entreprises, les investisseurs et le public doivent prendre des mesures pour créer un mouvement de fond visant à jeter les bases d’une réunion de la COP fructueuse. L’effondrement du PIB touchera tous les types d’investissements en matière d’énergie. La reprise sera-t-elle verte?Les baisses spectaculaires de la croissance de la demande d’énergie ont inévitablement des répercussions sur les investissements dans les nouvelles infrastructures énergétiques, car les revenus des entreprises diminuent et les nouveaux projets ne semblent plus viables compte tenu de la chute des prix. L’impact sur l’ensemble des dépenses liées aux infrastructures énergétiques sera considérable. Il y a certainement d’importants obstacles à court terme aux énergies renouvelables – interruptions de la chaîne d’approvisionnement, retards de construction et certains projets ne respectant pas les échéances pour les programmes incitatifs. Cependant, les répercussions sur les investissements dans les nouveaux projets pétroliers seront probablement encore plus marquées – l’Agence internationale de l’énergie prédisant une baisse d’un tiers des dépenses en immobilisations liées à l’exploration et à la production en 2020 par rapport à 2019.La question fondamentale est la suivante : que se passe-t-il ensuite dans un monde post-pandémie? De plus en plus de voix s’élèvent en faveur de l’adoption d’une « relance verte » lorsque nous sortirons de cette crise et que les gouvernements commenceront à stimuler les économies. Cependant, nous observons un net fossé entre les programmes de l’Union européenne, où la Commission européenne et les leaders politiques soutiennent fermement cette idée, et d’autres pays comme les États-Unis, où il est plus probable que l’accent soit mis sur le sauvetage du secteur du pétrole et du gaz. Des « conditions vertes » peuvent également être rattachées aux plans de sauvetage d’entreprises dans des secteurs à forte intensité d’émission comme les compagnies aériennes, mais encore une fois, cette initiative semble plus probable en Europe que dans le reste du monde.Une répercussion économique intéressante de la pandémie mérite d’être soulignée : le changement comportemental, qui est la chose la plus difficile à réaliser en économie. Depuis le début de la pandémie, nous avons tous considérablement changé nos comportements, en remplaçant le temps passé au bureau par des appels vidéo et en réduisant le nombre de voyages d’affaires, pour ne citer que quelques transformations de notre vie professionnelle. Est-ce que certains de ces changements persisteront après la crise? Darryl White, chef de la direction de BMO Groupe financier, a parlé d’un « milieu de travail 2.0 », où les modèles de travail mixtes à domicile et au bureau deviennent la norme. Au Royaume-Uni, l’AA a déclaré s’attendre à voir des répercussions à long terme sur les déplacements quotidiens, car davantage de gens choisissent de travailler de la maison au moins une partie du temps. Si de tels changements comportementaux se produisent, ils pourraient favoriser la transition vers une économie mondiale à faibles émissions de carbone.Notre mobilisation à l’égard des changements climatiques Nous avons fait de la mobilisation à l’égard des changements climatiques notre principale priorité en 2020; les renseignements se trouvent ici.Lorsque le coronavirus a commencé à se répandre dans le monde, nous nous sommes demandé si nous devions réorienter notre programme élargi de mobilisation à l’égard des enjeux ESG afin de concentrer nos efforts sur la pandémie. Cependant, nous avons décidé de continuer à mettre l’accent sur les changements climatiques, tout en demeurant sensibles à la situation actuelle. Comme la pandémie devrait durer de nombreux mois, nous ne pouvons pas nous permettre de perdre notre élan en ce qui a trait aux changements climatiques – en fait, nous devons recréer une dynamique alors que nous nous dirigeons vers les négociations de la COP26 reportées, peu importe leur date.Notre document de mobilisation à l’égard des changements climatiques décrit en détail notre structure visant à mobiliser les entreprises. Au bout du compte, nous nous attendons à ce que les entreprises passent d’une connaissance de base de la question des changements climatiques et de la relation qui existe entre ces derniers et leurs activités à une harmonisation de leurs objectifs d’affaires avec les objectifs de l’Accord de Paris. De nombreuses entreprises réagissent déjà en adoptant des stratégies ambitieuses, y compris des engagements à atteindre la carboneutralité. Bien que ces objectifs soient une bonne chose, nous nous attendons surtout aussi à ce que les entreprises montrent clairement la voie à emprunter pour les atteindre, en énonçant les mesures précises qu’elles ont l’intention de prendre. Lorsque les entreprises ne prennent aucune mesure, nous sommes prêts à utiliser notre vote lors des assemblées générales annuelles pour exprimer notre point de vue, car nous croyons que l’inaction à l’égard des changements climatiques compromet leur performance future à long terme.En partenariat avecBMO Global Asset Management
Les océans représentent environ 71 % de la surface terrestreEnviron 97 % de toute l’eau de la planète se trouve dans les océansL’écosystème océanique fournit plus de 90 % de l’espace habitable sur Terre50 % de l’oxygène sur Terre est généré par les océansLes océans absorbent environ 33 % des émissions mondiales de dioxyde de carboneUn milieu marin sain est essentiel à la santé de la planète et de ses habitants. À l’heure actuelle, seulement 2 % à 6 % de nos océans sont classés comme des aires marines protégées (AMP), et on estime qu’il faut en protéger 30 % pour assurer un écosystème océanique florissant. En plus des avantages sociaux et environnementaux, les océans génèrent chaque année une valeur économique d’environ 2 500 milliards de dollars.Emma Lupton, Associée principaleLes océans en criseL’activité humaine a eu un effet considérable sur nos océans et ceux-ci n’ont pas reçu la protection nécessaire en vue d’un avenir durable pour notre planète. Les changements climatiques ont des répercussions considérables – nous voyons l’acidification des océans causer des dommages à la biodiversité en raison de l’absorption de niveaux plus élevés de CO2, et constatons la fonte des calottes glaciaires ainsi que l’élévation du niveau de la mer. Une proportion de 37 % des gens vit dans des collectivités côtières, et est particulièrement vulnérable à ces répercussions. Le manque de protection a fait en sorte que la pollution des océans s’est accélérée sans relâche, avec des problèmes de déchets de plastique, d’écoulement de pesticides et de nutriments, de fuites et de déversements de produits chimiques ou pétroliers – tous étant des facteurs ayant un impact important sur le milieu marin.L’année 2020 devait être une année de progrès importants pour les océans, grâce à des activités telles que la mise en œuvre de réglementations clés, la Conférence des Nations Unies sur les océans de 2020 et la COP26. En raison de la pandémie de COVID-19, les priorités ont changé et la façon dont bon nombre d’entre nous mènent leurs activités a complètement été modifiée. Certaines réglementations ont été retardées et la COP26 a été reportée à 2021.Cependant, des efforts sont déployés pour retrouver le rythme perdu, et certaines conférences et ressources sont visibles en ligne, ce qui les rend accessibles à un public plus large, comme les Dialogues virtuels sur l’océan du Forum économique mondial (FEM).Nous allons nous concentrer ici sur le problème du plastique, l’économie circulaire et les répercussions de la COVID-19. Nous constatons une augmentation de la quantité de déchets générés et des perturbations dans la fonctionnalité opérationnelle du secteur de la gestion des déchets.Emballage des produits – un retour au plastiqueAlors que certains consommateurs se dirigeaient vers des modèles d’achat qui exigeaient une moins grande dépendance à l’égard du plastique à usage unique, cette tendance s’est maintenant inversée, et les gens achètent actuellement de nouveau davantage de produits en plastique à usage unique. La Food Standards Agency et l’Organisation mondiale de la santé ont déclaré qu’il est « très improbable » que les gens puissent attraper la COVID-19 par la nourriture et qu’il n’y a eu aucun cas confirmé de transmission par l’intermédiaire d’aliments ou d’emballages alimentaires. Cependant, il est compréhensible que les consommateurs s’inquiètent, et ils préfèrent acheter des aliments emballés dans du plastique plutôt que des articles en vrac pour le moment. Une partie du changement est attribuable à la fermeture des comptoirs de produits frais, où les consommateurs pouvaient souvent apporter leurs propres contenants; ils achètent maintenant de nouveau des aliments préemballés. Par exemple, les ventes de poissons panés ou enrobés de pâte à frire préemballés ont augmenté d’environ 54 % et les ventes de bacon, saucisses, viandes cuites et fromage en vrac ont considérablement diminué par rapport aux options préemballées en avril 2020 par rapport à la même période en 2019.Un autre facteur est le plastique à usage unique dans la catégorie « sur le pouce », où les consommateurs se servaient de plus en plus de tasses et de bouteilles réutilisables qu’ils apportaient dans les cafés. Bien que la fermeture de nombreux cafés et la prédominance du travail à domicile aient réduit la demande globale dans ce secteur, tandis que les mesures de confinement s’allègent, la plupart des cafés n’accepteront plus l’usage de tasses réutilisables pour des raisons de sécurité.Par conséquent, il est probable qu’il y ait de nouveau un pic de production de déchets dans ce secteur, mais nous espérons qu’il sera de courte durée. La suspension momentanée de certaines lois vient s’ajouter aux défis. Par exemple, la réglementation britannique interdisant les pailles, agitateurs, écouteurs en plastique et autres articles à usage unique devait entrer en vigueur en avril 2020, mais elle a été reportée. Cette décision est attribuable au ralentissement et à la perturbation des chaînes d’approvisionnement liées aux solutions de rechange et vise à réduire la pression sur les entreprises qui sont déjà en difficulté. Les frais relatifs aux sacs de transport en plastique ont également été suspendus dans certains points de vente pendant cette période.Même si ces tendances négatives pourraient se maintenir pendant quelques mois, nous prévoyons qu’elles finiront par s’inverser, car les consommateurs veulent voir des changements importants dans ce domaine et les entreprises réagissent déjà. Nous espérons que la situation actuelle favorisera l’innovation en matière de matériaux d’emballage en vue de répondre aux préoccupations des consommateurs pour ce qui est de la sécurité et de la volonté d’utiliser moins de plastique. Nous continuerons à suivre cette question de près et à nous mobiliser lorsque cela s’avèrera opportun pour nous assurer de maintenir les progrès qui étaient accomplis.Équipement de protection individuelle (ÉPI)L’utilisation de l’ÉPI est primordiale pour la protection du personnel médical et des autres travailleurs essentiels. Il est fabriqué en grande partie avec du plastique à usage unique ou ses composantes le sont, et, au stade de l’élimination, il est généralement contaminé et ne peut donc pas être recyclé. L’utilisation et l’élimination des gants de latex et des masques ont également augmenté dans le monde entier, et nous voyons des photos de ces produits qui se retrouvent maintenant dans le milieu marin.À l’heure actuelle, les déchets découlant de cette utilisation essentielle du plastique sont inévitables. Toutefois, nous pensons qu’à l’avenir, les entreprises du secteur médical et les fournisseurs de ce type d’équipement pourront innover à l’étape de la conception, afin de réfléchir de plus en plus à ce qui arrive au produit à la fin de son cycle de vie. Nous croyons qu’il s’agit pour ces entreprises d’une occasion qui aurait un impact positif important pour l’avenir.Recyclage – perturbation de l’économie circulaireDans une économie circulaire, un flux fiable d’intrants recyclés est nécessaire dans le cadre d’une chaîne d’approvisionnement intégrée. La pandémie de COVID-19 a perturbé ce système et a affecté la quantité de matières recyclées dans les chaînes d’approvisionnement, y compris le papier, l’aluminium et le plastique. Des questions intéressantes sont maintenant soulevées quant à savoir si les processus pourraient être automatisés ou remaniés afin d’éviter des perturbations à l’avenir.Les systèmes de collecte et de recyclage ont été perturbés. Dans le cadre du confinement au Royaume-Uni, par exemple, 46 % de tous les services de gestion des déchets des autorités locales ont été interrompus ou réduits, car la sécurité des travailleurs est bien entendu primordiale dans ces industries de services publics19. Les consommateurs se sont donc remis, dans une plus grande proportion, à jeter leurs déchets dans les bacs traditionnels, plutôt qu’à les recycler. Les gens passent aussi beaucoup plus de temps à la maison, l’élimination des déchets a donc été concentrée dans les zones résidentielles plutôt que répartie comme avant pendant les déplacements ou dans les bureaux, ce qui vient s’ajouter aux défis.Les perturbations touchant la collecte et le traitement des matières recyclables menacent l’approvisionnement en produits renouvelables qui retournent dans les chaînes d’approvisionnement. En moyenne, 9 % des plastiques sont recyclés – un pourcentage nettement inférieur à celui des autres matières comme l’aluminium (64 % étant la moyenne du secteur). De nombreuses entreprises ont établi des cibles pour augmenter la quantité de contenu recyclé dans leurs emballages, et le fait que les intrants recyclés n’intègrent pas le cycle dans la même mesure pourrait retarder la concrétisation de ces ambitions.Les contraintes des systèmes de gestion des déchets existants, étant soulignées actuellement, accentuent la pression exercée sur les gouvernements pour qu’ils accroissent la capacité des infrastructures de recyclage et des installations de traitement. Un bon côté à cette situation pourrait être de constater de réels progrès dans ce domaine grâce à des investissements qui contribueraient à bâtir une économie circulaire d’envergure plus mondiale. En plus des défis pratiques liés à l’approvisionnement en plastique recyclé, l’aspect économique est également devenu plus difficile. Le prix du pétrole brut a chuté considérablement, de 40 % depuis le début de l’année. Cette situation est attribuable à une combinaison des facteurs suivants : différends entre les producteurs à l’échelle nationale, ralentissement économique, demande réduite et offre excédentaire. Étant donné que le plastique vierge (PET) est fabriqué à partir de pétrole, les prix des deux marchandises sont intrinsèquement liés.Par conséquent, des pressions accrues s’exercent sur la viabilité financière de l’utilisation de matières recyclées; le PET recyclé était auparavant une option plus coûteuse pour les entreprises, et maintenant, pour certaines entreprises, l’utilisation de PET vierge demeure encore plus attrayante sur le plan des coûts. Dans la mesure du possible, nous encourageons les entreprises à continuer d’utiliser le PET recyclé.ConclusionBien que la pandémie mondiale présente d’importants obstacles à l’élan qui était créé dans la lutte contre la pollution par le plastique, nous sommes optimistes pour l’avenir quant au fait que la combinaison de la demande des consommateurs et des engagements des entreprises favorisera l’innovation et le progrès. Nous sommes d’avis que même s’il pourrait y avoir des pauses et que les processus ont ralenti pendant cette période difficile, l’élan qui avait été pris auparavant sera retrouvé. Nous pourrions même voir cet événement servir de catalyseur à la découverte de solutions à plus grande échelle, avec une innovation accrue et à un rythme plus rapide, en particulier en ce qui a trait à la conception de produits et aux infrastructures de recyclage.En partenariat avecBMO Global Asset Management
Les récentes manifestations contre l’assassinat de George Floyd et d’autres personnes par des policiers ont attiré l’attention sur les questions systémiques des inégalités raciales et des brutalités policières aux États-Unis, déclenchant une vaste mobilisation en faveur de la justice raciale à l’échelle planétaire. À travers le monde, des entreprises ont publiquement soutenu cet appel à la justice raciale, s’engageant à lutter contre le racisme et les inégalités au sein de leurs propres organisations. Toutefois, une plus grande transparence est requise pour évaluer la manière dont ces paroles sont transformées en actes. Les investisseurs peuvent jouer un rôle essentiel dans cette lutte en dialoguant avec les entreprises pour les inciter à mettre en place des politiques plus strictes et rendre compte de leurs activités, tout en imposant l’égalité raciale au sein de leurs propres organisations. L’appel au changement lancé par le mouvement Black Lives Matter a inspiré des manifestations contre le racisme à travers le monde. Il a contraint les entreprises à revoir leurs pratiques en matière de recrutement, de rémunération et de promotion, la culture du lieu de travail, l’image de marque et la discrimination à l’égard de certains consommateurs. Le débat public sur le racisme systémique s’inscrit aussi dans le contexte de la triste réalité de la crise sanitaire qui a eu un impact disproportionné sur la population noire et les autres communautés vulnérables, soulignant la nécessité pour les entreprises d’accorder la priorité aux questions entourant l’inclusion raciale, la protection des travailleurs et l’égalité salariale. Chez BMO Global Asset Management, nous reconnaissons l’importance cruciale de la justice sociale ainsi que la véritable valeur ajoutée que la diversité et l’égalité apportent à notre établissement et aux entreprises dans lesquelles nous investissons. En tant qu’investisseurs, nous pouvons apporter notre contribution en : •engageant un dialogue constructif avec les entreprises dans lesquelles nous investissons en vue de promouvoir l’adoption de pratiques luttant contre le racisme systémique et le manque de représentation des travailleurs •nous assurant que les mêmes bonnes pratiques sont adoptées au sein de notre propre entreprise et dans le reste du secteur •renforçant notre engagement en faisant un usage réfléchi des droits de vote le cas échéant •en soutenant les initiatives du secteur et les collaborations avec les investisseurs qui partagent notre opinion La diversité raciale dans les entreprises progresse lentement La diversité raciale au sein des entreprises, notamment aux plus hauts niveaux de direction, reste à la traîne par rapport à la diversité des genres qui a récemment fait d’immenses progrès. États-Unis Aux États-Unis, seuls 3,2% des dirigeants et des cadres supérieurs sont Noirs. Alors que les afro-américains représentent 13,4% de la population américaine, les CEO noirs ne sont que 3 dans le classement Fortune 500, soit moins de 1%. Les disparités salariales sont également importantes : les hommes noirs sont payés 13% de moins que les hommes blancs et les femmes noires 39% de moins que les hommes blancs et 21% de moins que les femmes blanches. Dans les autres pays, les progrès sur le front de la diversité ethnique au sein des comités de direction et des conseils d’administration sont tout aussi lents. Royaume-Uni Un rapport récent montre que les minorités ethniques sont absentes du conseil d’administration de 37% des entreprises du FTSE 100 interrogées alors que le Parker Review Committee recommande la présence d’au moins un représentant d’une minorité ethnique au sein du conseil d’administration d’ici 2021. Canada Au Canada, alors que les Noirs représentent 3,5% de la population, ils ne sont qu'1% seulement des directions ou conseils d’administration des entreprises. Par ailleurs, 75% des entreprises déclarent ne pas avoir de minorités visibles au sein de leur conseil d’administration. L’enjeu économique de la diversité Au-delà de la lutte contre la discrimination, le renforcement de la représentation des minorités constitue également un enjeu économique. Selon un rapport de McKinsey, la diversité, au-delà des genres, peut être un élément différenciateur clé : •Diversité ethnique des équipes de direction : les entreprises figurant dans le quartile supérieur en termes de diversité ethnique ou culturelle des équipes de direction sont 33% plus susceptibles d’être les plus rentables de leur secteur. •Sanctions des mauvais élèves de la diversité ethnique : les entreprises figurant dans le quartile inférieur en termes de diversité des genres et ethnique/culturelle sont 29% moins susceptibles de dégager une rentabilité supérieure à la moyenne que l’ensemble des entreprises sous revue. Par ailleurs, dans la mesure où consommateurs et parties prenantes ont de plus en plus tendance à vérifier si les entreprises joignent le geste à la parole sur les enjeux sociaux, les risques de réputation qu’elles encourent en ignorant les inégalités et le racisme augmentent. Dans le sillage du décès de George Floyd, plusieurs chefs d’entreprise, notamment le directeur général et fondateur de CrossFit, ont été contraints de démissionner en raison de leur réaction inappropriée aux manifestations anti-racistes. Besoin de transparence Alors que les entreprises américaines sont tenues de transmettre des informations sur la diversité raciale à la Commission américaine de l’égalité des chances en matière d’emploi (EEOC), seules 25% d’entre elles choisissent de les divulguer au public tandis qu’une infime partie de celles-ci dévoilent la répartition des représentants des minorités ethniques à divers niveaux de l’entreprise. Toutefois, les autorités réglementaires s’efforcent de plus en plus de contraindre les entreprises à « se conformer ou expliquer ». Par exemple, en vertu de la Loi canadienne sur les sociétés par actions (LCSA), les entreprises cotées ont l’obligation depuis 2020 d’informer sur la représentation des quatre groupes suivants au sein du conseil d’administration et des équipes de direction : les femmes, les indigènes, les personnes handicapées et les membres de minorités visibles. Elles sont également tenues d’indiquer si elles ont mis en place une politique, des objectifs et des stratégies en vue d’augmenter la représentation de ces groupes au conseil d’administration et dans la direction. Aux États-Unis, la Californie envisage de contraindre les entreprises immatriculées dans l'État d’avoir un nombre minimum d’administrateurs provenant de communautés sous-représentées. Mais à l’exception de l’Afrique du Sud, il n’existe aucun autre pays où la transparence sur la diversité atteint un tel niveau qu’aux États-Unis, ce qui empêche les investisseurs d’avoir une approche structurée de vote et d’engagement en matière de diversité ethnique et d’inclusion pour l’ensemble des marchés. Engagement des investisseurs en faveur de la diversité Chez BMO GAM, nous nous engageons et votons sur les questions de diversité et d’inclusion depuis plusieurs années, avec un accent particulier sur le genre. Notre approche de la question raciale est bien moins établie. Néanmoins, nous avons pris des mesures pour développer notre stratégie de dialogue avec les entreprises dans lesquelles nous investissons. Entre le 1er janvier 2019 et le 18 juin 2020, sur 2219 interactions avec les entreprises, 186 ont porté sur la diversité de la main d’œuvre et 114 sur la diversité du conseil d’administration. Compte tenu du caractère limité des données ethniques/culturelles et des informations sur la main d'œuvre en général, nous incitons depuis plusieurs années les entreprises à participer à la Workforce Disclosure Initiative (Initiative sur la divulgation des effectifs des entreprises) afin que celles-ci améliorent la transparence sur la gestion de leurs effectifs et les données qui en résultent (écarts salariaux par exemple). La mesure et la transparence sont des premières étapes importantes pour avancer. Nous demandons aux entreprises de se concentrer sur : •La détermination de la stratégie au plus haut niveau •La fixation des objectifs et la mesure des avancées •Les pratiques d’embauche •L’équité salariale •Le dialogue avec les employés •La sensibilisation et la formation Au-delà de la représentation Au-delà de de l’amélioration de la diversité au sein des effectifs et des équipes dirigeantes, nous pensons que les entreprises doivent revoir les modèles d’activité qui pérennisent les inégalités. Citons l’exploitation à but lucratif du travail des détenus, les logiciels de surveillance intégrant des biais raciaux ou les stratégies marketing qui ciblent les communautés vulnérables. L’engagement des investisseurs peut aider les entreprises à se conformer aux Principes directeurs relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme des Nations Unies, ce qui leur permettra d’être mieux armées pour lutter contre les inégalités raciales et les problématiques connexes telles que les droits de l’homme, l’esclavage moderne dans les chaînes d’approvisionnement, le salaire de subsistance et la protection des travailleurs. L’équité raciale dans le secteur de l’investissement Nous ne pouvons pas ignorer le fait que le secteur des services financiers lui-même peine à atteindre une représentation ethnique et raciale appropriée. Alors que l’investissement responsable puise ses racines dans la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud dans les années 70, le secteur doit se réengager dans la lutte contre l’injustice raciale au sein de nos propres organisations et des entreprises dans lesquelles nous investissons. À cette fin, BMO GAM soutient l’Investor Statement of Solidarity to Address Systemic Racism and Call to Action émanant de la Racial Justice Investing coalition basée aux États-Unis. Conformément aux actions recommandées par la déclaration, nous nous engageons à progresser dans l’équité et la justice raciales en : 1.amplifiant et incluant la voix des Noirs dans les cercles d’investisseurs et le dialogue avec les entreprises 2.intégrant une optique de justice et d’équité raciales dans nos propres organisations 3.intégrant la justice raciale dans la prise de décision en matière d’investissement et les stratégies d’engagement 4.réinvestissant dans les communautés 5.portant la voix des investisseurs pour faire avancer les politiques publiques de lutte contre le racisme En partenariat avec BMO Global Asset Management
Juan Salazar - Directeur, analyste en investissement responsableNina Roth - Directrice, analyste en investissement responsableLes arguments économiques en faveur de l’intégration par les banques d’un processus de due diligence solide visant à identifier les risques environnementaux et sociaux dans leurs activités de prêt et de souscription sont très clairs : ce processus permet d’améliorer la gestion globale des risques, il aide à identifier de nouvelles opportunités commerciales et il renforce la réputation et la valeur de la marque.Une étude réalisée en 2019 par MSCI établit que les banques enregistrant des scores ESG élevés affichent également de meilleures performances, des profils de risque plus faibles et des valorisations plus intéressantes.L’Asie du Sud-Est est très vulnérable aux impacts environnementaux et sociaux négatifs, et notamment au changement climatique. Cependant, les banques de la région, y compris celles des pays membres de l’ASEAN (Association des nations de l’Asie du Sud-Est), ont mis du temps à vérifier les systèmes de gestion des risques existants pour s’assurer qu’ils prennent en compte les facteurs de risque liés au développement durable, lesquels revêtent une importance croissante. Cela peut avoir des répercussions négatives sur la qualité du crédit et, en fin de compte, sur les résultats.En 2019, nous avons cherché à intensifier nos efforts d’engagement auprès des banques les plus importantes et les plus influentes de la région afin de les encourager à améliorer l’intégration des questions environnementales et sociales dans les systèmes de gestion des risques, notamment de crédit. Notre engagement, tout en privilégiant la gestion des risques, a également abordé une dimension plus stratégique des pratiques bancaires durables, à savoir les implications et les opportunités commerciales découlant des défis environnementaux, sociaux et de développement de notre époque. Nos attentes par rapport à cet engagementNous avons contacté 15 banques cotées en bourse possédant d’importantes activités bancaires de gros en Indonésie, en Malaisie, en Thaïlande, aux Philippines et à Singapour. Nous avons entamé une procédure d’engagement auprès de certaines de ces banques sur des questions de pratiques bancaires durables pour une période de cinq ans minimum.Nos recherches pour ce projet se sont inspirées de l’outil d’évaluation des pratiques bancaires durables (SUSBA), développé par le Fonds mondial pour la nature (WWF). Dans sa mise à jour de 2019, l’outil montre comment 35 banques cotées de la zone ASEAN parviennent à intégrer les critères ESG dans leur stratégie d’entreprise et leur processus décisionnel.Dans le cadre de cette procédure d’engagement, nous avons demandé à ces groupes :• De renforcer les systèmes de gestion des risques existants en établissant des politiques et des procédures environnementales et sociales au niveau de l’intégration des clients, de l’exercice de due diligence et des transactions – en mettant particulièrement l’accent sur les clients issus des secteurs ayant un impact élevé sur le développement durable (par exemple les industries extractives, l’agriculture, l’alimentation et les boissons. Principales conclusionsToutes les banques avec lesquelles nous avons été en contact reconnaissent que l’exposition aux risques ESG intégrés dans leurs portefeuilles de prêts commerciaux et aux entreprises peut avoir un impact sur la qualité de crédit de ces portefeuilles.Toutefois, seule une poignée de grandes banques ont élaboré et mis en œuvre des mesures significatives pour gérer ces risques.Ces mesures comprennent des politiques et des procédures spécifiques comme des outils de due diligence et de suivi, une capacité interne à identifier et à gérer les risques environnementaux et sociaux, et une bonne communication de l’information.Nous avons constaté que les banques singapouriennes sont à la pointe de la gestion des risques sociaux et environnementaux (RSE), et affichent des pratiques de plus en plus alignées sur celles des grandes banques européennes et nord-américaines. Les banques des autres pays de la zone ASEAN sont encore en retard par rapport à ce que l’on considère comme les bonnes pratiques ; cependant, certaines d’entre elles ont commencé à prendre des mesures afin de rattraper leur retard.• D’impliquer plusieurs équipes d’experts dans toute l’organisation, y compris les équipes chargées du développement durable, de la gestion des risques et des clients, dans l’élaboration et la mise en œuvre des procédures de gestion des risques environnementaux et sociaux.• D’intégrer des facteurs de développement durable permettant d’étayer les décisions de financement au niveau du portefeuille.• D’étudier et de développer des procédures dédiées à la gestion des risques climatiques, en utilisant les recommandations du groupe de travail sur l’information financière liée au climat (TCFD).• D’établir des procédures internes pour la surveillance réglementaire liée au développement durable.• De développer des produits et services innovants pour répondre aux défis liés au développement durable.•D’améliorer l’information sur la gestion des risques et opportunités significatifs sur le plan environnemental et social.•De mettre en place une gouvernance adéquate pour garantir la responsabilité des questions de pratiques bancaires durables au plus haut niveau. Voici quelques-unes de nos principales conclusions :• La mise en place de pratiques de gestion RSE a clairement pris une place prépondérante dans la liste des priorités de l’équipe dirigeante et du conseil d’administration. Nous attribuons ce phénomène à la pression croissante exercée par la réglementation, les investisseurs et la société civile, ainsi qu’à la prise de conscience de l’impact des mégatendances économiques, environnementales et sociales qui se concrétisent rapidement.• Toutes les banques avec lesquelles nous avons échangé ont mis au point des cadres de gestion RSE avec différents niveaux de sophistication. Dans l’ensemble, nous avons constaté que la plupart d’entre elles doivent encore combler les lacunes dans la mise en œuvre – notamment en ce qui concerne les procédures de contrôle de conformité avec leurs propres politiques et plans d’action en matière de gestion RSE en cas de violation.• La publication des cadres de gestion RSE et des résultats de leur mise en œuvre, y compris le profil RSE des portefeuilles de prêts, doit être améliorée.•Les banques n’ont pas encore identifié de manière approfondie l’ampleur de l’exposition de leurs portefeuilles aux risques liés au changement climatique, ni élaboré une stratégie pour mesurer et gérer ces risques.•La plupart des banques de la zone ASEAN sont d’importants bailleurs de fonds de l’industrie de l’huile de palme en Indonésie et en Malaisie. Certaines d’entre elles ont formulé des recommandations ou des exigences pour prévenir les risques environnementaux et sociaux spécifiques à ce secteur. Ces exigences se limitent généralement au respect des réglementations ou des systèmes de certification locaux, tels que les normes pour l’huile de palme durable en Indonésie (ISPO) et en Malaisie (MSPO). Nous reconnaissons l’importance de ces programmes pour favoriser le caractère durable de la culture et de l’approvisionnement en huile de palme ; toutefois, les exigences en matière de certification ne sont pas aussi strictes que celles des normes internationales, telles que la Table ronde pour une huile de palme durable (RSPO).•De nombreuses banques ont développé pour leurs clients des produits et des services financiers « verts », lesquels privilégient essentiellement les énergies renouvelables et les bâtiments écologiques. Nous signalons que les banques thaïlandaise Kasikornbank et indonésienne Bank Rakyat ont lancé avec succès des obligations sur le thème du développement durable. Cependant, les banques n’ont pas développé de stratégies globales visant à saisir les opportunités liées à la transition vers une économie bas carbone.Perspectives et étapes suivantesNos échanges avec les 15 banques de la zone ASEAN, et notre analyse des informations qu’elles ont rendues publiques, ont confirmé que toutes – à des degrés de sophistication divers – reconnaissent les impacts potentiels des risques environnementaux et sociaux sur la qualité du crédit et le profil de risque de leurs portefeuilles de prêts. En général, il existe cependant une marge de progression importante en ce qui concerne le cadre et la mise en œuvre des politiques, de la gouvernance et de la publication des informations existantes en matière de gestion RSE.Étant donné la vulnérabilité élevée des pays de la région aux impacts du changement climatique, nous sommes particulièrement préoccupés par le fait que les banques n’ont pas encore pris de mesures décisives pour identifier ou gérer les risques et opportunités liés au changement climatique dans leurs portefeuilles. C’est pourquoi elles sont confrontées à des risques sans précédent dans leurs bilans et risquent de passer à côté d’opportunités importantes pour aider leurs clients à évoluer vers des modèles économiques plus durables dans des secteurs tels que l’alimentation, l’énergie, les infrastructures ou les transports. À l’avenir, nous prévoyons de poursuivre notre engagement auprès des banques de la zone ASEAN pour les encourager à continuer d’améliorer leurs pratiques globales de gestion RSE. Qui plus est, nous nous appuierons sur nos travaux effectués dans le cadre de notre projet d’engagement 2020 « Les institutions financières et le risque climatique » pour demander aux banques de la zone ASEAN une gestion rigoureuse des risques et des opportunités climatiques.
L’esclavage moderne : Le point sur notre approche de dialogue Notre dialogue avec les sociétés en 2018 avait mis l’accent sur les entreprises tenues de publier des déclarations sur l’esclavage moderne conformément au Modern Slavery Act 2015, une loi britannique de référence sur l’esclavage moderne. Depuis l’introduction de cette loi, la législation sur l’esclavage moderne a progressé dans un certain nombre de pays, dont l’Australie, le Canada, la France et les Pays-Bas. La pandémie de COVID-19 a mis en évidence l’importance de la législation relative à l’esclavage moderne : en temps de crise, les victimes de ce fléau sont davantage exposées au risque d’exploitation, la vulnérabilité face à l’esclavage augmente et les initiatives prises par les gouvernements perdent de leur efficacité. Dans ce contexte, les entreprises sont davantage confrontées aux risques d’esclavage moderne, en particulier au sein de leurs chaînes d’approvisionnement. Législation relative à l’esclavage moderne — les principales évolutions Le Modern Slavery Act de 2015, la loi britannique sur l’esclavage moderne, reste l’un des textes législatifs les plus ambitieux au monde en matière d’esclavage moderne et il a sans aucun doute contribué à renforcer le devoir de vigilance sur les risques d’esclavage moderne dans les chaînes d’approvisionnement. Pourtant un rapport indépendant portant sur cette loi, publié en mai 2019, a révélé qu’un certain nombre d’entreprises considéraient leurs obligations comme un simple exercice consistant à cocher des cases, et qu’environ 40 % des entreprises concernées ne respectaient pas la législation. Cette étude a également souligné qu’aucune sanction n’avait été prise jusqu’à présent à l’encontre des entreprises qui ne respectaient pas la loi, ce qui suscite de sérieux doutes quant à l’efficacité de cette dernière. Ce rapport a donné lieu à 80 recommandations parmi lesquelles certaines visent directement à renforcer le respect de cette réglementation, comme la mise en place de sanctions pécuniaires et la révocation des administrateurs. Dans une réponse très détaillée à ce rapport, le gouvernement britannique a fait part de son intention de «procéder à des consultations afin d’étudier les différentes solutions de mise en application et de fixer un calendrier raisonnable pour que la législation soit respectée». Dans le cadre de notre engagement, nous avons cherché à identifier les cas de mises en œuvre de bonnes pratiques par les entreprises «à haut risque» En 2019 et au premier trimestre 2020, nous avons organisé 66 entretiens avec 32 entreprises ayant précisément pour thème l’esclavage moderne. Nous nous sommes plus particulièrement intéressés aux entreprises à risque relativement élevé dans les secteurs de l’habillement, de l’automobile et des technologies de l’information et de la communication. Selon nous, ces entreprises feront l’objet d’une surveillance accrue de la part de leurs parties prenantes en raison d’une prise de conscience de plus en plus importante de la problématique de l’esclavage moderne dans les chaînes d’approvisionnement. Ceci est d’autant plus vrai que certaines d’entre elles verront un renforcement de leurs obligations réglementaires. Nous nous sommes appuyés sur les recherches de KnowTheChain, un outil destiné aux entreprises et aux investisseurs désireux de comprendre et de traiter les risques liés à l’esclavage moderne dans leurs activités directes et dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. Nous avons ainsi identifié les lacunes et les nouvelles pratiques des entreprises dans leurs déclarations sur l’esclavage moderne (ou leurs équivalents). Pour ce qui est du fond, nous pensons que toutes les entreprises, indépendamment de leur localisation géographique, devraient se pencher sur les six domaines suivants mentionnés dans le Modern Slavery Act 20156 britannique: •Organisation et chaînes d’approvisionnement •Politiques en matière d’esclavage et de traite des êtres humains •Procédures de diligence raisonnable en matière d’esclavage et de traite des êtres humains •Évaluation et gestion des risques •Mesures concrètes prises pour lutter contre l’esclavage moderne •Formation sur l’esclavage moderne et la traite des êtres humains Notre engagement et nos recherches nous ont permis de constater que les entreprises qui font preuve de transparence dans tous ces domaines ont tendance à mener des politiques plus rigoureuses pour lutter contre l’esclavage moderne. Pour toute entreprise qui cherche à limiter les risques d’esclavage moderne, le devoir de vigilance sur la chaîne d’approvisionnement est une étape essentielle, sur le chemin de la transparence de la chaîne d’approvisionnement. Nous pensons que la transparence renforce la vigilance et démontre la volonté d’une entreprise de répondre de toute violation des droits de l’homme dans sa chaîne d’approvisionnement. Qui plus est, cette transparence peut contribuer à améliorer la réputation d’une entreprise. Ainsi, H&M est parvenu à améliorer la transparence de sa chaîne d’approvisionnement au cours des dernières années. Elle est l’une de seulement 22 entreprises (en novembre 2019) qui se sont pleinement conformées ou se sont engagées à se conformer au Pacte pour la transparence (Transparency Pledge), qui exige des entreprises du secteur de l’habillement qu’elles publient des informations normalisées sur les usines de leurs fournisseurs. H&M dévoile les noms et les lieux, en plus d’autres informations, sur les usines qui fabriquent les produits de sa marque. L’entreprise est même allée plus loin en divulguant les noms et les emplacements de 300 usines qui fournissent des tissus et des fils à ses fournisseurs7. Il faut souligner que les entreprises qui fabriquent des biens plus onéreux ne sont pas nécessairement plus transparentes : ainsi, Armani et Ralph Lauren sont des exemples de marques de luxe qui n’ont pas encore divulgué publiquement d’informations sur leur chaîne d’approvisionnement. La lutte contre les risques d’esclavage moderne chez les petits sous-traitants n’est pas encore une pratique courante Bien que de nombreuses grandes entreprises aient amélioré leur compréhension de l’exposition de leurs fournisseurs principaux (les entreprises qui leur fournissent directement des pièces et des matériaux) aux risques d’esclavage moderne, très peu d’entreprises surveillent les pratiques de leurs fournisseurs de deuxième rang, qui fournissent leurs fournisseurs principaux. Si les entreprises ne procèdent pas elles-mêmes à un audit de leurs fournisseurs de second rang, nous les encourageons à imposer en amont le respect des pratiques de travail chez leurs fournisseurs de rang plus éloignés en exigeant, au minimum, de leurs fournisseurs principaux qu’ils incluent dans leurs propres contrats des clauses de RSE (responsabilité sociale des entreprises) couvrant les questions ESG. À cet égard, nous considérons la position de la Responsible Business Alliance (RBA) comme très encourageante: Les membres de la RBA doivent considérer le Code comme une initiative portant sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement, ce qui signifie que ses membres doivent au minimum exiger de leurs fournisseurs de rang suivant qu’ils reconnaissent et appliquent le Code. (La Responsible Business Alliance) Selon nous, ce concept devrait dans l’idéal être adopté par toutes les entreprises, quel que soit leur secteur d’activité. La transparence de la chaîne d’approvisionnement doit s’accompagner d’un audit rigoureux L’audit de la chaîne d’approvisionnement est un domaine qui évolue rapidement. Idéalement, les entreprises devraient publier chaque année le nombre d’audits réalisés tenant compte de facteurs de développement durable, et les mesures prises dans le cas où des points d’amélioration auraient été identifiés. Ainsi, grâce à notre engagement, nous avons appris qu’un prestataire de services externe avait réalisé des audits de développement durable sur site chez 947fournisseurs de Volkswagen en 2018, et que dans 551cas, les résultats de ces audits avaient donné lieu à un plan d’action. Certaines entreprises, comme ASOS, vont plus loin et ont signalé des situations avérées d’esclavage moderne: «Nous avons découvert dans notre chaîne d’approvisionnement chinoise un cas de travail d’enfants au cours de la période couverte par le présent rapport [avril 2019 - janvier 2020]. En collaboration avec notre partenaire local CCR CSR, nous avons appliqué notre politique habituelle relative au travail des enfants et aux mesures correctives à prendre»9. Ce niveau de transparence est, à notre avis, exemplaire et montre que la vigilance de l’entreprise en matière d’esclavage moderne est rigoureuse et efficace. Lorsque les entreprises sont confrontées à des risques accrus d’esclavage moderne, la transparence est un élément déterminant. Nos échanges avec les constructeurs automobiles ont montré à quel point la hausse de la demande de véhicules électriques, qui dépendent du cobalt utilisé dans leurs batteries, engendre une augmentation des risques, qu’il s’agisse de risques opérationnels, réglementaires ou de réputation. Plus de la moitié de l’approvisionnement mondial en cobalt provient de la République démocratique du Congo, un pays dont le degré de vulnérabilité face à l’esclavage moderne est extrêmement élevé dans le Global Slavery Index de 201810. Les mines de cobalt sont le théâtre de violations graves et systématiques des droits de l’homme, telles que le travail des enfants, l’exposition à des risques sanitaires liés à des niveaux élevés de métaux toxiques et l’absence des équipements de sécurité les plus élémentaires à l’intérieur et autour des mines. Dans un tel contexte, les entreprises dont les produits contiennent du cobalt se doivent d’être aussi transparentes que possible sur les mesures qu’elles prennent pour gérer et limiter les risques associés à l’approvisionnement en cobalt. Il est encourageant de constater que de nombreux grands constructeurs automobiles, comme Ford et General Motors, sont membres de la Responsible Minerals Initiative (RMI). Cette organisation fournit aux entreprises des ressources et des outils d’aide à la décision en matière d’approvisionnement qui renforcent le respect de la réglementation et favorisent un approvisionnement responsable dans les zones touchées par des conflits et à haut risque. Umicore, un groupe mondial de technologie et de recyclage des matériaux, est une entreprise productrice de matériaux pour batteries rechargeables qui fournit des rapports exemplaires sur son approvisionnement en cobalt. Umicore a été la première entreprise au monde à introduire un Cadre d’achat responsable pour le cobalt et à obtenir que son approche en matière d’approvisionnement éthique en cobalt soit validée par un organisme externe. Plus généralement, quel que soit le secteur, il est important pour les entreprises de procéder à une évaluation des risques, en tenant compte du type de produit et du lieu de production, afin d’identifier les zones de leur chaîne d’approvisionnement qui présentent un risque élevé du point de vue de l’esclavage moderne. La priorité devrait alors être donnée aux mesures visant à limiter les risques d’esclavage moderne dans ces zones. Beaucoup d’entreprises ne divulguent encore que peu d’informations sur la manière dont elles identifient et gèrent les risques liés à l’esclavage moderne Nous avons relevé de nombreux exemples d’entreprises qui ont amélioré leur politique d’identification et de gestion des risques d’esclavage moderne, et qui ont fait part de leurs principales avancées en la matière. Néanmoins, nous sommes tout à fait conscients qu’un fossé se creuse entre les leaders et les retardataires. Il est regrettable qu’un nombre considérable d’entreprises ne fournisse pas ou très peu d’informations sur la manière dont leur politique en matière d’esclavage moderne se traduit en actions concrètes. Ceci est particulièrement préoccupant lorsqu’il s’agit d’entreprises qui opèrent directement ou qui ont des chaînes d’approvisionnement dans des pays ou des régions où l’esclavage moderne est particulièrement répandu, et qu’elles divulguent peu d’informations sur les mesures qu’elles prennent pour lutter contre. Par exemple, l’Asie-Pacifique est une plaque tournante de l’industrie manufacturière mondiale. Il s’agit aussi de la région où la prévalence de l’esclavage moderne est la deuxième plus élevée au monde13; par conséquent, les entreprises doivent y faire preuve de la plus grande vigilance en matière de droits de l’homme et d’esclavage moderne. Malheureusement, la transparence n’étant pas une priorité majeure, il est souvent difficile pour les parties prenantes d’évaluer les pratiques de travail des entreprises implantées dans cette région. Notre engagement auprès d’Anta Sports, une entreprise de vêtements de sport dont le siège social est en Chine, illustre ce problème: nous avons encouragé l’entreprise à rendre publiques ses pratiques en matière de travail des enfants et de travail forcé, car nous ne trouvions que très peu d’informations disponibles à ce sujet. Nous continuerons à inciter les entreprises dont le siège social se trouve en Asie-Pacifique à adopter des pratiques de travail responsables, dans la mesure où nous estimons qu’elles sont toujours confrontées à des risques élevés d’esclavage moderne. Ultimes réflexions Notre engagement auprès des entreprises, la diffusion de la législation relative à l’esclavage moderne et l’impact disproportionné du COVID-19 sur les communautés vulnérables sont autant de facteurs qui renforcent notre conviction que les entreprises ne peuvent se permettre d’ignorer l’esclavage moderne. Nous exhortons les entreprises à être aussi transparentes que possible sur la manière dont elles identifient et surtout abordent de manière proactive les risques d’esclavage moderne dans leurs propres opérations et dans leurs chaînes d’approvisionnement. En tant qu’investisseurs, nous accordons une attention particulière aux entreprises à haut risque. Néanmoins nous sommes conscients que toutes les entreprises sont potentiellement exposées, à un degré plus ou moins élevé, aux risques financiers, opérationnels, réglementaires et de réputation liés à l’esclavage moderne en raison de son omniprésence. L’esclavage moderne doit être plus largement reconnu non seulement parce qu’il s’agit d’une tragédie humaine, mais aussi parce qu’il constitue un risque commercial important. En Partenariat avec :
« Investir pour contribuer à l’amélioration de la société et de l’environnement n’implique pas nécessairement de renoncer aux performances économiques. Nous cherchons à investir dans des entreprises qui répondent aux grands enjeux sociaux et environnementaux du monde tout en générant des revenus durables pour nos clients. »
Les chaînes mondiales de production alimentaire subissent de plein fouet la pandémie du COVID-19 : ralentissement des flux lié aux restrictions des transports et à la fermeture des frontières, peu d’options disponibles en matière de distanciation physique dans les usines de production ou de traitement et durcissement des conditions de voyages et d’immigration limitant la disponibilité des saisonniers bien formés.
Cette année, dans le cadre de nos initiatives d’engagement sur le thème de l’alimentation durable, nous allons nous mettre en relation avec des entreprises de toute la chaîne alimentaire pour comprendre les défis qui sont les leurs et les encourager à faire du bien-être de leur personnel une priorité immédiate et permanente.
Les conséquences du COVID-19 sur les chaînes alimentaires mondiales ont été dramatiques. Files d'attente devant les magasins d’alimentation, pénuries de biens essentiels, difficulté de faire ses achats tout en gardant ses distances, autant de contraintes qui se sont répercutées sur une grande partie de la population mondiale. En matière de production, en particulier dans les usines de transformation de viande, les difficultés à assurer la distanciation ou le manque d’équipements de protection appropriés contre le virus ont entraîné de nombreux malades et la fermeture des sites. Dans le même temps, l'arrêt de la chaîne d'approvisionnement des restaurateurs a engendré une augmentation du gaspillage alimentaire.
Dans cet article, nous passons en revue les défis alimentaires de la crise du COVID-19 et analysons le rôle des initiatives d’engagement des investisseurs.