Les émissions de sukuk ont atteint l’an dernier un montant record de 84,5 milliards de dollars, en progression de 64,5% par rapport à l’année précédente et un quasi-doublement des montants émis en 2007, selon une étude de Standard & Poor’s («Global Crisis Boosts Growth In A Lovely But Fragmented Sukuk Market», 10 février 2012).L’agence s’attend cette à une dynamique comparable à celle de 2010 et 2011, qui pourrait déboucher sur un nouveau montant record d'émissions. Depuis le début de l’année, les émissions de sukuk représentent 23 milliards de dollars, dont 20 milliards pour le seul mois de janvier. A noter toutefois qu'à ses niveaux actuels, le maché des sukuk ne représente que 1% environ du total des émissions obligataires dans le monde. Les principaux émetteurs restent les Etats et les entreprises parapubliques de Malaisie et des pays du Golfe. Les sukuk demeurent avant tout destinés aux investisseurs locaux et sont essentiellement émis dans les monnaies locales. Le ringgit (Malaisie) représente 70 % environ des montants émis en 2011, la deuxième devise étant le riyal (Qatar) et la troisième le dollar US, à environ 10 % chacun. Standard & Poor’s souligne que la crise de la zone euro a mis un sérieux frein aux projets annoncés par certains pays européens. Dans l’immédiat, les initiatives devraient plutôt venir du secteur privé. HSBC a fait appel au marché pour un montant de 500 millions de dollars et Goldman Sachs a annoncé le lancement d’un programme de 2 milliards de dollars qui n’a pas encore vu le jour. Autrement dit, les émetteurs potentiels de sukuk pourraient plutôt se trouver en Afrique, suggère Standard & Poor’s. La région a notamment des besoins de financement (en infrastructures) très importants, alors qu’elle est déjà destinataire d’investissements directs en provenance de Malaisie et du Golfe. Dans cette perspective, la Banque Islamique de développement, notée AAA, dont de nombreux pays africains sont membres, pourrait apporter un soutien.