Malgré la période un peu difficile qu’elle est en train de traverser, la gestion d’actifs en France devrait se tourner résolument vers l’avenir «Il y a de la place pour la gestion française à l’international, comme le montre l’exemple tout récent d’Oddo», a estimé le 9 avril Pascal Koenig, associé industrie financière responsable Asset Management chez Deloitte.L’an dernier, le marché européen a enregistré un record de collecte mais la France reste il est vrai à l’écart de ce mouvement et continue de perdre des parts de marché pour se retrouver derrière l’Allemagne et le Royaume-Uni. Cette situation atypique, liée à la structure du marché, peut toutefois évoluer, non seulement en raison des possibilités de développement en dehors des frontières mais également en raison d’une configuration globale qui place la gestion d’actifs à l’aube d’une révolution, a estimé Deloitte à l’occasion de son quatrième rendez-vous annuel sur les grandes tendances de l’Asset Management.Selon Pascal Koenig, plusieurs facteurs devraient contribuer à ce développement: une nouvelle génération d’épargnants, les générations Y (1981-1995) et Z (nés après 1995), qui ont des besoins nouveaux, notamment en matière de retraite et qui sont de plus en plus conscients de cette problématique dans un environnement économique exceptionnel qui pousse à la recherche de rendement. Dans ce contexte, on assiste à une adaptation des produits, qui passe par l’explosion de la gestion passive et une redécouverte de la gestion active, et qui bénéficie d’une accélération de la technologie qui elle-même soulève de multiples problèmes (maîtrise du numérique, cyber-sécurité). Toutes ces évolutions interviennent dans un environnement réglementaire en pleine mutation qui pourrait aussi contribuer à la révolution annoncée. Précurseur de MIFID II, la réglementation RDR outre-Manche a déjà entraîné la disparition de quelque 10.000 conseillers financiers indépendants et un développement très important des plateformes. Avec le bouleversement de la relation client, MIFID II devrait également entraîner une reconfiguration du paysage. Autrement dit, les sociétés de gestion françaises se trouvent confrontées à une multitude de défis qui, du point de vue de Deloitte, sont autant d’opportunités pour un nouveau départ. Qu’il s’agisse du positionnement en termes de distribution, du positionnement dans la gamme (low cost, haut de gamme), de l’approche marketing avec la mise en avant de la marque et/ou des expertises, de la priorisation des investissements ou encore du renouvellement des équipes, les sociétés de gestion vont devoir faire évoluer leur business model. En sachant que le mouvement de consolidation dont on parle depuis maintenant plusieurs années se fait toujours attendre alors que le marché n’a jamais été autant atomisé avec plus de 630 sociétés de gestion, que la rentabilité est en baisse, que certains acteurs ont de vraies problématiques de succession et que la concurrence s’exacerbe. Les obstacles restent toujours les mêmes, par exemple la fiscalité confiscatoire du côté vendeurs ou le déficit de barrières à l’entrée pour les acheteurs. Il n’empêche, l’environnement plaide plus que jamais pour une consolidation dans laquelle les sociétés de gestion peuvent d’ores et déjà se positionner du côté des acheteurs ou des cibles…