«Arrêtons de créer des cadres juridiques qui rassurent de manière inappropriée les investisseurs, car cela conduit à des comportements stupides», s’est exclamé Noël Amenc, professeur de finance et directeur de l’Edhec Risk and Asset Management Research Centre, qui s’exprimait pendant les Edhec Institutional Days, à l’occasion d’une conférence dédiée aux leçons de la crise pour la gestion institutionnelle.Pour lui, les règles qui ont été mises en place ces derniers temps dans le domaine de la gestion d’actifs ont préparé la crise. «Par exemple, on a organisé la liquidité de l’ensemble des placements y compris de ceux qui n'étaient pas liquides, comme l’immobilier», a-t-il détaillé. Ce fut aussi le cas dans la gestion alternative. Le professeur de finance rappelle à ce propos que la crise de la gestion d’actifs en France est venue des fonds régulés gérés par des sociétés de gestion régulées, et non de hedge funds. Dans le même esprit, Noël Amenc a fustigé le «discours tonitruant» de la France dans l’affaire Madoff, qui a fait croire qu’une telle escroquerie ne pouvait pas avoir lieu dans l’Hexagone. «C’est irresponsable !», s’exclame-t-il. «Non, le dépositaire en France ne peut pas tout garantir. Et depuis l’ordonnance d’octobre 2008, le dépositaire peut contractuellement limiter sa responsabilité de restitution», poursuit-il. Ces comportements conduisent à déresponsabiliser les investisseurs. Or, il est nécessaire qu’ils restent vigilants, pour le professeur de finance. S’agissant des sociétés de gestion, Noël Amenc préconise qu’elles appliquent des «principes simples de gestion du risque». Selon lui, «il est dommage que les asset managers se focalisent trop sur la surperformance, et non pas sur la gestion dynamique, la diversification ou l’assurance de portefeuille». Enfin, Noël Amenc estime que le cadre réglementaire et comptable doit évoluer en Europe afin qu’il soit possible de développer des fonds fermés qui permettent le respect de l’adéquation actif/passif.