L’investissement dans les fonds ISR est-il synonyme de performance financière ? C’est une question qu’une pléthore de statistiques, études, analyses montrant justement que l’investissement responsable n’est pas contradictoire avec la performance, devrait pouvoir écarter sans difficulté. Et pourtant, elle revient toujours au centre d’un débat consacré à l’ISR, comme l’a encore montré une table ronde consacrée à cette problématique dans le cadre du 8ème forum annuel de la gestion d’actifs. «Il s’agit de montrer que l’intégration des enjeux environnementaux dans une stratégie d’investissement peut apporter une contribution en termes de valeur ajoutée», a reconnu Michel Lemonnier, responsable du développement ISR chez Groupama Asset Management.Michel Lemonnier estime toutefois que l’ISR bénéficie actuellement d’une fenêtre de tir particulièrement favorable pour au moins deux raisons. D’une part, l’ISR constitue une formidable opportunité de rompre une fois pour toutes avec le culte du court-termisme qui s’est développé parallèlement à la financiarisation de l’économie et de renouer avec une vision plus moyen/long terme. D’autre part, on peut aussi estimer, dans un environnement devenu beaucoup plus sensible à la maîtrise et à la gestion des risques, que l’investissement ISR est un indicateur avancé de mesure des risques.Les investisseurs institutionnels ne sont probablement pas indifférents à cette façon de voir les choses. A l’instar du Fonds de réserve pour les retraites. «Notre horizon d’investissement, c’est 2020. Nous sommes un investisseur de long terme. Et par conséquent, l’approche ISR est un élément fondamental de notre approche», a expliqué Jeremy Willems, directeur des investissements ISR au FRR. «Les sujets ISR sont difficiles à comprendre mais l’intérêt du personnel est réel. Chaque mois, 80 000 pages consacrées à ces problèmes sont consultées sur notre intranet», relève Anne Fleuret, directrice de l’actionnariat interne et de l’épargne salariale chez France Telecom. Lancé en juin 2006, le fonds d’épargne du groupe s’affichait à 304 millions d’euros fin août, avec une poche ISR introduite dès le départ de 11%.Une fois confirmé l’intérêt pour la gestion ISR, un intérêt qui va aller croissant, les participants au débat ont tous été unanimes à constater que l’investisseur est aussi confronté à un univers en gestation qui n’a pas encore une définition européenne qui fasse autorité. «Dans le champ sociétal par exemple, il reste un énorme travail à fournir pour normer ce qu’on doit chercher dans une entreprise», indique Jeremy Willems, par ailleurs membre de la Commission investissement socialement responsable à Paris Europlace. Sans parler de l’absence d’outils de comptabilité environnementale.Ce que déplore aussi Michel Lemonnier qui tout en saluant les efforts des agences de notation extra-financière estime que l’ISR mérite une mobilisation beaucoup plus massive. Les pistes, déjà plus ou moins explorées, sont nombreuses. Michel Lemonnier estime notamment que les agences de notation traditionnelles devraient travailler beaucoup plus étroitement avec les agences de notation extra-financières, ou encore que la SFAF devrait s’impliquer davantage sur ces sujets, tant au niveau national qu’européen. Reste le nerf de la guerre. «Qui finance? Pour l’essentiel, les asset managers et quelques investisseurs institutionnels. Il faut aller plus loin», lance Michel Lemonnier. Avis aux amateurs.