Génie de l'autodestruction
La gestion d’actifs est un point fort de la finance française, et c’est tant mieux car son rôle est capital dans le financement de l’économie dont le gouvernement prétend faire une priorité. Mais à coups d’arbitrages brutaux ou sournois, qu’il s’agisse des transactions financières ou des «pigeons», l’exécutif s’évertue à saper sa prospérité contre toute raison. C’est ainsi que Bercy entend modifier, dans une totale opacité, la fiscalité applicable aux OPCVM, surtout les FCPR, tournés vers le capital investissement. Cette fois, ce sont les investisseurs étrangers qui sont visés, par le biais d’une taxe de 30% sur les plus-values. Bercy affirme agir par souci de cohérence, et assure que des abattements seront consentis en fonction de la durée de détention. Mais comment ne pas relever sa volonté de dissimulation ? Cette mesure a été prise sans concertation et est de surcroît présentée en des termes incompréhensibles dans le budget même pour des fiscalistes chevronnés! Quant à la réaction des étrangers, sachant que la rémunération naturelle des capital-investisseurs est la plus-value, elle ne fait guère de doute: la France perdra de sa propre initiative, par une sorte de génie de l’autodestruction, une nouvelle bataille dans la guerre de la compétitivité face aux autres places européennes. «Notre prochain fonds ne sera sans doute pas un FCPR mais un ‘limited partnership’ luxembourgeois», soupire un grand acteur de la Place. Comme le lui reprocher ?